‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 150 sur 615 · Poids, au sens à'autoritc, influence, cf. p. 103, n · texte numérisé non relu

Poids, au sens à'autoritc, influence, cf. p. 103, n

DE HEInRIETTE-MARIE DE FRA^XE.

('(ait sans cesse sons la vue de Pieu, et que, fidèle imilatiice de l'institut de Sainte-Marie, jamais elle ne perdait la sainte présence de la majesté divine. Aussi rappelaitelle souvent ce précieux souvenir par l'oraison, et par la lecture du livre de l'Imitation de Jésus, où elle apprenait à se conformer au véritable modèle des chrétiens. Elle veillait sans relâche sur sa conscience. Après tant de maux et tant de traverses, elle ne connut plus d'autres ennemis que ses péchés. Aucun ne lui sembla léger : elle en faisait un rigoureux examen; et soigneuse^ de les expier parla pénitence et par les aumônes, elle était si bien préparée, que la mort n'a pu la surprendre, encore qu'elle- soit venue sous l'apparence du sommeil. Elle est morte, cette grande reine; et par sa mort elle a laissé un regret éternel, non seulement à Monsieur et à Madame, qui, lidèlrs à tous leurs devoirs, ont eu pour elle des respects si soumis, si sincères, si persévérants, mais encore à tous ceux qui ont eu Tlionneurde la servir onde la connaître. Ne plaignons plus ses disgrâces, qui font maintenant sa félicité. Si elle avait été plus fortunée, son histoire serait plus pompeuse, mais ses œuvres seraient moins pleines; et avec des titres superbes, elle aurait peut-être paru vide (It^ant Dieu. Maintenant qu'elle a préféré la croix au trùnc, et qu'elle a mis ses malheurs au nombre des plus grandes grâces, elle recevra les consolations qui sont |iromises à ceux qui pleurent. Puisse donc ce Dieu de miséricorde accepter ses afflictions en sacrifice agréable ! l'uisse-t-il la placer au sein d'Abraham •>, et, content de S(^s maux, épargner désormais à sa famille et au monde (le si terribles leçons!

1. Cf. lîossuel, Or. fun. rie Ucnricl le iV AiujU'tj-rrc : « M;ul;mic. sii'i- (jni'iiae il<,' se i'onin'r siii' le \i'ai. » « Vous èlos si suKjnciiscs d'orufi- \()s ciiriis, vous avi'Z jiour cela laiil trarlilicfs. » Bouidaloue, Mijalères.

Tn-ssaint Sncremrni (tlansLilIn'").

•I ('.elle cour... || A si's luaurcs t(Uijouis (ro|( soi(iin'nst' de plaire. »

llatiuc, lli'r('iiin\ II. '1.

'1. Encnfc uiif. (;r. ji. r>05. n. G.

DE

EMIIETTE-ANXE D'ANGLETERRE

DUCHESSE d'orLÉANS PRONONCÉE A SAINT-DENIS, LE 21 AOUT 1670

NOTICE

Dernière fille de Charles I""" Stuart et d'ilenrielte Marie de Fiance, Ilenriette-Aiine d'Angleterre naquit le 16 juin 1644, en pleine guerre civile, à Exeter, l'une des dernières villes restées fidèles à la cause royale. Quinze jours plus tard, la reine sa mère, poursuivie par l'armée du Parlement, était obligée de partir pour la France, laissant l'enfant aux soins de la comtesse de Morton. Bientôt après, Exeter capitulait et la petite princesse tombait entre les mains des Parlementaires. Elle y resta deux ans, dans une demi-captivité qui allait s'aggraver lorsque sa gouvernante s'enfuit en l'emportant. Henriette était déguisée en petit garçon de la campagne, et l'on raconte qu'elle rendait plus difficile encore cette évasion audacieuse par son obstination à répéter qu'elle n'était pas un paysan, qu'elle ■était « la princesse ». Au mois de juillet 1646, elle arriva auprès de sa mère à Paris.

Son enfance dut se passer d'une manière assez austère et plutôt triste. Son éducation fut dirigée par la reine d'Angle- 1crre dépossédée avec plus d'application que la reinC d'Angleterre, sur le trône, n'eu aurait |>u luctlre à celte tâche, mais avec beaucoup plus de simplicité aussi. « Le malheur de ses affaires la faisant vivre plutôt ou personne privée qu'en sou-

veraiiie », comme l'observe Mme de la Fayette, la veuve de Charles I" ai^aiyait sans doute, dans cette formation d'une princesse dont l'avenir pouvait être obscur et difiicile, sur une humilité opportune. Passant, on l'a vu, une grande partie de son temps dans le couvent des Yisitandines de Chaillot, elle les faisait souvent servir au réfectoire par la petite-fille de Henri IV. Henriette ne lit du reste que gagner à cette discipline sévère. Elle y acquit, comme dit encore, noblement, Mme de la Fayette, « toutes les lumières, toute la civilité, toute l'humanité des conditions ordinaires ». En d'autres termes, elle fut aussi bien élevée — quoique princesse — qu'une bourgeoise; et elle ne contracta pas dés l'enfance cet orgueil altier et ce mépris du reste du monde qui faisait, au xvn* siècle, le fond de l'âme des grands (vo.yez La Bruyère) et qui était si révoltant et si ridicule à la fois quand nul mérite j)ersonnel n'excusait tant de morgue. « Aussitôt qu'elle commença à sortir de l'enfance, on lui trouva un agrément extraordinaire. La reine mère (Anne d'Autriche) témoigna beaucoup d'inclination pour elle », et ce f^ut sur ses instances qu'à peine âgée de dix ans la princesse d'Angleterre parut à la cour. Les gazettes du temps nous signalent sa présence aux fêtes du mariage du prince de Conti (février 1054 ;. puis au ballot royal des Noces de Thétis et de Pelée (avril de la même année), où elle figura, couronnée de lis et de roses, dans le rôle d'une des neuf muses qui escortaient ApoUon figuré par le jeune roi. Enlin, aux fêtes de 1656, le journaliste-rimeur Jean Loret déclare que

La jeune infante (l'Angleterre Qui semblait un ange sur terre, Que menait le roi très chrétien, Dansa si parfaitement bien Que de toute la compagnie Elle fut mille fois bénie.

La reine mère aurait alors souhaité que Louis la choisît pour femme, mais le jeune souverain, très épris alors d'IlortenseMancini, n'avait pas d'yeux pour les « petites filles » : c'est ce qu'il déclarait lui-même à Anne d'Autriche, un jour qu'elle le grondait d'avoir, dans un bal, au mépris de l'étiquette, invité à danser la nièce de Mazarin avant sa cousine d'Angleterre. Bientôt, du reste, la paix avec l'Espagne eut pour conséquence l'union du roi avec une infaute.

Au même moment, le rétablissement du prince de Galles sur le trône d'Angleterre changeait la situation de sa sœur. Henriette devenait un « pnrti » enviable au point de vue politique, et elle était désormais plus que digne d'obtenir le second rang en France dès lors que le premier lui avait échappé. Anne d'Autriche, dès la lin de l'année 1660, se hâta de la destiner, d'accord avec Henriette-Marie, à « Monsieur >>, frère du roi, Philippe, duc d'Orléans.

« H n'y avait » alors « rien à la cour qu'on pût lui comparer », nous assure Mme de la Fayette, sa confidente et son historien. Non pas que sa beauté fût « des plus parfaites ». Les mémoires de ce temps*, où le « portrait » était à la mode, nous en disent le fort et le faible. Sans doute, ses yeux étaient « bleus, brillants », « vifs sans être rudes », « intelligents et doux »; son nez, « parfait », selon l'évêque de Valence, « pas laid », selon Mme de 3Iotteville; sa bouche, « vermeille » et ornée de dents « merveilleuses » qui « avaient toute la blancheur et la finesse qu'on leur pouvait souhaiter » ; son teint, « fort délicat et fort blanc, mêlé d'un incarnat naturel, comparable à la rose et au jasmin »; ses cheveux a fort déliés », et d'un « châtain clair », ses bras et ses mains a fort bien faits » ; — mais, d'autre part, une maigi^eur, dont le roi plaisantait alors avec assez de trivialité 2, « menaçait sa beauté d'une prompte fin » ; le visngc était trop long, la taille « gâtée », et le niiuquis de la Fare et Mlle de Mont|»(însier vont jusqu'à dire fprilcnrielfe était « un peu bossue'^ ». En somme, ce qui faisait le meilleur de son attrait, c'était la grâce indéfinissable qui se dégageait de tout son être, physique et moral. Là-dessus il n'y a, parmi' les contemporains, qu'une voix, a On eût dit ((u'aussi bien que son âme son esprit animait tout son corps. Elle en avait juscju'aux pieds et dansait mieux que fennne du

1 . Porlrait do « la |iriiïccsso Cli-o- )i;ilrc •> |iar Miiio ilc l>ri''i;y. dans los ndiiiuscrlls Cniirarl, cilé par le comte (le l>aillnii. lliuricld' d'Aiiiflclcrvc, p. iJj: Mme de la Fayelle, oiivr. cilé; Mme de Molleville, )li'inoircs. l. IV, p. :i5t)S((q. ; Daniel do Cosiiae. Mémoires, t. !. p. i'20-i:21 ; le eom(e de Clieslei'licld, dan-; l'.ailloii, (tiirr. cilé. \>. "2'J5.

UossL'tT. — Ur. luii.

2. Il ?e moquait de l'empresseiiient (ju'avail son frère d'épouser les os (lu ciineliérc des Innucenls.

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