Mémoire ci\i.i, \k
2. Ainsi eiicoro I5o<suct passe ious silence ce renseignement de yime (te Molteville : qu'fleni-ieUc lui ivait confié « qu'on s'accoutume à a mort, ainsi qu'aux autres avenuros fàclieuses qui arrivent aux lommes >^. (Mi'/n., ]>. 26.) Cette inliil'éronce sloïqiic, venant de la laturc [iluliit que de la « Grâce », l'ctail |ia-; |ilus in-^lruclive à ra|j|)eiT (]iit' >(iii |ii(ijct de suicide au Milieu dt; l'exaltalion de la di-laile.
5. « On voit par la lecture de ces Icux pièces (le Mémoire de Mme de ilotteville et l'oraison l'mièbre de .îossuet) que. i)ar la médilatiou et
Bossuet. — Ur. fun-
l'étude, l'orateur finissait par s'abstraire pour ainsi dire de son sujet, et qu'il ne conservait plus du sentiment de la réalité que ce qui était nécessaire pour que ses leçons restassent encore frappantes pour l'esprit de ses auditeurs. C'était inn' autre Ilenrietle. une auln> .Marie- Thérèse, même un autre Condé qui se levait jieu à peu dans son âme.
C'était la ploire ot les mallieur< des rois, les divers succès de la fortunf.
Ie> alternatives des splendeurs ou des misères humaines, sorte-» d'alistraclions morales cl rclii:icuM's <|ui devenaient son véritable sujet. »
G. Hanolaux, Opusc. cite, p. 11.
XXXII BOSSUET ET L'ORAISON FUNÈBRE
autre souci. Lui-même il le répète à satiété, très nettement: « Je ne suis pas ici un historien* », je n'ai pas « à vous développer le secret des cabinets, ni l'ordre des batailles, ni les intérêts des partis » ; « ma voix n'est pas destinée à satisfaire les poliliques ni les curieux-». Je suis et ne veux êlre, pourrait-il ajouter, qu'un prédicateiu', un prêtre que hante la passion apostolique, le désir de purifier ou de sanctifier les âmes mondaines. — ces âmes dont Bossuet, depuis son arrivée à Paris et sa fréquentation de la cour, connaissait mieux et pouvait déplorer à bon escient les frivolités et la pauvreté morale.
IV. — PART DU PORTRAIT mSTORIQUE DANS LES OruisOUS fuilèbres DE BOSSUET. — LES DÉVELOPPEMENTS DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSE, MORALE ET POLITIQUE. — l'ÉLOQUENCE.
Et certes on peut regretter que trop souvent cette façon de comprendre l'oraison funèbre empêche Bossuet de s'attarder à ces restitutions — dont nous sommes aujourd'hui si friands — des grands personnages historiques. Sans doute il aurait pu — et cela sans manquer à aucune des décences nécessaires et des conventions sociales de loraison funèbre — donner à ses personnages plus de vie, en leur laissant plus de vérité. Il est incontestable que cette brave et entêtée Henriette de France, que l'histoire nous révèle si endurante et si cornbattive, que Mme de Motteville elle-même dépeignait à Bossuet toute « vive, prompte et remuante », ne revit qu'imparfaitement, un peu languissante et voilée, dans la toile grandiose, à la Lebrun, où Bossuet a posé sa figure idéalisée. Et de même, Marie-Thérèse la royale victime, Le Telher le courtisan, Anne de Gonzague raventurière : on en peut imaginer des portraits plus réels, moins généraux, encore que suffisamment discrets.
Et l'on est d'autant plus tenté de reprocher à Bossuet de nous les avoir refusés quand on voit combien il a réussi dans ces résurrections historiques lorsqu'il a bien voulu se les permettre, ce qui heureusement lui est, tout de même, arrivé plus d'une fois dans les Oraisons funèbres.
Après tout c'est dans le discours de l'évêque de Meaux devant
1. Oraison funèbre d'Henriette \ 2. Oraison funèbre de Le Telde France. lier.
BOSSUET ET L'ORAISON FUNÈBRE
le cercueil crilenriette d'Angleterre, qu'il faut cherciier le portrait le plus fidèle que nous ayons, le pastel le plus ressemblant, de cette frêle et gracieuse créature*. Et l'on ne peut demander assurément du type militaire de Coudé un relief plus énergique et plus saillant que celui qui se dégage de son oraison funèbre. Là, et ailleurs encore, Bossuet s'est oïdjlié, pour ainsi dire, et le prédicateur, liabituellement jaloux d'évangéliser, partout et toujours, son auditoire, a laissé quelque temps la place libre au peintre d'histoire qui était en lui. Et précisément, pour les raisons que nous avons dites, ces parties où Bossuet consent à mettre son éloquence au service de l'histoire sont plutôt épisodiques. Ce sont plus souvent les personnages secondaires que le personnage principal qui en bénéficient. Si, par exemple, le portrait d'Henriette de France est chez son panégyriste un peu pâle, à la fois pour obéir aux convenances de l'oraison funèbre et pour remplir ce dessein d'éditicatiou morale que Bossuet a en vue, le portrait de Cromwell, au ^contraire, est, comme on l'a observé souvent, quoique partial et incomplet, d'une pittoresque et profonde vérité. Si Anne de Gonzague et Le Tellier sont, dans leurs oraisons funèbres, l'un quelque peu embelli, l'autre considérablement éteinte, les silhouettes que Bossuet consent à tracer, à côté deux et à propos d'eux, de Richelieu, de Mazarin, de Retz et de tout le monde de la Fronde, nous frappent par leur réalité pénétrante, et témoignent de cette intelligente vision du passé à laquelle notre curiosité attache à présent tant de prix*.
Et d'ailleurs même si Bossuet, par une heureuse inconsé- (|uence, n'avait pas daigné bien souvent profiter des occasions (l'être historien, biographe et psychologue que lui olfraient les sujets de ses oraisons funèbres, les développements philo-