‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 14 sur 615 · llndem · texte numérisé non relu

llndem

7\. Or. ftin. (te Le Tellier.

l. I/fiflem.

5. Voir un iiif;ciiicux et substantiel l'Iaidoyer sur la « inodcniitc »

(les idées de Bossuet dans le livre de G. Lanson (Lecène et Oudin).

6. Il est essentiel de lire les a|)préciations du style dr Bossuet dans Sainte-Beuve, Lundis, t. X.

p. l4r) sijij. ideux articles', t. .\'V, art. sur .N isard, p. 210; .Y'v«J7v/w.c Lundis, t. H: t. Xil, art. >ur la publication des Serinons par M. Gan-

dar; — Ernest Bersot, Essais de philosophie et de morale, t. I, p. 28y sciq. ; — Silvestrc de Sacy, Variétés tittéraires. t. I, p. 50 stpj., p. 50G sqti. : deux articles où ce fervent admirateur de l'art du xvn* siècle discute Ionj;ueinent, et avec délicatesse, la question de savoir quelle e<t la i)lus belle des oiai-ons lunèbies : — D. .Nisaiil, Histoire de lu littéral lire française (le cliajiitre sur Bossuet e-t un des plus -nb^lautielsi ; — E. Fafiuet, xvM" siècle ; — G. Lanson.

litissuet.

BOSSLET ET L'ORAISON FUNËBHE.

D'ailleurs, sur ce point, il n'y a jamais eu et il n'y aura vraisemblablement jamais de dissidence parmi les historiens et les criti({ues : les Oraisons fnncbres sont à la fois un des mo-». numertts les plus parfaits de l'éloquence telle que les hommes lont toujours et partout rêvée et saluée, et l'échantillon lef l)lus complet et le plus caractéristique, avec les tragédies de'; lîacine. de lart classique du xvn'' siècle français. Sur cette? appréciation générale, tout le monde est d'accord : depuis Voltaire, en ses moments de justice pour Bossuet, jusqu'à Scliérer, Ernest Bersot, Renan, — depuis les critiques ultra-classiques du commencement du xix® siècle. Chateaubriand et M. de Féletz, jusqu'aux romantiques comme Sainte-Beuve et Boudant « Il ny a qu'une opinion, disait Sainte-Beuve, sur le génie oratoire de Bossuet », sur le don merveilleux de « cet homme le plus puissant par la parole, le plus véritablement éloquent que nous ayons eu dans notre langue », et de qui les Oraisons funèbres, même à la lecture — si dangereuse pour les œuvres oratoires, — donnent d'une façon presque continue l'impression saisissante de l'extrême puissance du verbe humain.

Les restrictions que le classicisme méticuleux et puriste du xvm« siècle a pu mettre à son admiration pour les Oraisons funèbres, personne ne songerait plus à les faire aujourd'hui. Personne n'aurait l'idée de reprocher à Bossuet, comme Voltaire et d'Alembert, des « familiarités ». des « négligences » indignes de la grande éloquence-. Au contraire, on. a, de notre

1. Citons seulement Voltaire {Temple du (joût et art. Esprit du bit t. pliilosophiqiie) qui appelle Bossuet « le seul Français véritablement éloquent parmi tant d'écrivainsen prose. qui, » auxvii' siècle, « pour la plupart ne sont qu'élégants )).Cr. S'a Défense de Louis XIV (17(39) : « J'admire d'autant plus quelques oraisons funèbres qu'elles n'ont point eu de modèles dans l'antiquité » : — et X. Doudan (lettre à M. de Sahune) : « Cette imagination qui laisse derrière elle tous les poètes yiar la gravité et l'éclat.... L'est la plus grande vois que vous ayez entendue depuis qu'il y a des hommes, une voix qui

s'entendait du fond de toutes les forêts et qui faisait rêver aux choses éternelle>. » Cf. Féletz, Mélanges, t. III, p. 1G2; Chateaubriand, Génie du Christianisme ; et, au contraire sur les Sermons, son article dans le Conservateur littéraire (t. II, p. 247) de 1810.

2. Il n'est pas jusqu'au bon Roilin {Traité des études. 1. IV. cli. ii,

art.

:) qui,

comparant Bossuet et

Fléchier, trouve que Bossuet n'est pas quelquefois « assez pur «. — A propos de cette phrase où Bossuet nous montre les Saints « étonnés de leur gloire et trouvant à peine l'éternité suffisante pour se recou naître », D'Alembert {Eloge de Bos-

BOSSUET ET L'ORAISON FUNÈBRE. xxxvii

temps, adressé parfois aux Oraisons funèbres un reproche tout contraire; et dans des moments où le goût français s'éprenait de simplicité naïve ou s'engouait de réalisme, on a trouvé Bossuet trop solennel et trop majestueux. Une considération plus juste de J'appareil qu'avaient les funérailles des grands dans une société si amie de la décoration et de la pompe ^ aurait, je crois, épargné cette injustice à des critiques trop uniformément amoureux d'une simplicité parfois inopportune-. Même' aujourd'hui, où heureusement dans les discussions de la tribune et du barreau, la façon boursouflée chère aux pohtiques et aux avocats d'antan a cédé la place à une éloquence précise, sévère, presque nue et toute pragmatique, — que parfois le débat s'élève, qu'aux intérêts et aux idées particulières se substituent pour un instant des déclarations de principes généraux et l'exposition de ces idées « communes » dont je parlais tout à l'heure, — et l'on voit reparaître, comme instinctivement, dans la bouche de nos orateurs, sans que nul songe à s'en étonner, ces périodes sonores, éclatantes, enveloppantes, qui sont comme le vêtement obligé des grandes pensées humaines, et qui nous semblent nécessaires pour leur donner à nos yeux

suet. note 7) remarquo : « De? lecteurs délicats trouvcronl sans doute cette expression trop pou nobh; », et il relève scvércmcnt ■< les familiarités puéiMles qui déparent en fjuelques endroits l'oraison iunébrc (le la princesse palatine ». (Cf. plus loin, p. 546, 5i9. Ô.55, 538, 559.) Le même auteur parle aussi ])lns d'une t'ois de la « iié;:ligence » de Bossuet. tout en avouant qu'elle a « non seulement de la i:randour et de la lierté, mais une sorte d'art ». — Voltaire, dans le Temple du (joiXt (\~o\).

avait déjà montré « rélo(juent Bossuet voulant bien rayer (juelques familiarités éclia|ipées à ^■on génie vaste, impétueux et facile, le-^quelles déparent un peu la sublimité des oraisons funèbres». — Ces critiques furent résumées avec la candeur massive qui lui est iiabituelle par Thomas, Èssni sur les Elo(ics, dans SOS œuvres, édit. de 180-1 t. IV, p. 17 >qq. Le passage est à lire.

1. Voir plus loin (p. xxxix) la descriiilion de la pompe funèbre d'Henriette d'Angleterre.

2. Ce n'est ])as que parfois il n'y ait lieu de remarquer quebiue peu d'enq)liase dans l'expression. Mais peut-être, si l'on faisiit le relevé de ces taches, rares du reste, les trouverait-on surtout dans ces endi'oits où Bossuet était obligé, de j)lus ou moins bon cteur. à des conq)liments ofliciels souvent peu mérités par ses nobles auditeurs.

Cf. plus loin. p. 02-93. trop d'interrogations et d'éiiilhèles. P. Vtl et 02. mémorable e>t répété à très jieu de di>tance. P. 250-231, le deuil do la France et de LEspagne à la mort de Marie-Thérèse est décrit avec une exagération de mots assez alfectéo. Bossuet ne se reprend que(|uelques ligiK\-. plus loin, quand il rappelle le but et l'iiilention de l'oraison funèbre telle qu'il l'entend.

XXXVIII BOSSUET ET L'ORAISON FUNÈDRE

non seulement la mnjesté qui leur convient, mais toute leur ampleur et leur valeur. Et dans nos cérémonies publiques, il en va de même. Le moins rafOné de nos auditoires démocratiques serait choqué, au milieu d'une fête religieuse ou politique solennelle, d'entendre un discours familier, ne se iiaussant pas au-dessus du ton de l'homélie, ou d'une toilette aussi modesie qu'un rapport d'alfaircs ordinaire. A plus forte raison, au xvii'^ siècle, et dans les circonstances où les Oraisons funèbres furent prononcées. Prêchant à la chapelle de Saint-Gcrinain, fût-ce même devant Louis XIV, un jour de carême, Bossuet pouvait se borner à dire que « Dieu est le maître des rois ». Prononçant, devant un auditoire venu là en cérémonie, le panégyrique solennel de la veuve de Charles P% Bossuet pouvait et devait dire : Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les eminres, etc. Le mot de Pascal est toujours vrai : il y a des moments où il faut dire Paris, et d'autres fois : la cajntale du royaume. Bossuet l'a bien compris, et du reste, môme dans les Oraisons funèbres, le ton, plus d'une fois, sait s'abaisser et l'éclat s'atténue. La plus grande partie des deux discours prononcés par Bossuet aux funérailles de Marie-Thérèse et d'Anne de Gonzague — sans compter quelques pages simplement touchantes, pénétrantes, et d'une éloquence toute pacifiée, dans les Oraisons funèbres d'Henriette d'Angleterre et de Le Tellier, — sont là pour prouver surabondamment que Bossuet eut le sentiment de toutes les convenances diverses dont l'art se compose.

Dans son discours de réception à l'Académie française, il disait à ses nouveaux confrères : « Par vos travaux et votre exemple, les véritables beautés du style se découvrent de plus en plus dans les ouvrages français, puisqu'on y voit la hardiesse qui convient à la liberté, mêlée à la retenue qui est l'effet du jugeynent et du choix.... Vous prenez garde qiiune trop scrupuleuse régularité, qu'une délicatesse trop molle n'éteigne le feu des esprits et n'affaiblisse la vigueur du st'jle. » Bossuet fait un peu ici comme dans ses Oraisons funèbres : il loue les écrivains de son temps des mérites qu'il leur eut souhailés; mais cette formule de l'idéal classique de l'art d'éci ire est bien celle que les Oraisons funèbres réalisent.

Alfred Rélelliau.

Le cadre d."une oraison funèbre de Bossuet. DESCRiniON DE LA roMi'E ruxÈuiii-: d'uenriette d'angleterre,

DUCHESSE d'oRLÉA.NS.

Je reproduis ci-après, en l abrégeant, la 7ninutieuse description rj7i'une gazetfe du temps nous a laissée des obsèques et du jyiausolée de la duchesse d'Orléans : elle donne assezbien la seiisation de ces belles j^ompes funèbres dont nous avons perdu l'habitude, et surtout elle aide à comprendre ce que pouvaient et devaient être la forme et le fond du discours encadré dans un tel décor.

« Comme cette princesse était d'un mérite sing:ulier — dit la Gazette de France dans son numéro du 50 août 1670, — le Roi a voulu faire rendre des honneurs à sa mémoire qui n'eussent rien de commun avec tout ce qui s'était ci-devant pratiqué en pareille occasion. En effet aucune pompe funèbre ne s'est faite jusques h présent avec la marrnificence qui a paru en celle-ci, et l'on peut même douter si ce que l'histoire nous dit des anciens mausolées pourrait égaler la beauté et la majesté de celui qui vient d'être admiré en cette triste cérémonie.

« Le portail était tendu de noir jusques à la première corniche, avec les armes de l'illustre défunte, peintes et dorées, de six pieds de haut, aux côtés desquelles étaient assis deux squelettes de sept pieds, feints^ de marbre blanc, ailés, et drapés de leur linceul, soutenant ime espèce de pavillon au-dessus desdiles armes; et aux deux côtés de ce portail, il y en avait aussi deux, de même grandeur, qui soutenaient de pareilles armes liées les unes aux autres par des festons de velours, semés de larmes d'argent, dont les chutes finissaient par des crépines- de même, d'un pied^ de haut.... > Dans le jubé*, au-

1. C'est-à-dire en imitation de marbre blanc; c'ost le sons qu'a partout 4o mot feint dans les détails qui suivent.

Page 1