Un débris. Voy. p. 166, n
LE CADRE D'UKE ORAISO>" FUNÈBRE DE BOSSUET. xli
enrichi d'ornements de vermeil doré, soutenu de quatre grands léopards feints de bronze sur un socle de marbre jaspé; et au-dessus dudit tombeau, était le cercueil contenant le corps de la princesse, couvert d'un drap d'or, des plus magniliques, bordé d'hermine, croisé d'argent, avec les armes aux quatre coins, en broderie d'or et d'argent, sur lequel était le manteau ducal et la couronne, couverte de crêpe, sur un carreau de velours noir. Les degrés de pourtour de -ce superbe tombeau étaient chargés de trois cents chandehers garnis de cire blanche, avec des écussons, et toute cette auguste et pompeuse machine était sous un dais de velours noir, orné des mêmes armes en broderie d'or, les pentes garnies de grandes crépines d'argent, soutenues par des écharpe? et festons de taffetas blanc, couvert de crêpe, avec les chutes garnies de grandes franges d'argent, par lesquels il était attaché à la voûte....
« Cette pompe merveilleuse ayant été ainsi disposée, les invitations furent faites au Parlement, à la Chambre des Comptes, à la Cour des Aides, à la Cour des Monnaies, au Corps de Ville et à l'Université, partout en ces termes :
« yobles et dévotes personnes, prie:, Dieu pour l'unie de très hante, très i)uissante, très excellente et très vertueuse princesse Henriette-Anne d'Angleterre, fille de Charles, premier du nom, roi de la Grande-Bretagne, et d'Henriette-Marie, fille de France, épouse de Philippe, fils de France, frère unique du roy, pour Vûme de laquelle le ro;/ fait faire les prières et services en l'église Saint-Denis, en France, ou son corps repose, auquel lieu, mercredi prochain, se diront les vigiles et prières des morts, pour y être le lendemain à dix heures du matin, célébré son service solennel....
« Le 21 de ce mois, toutes les Compagnies se rendirent enla dite église, sur les di.x heures du matin, et y furent placées selon leur rang; ainsi que le clergé de France, ensuite la princesse de Condé, la duchesse de Longueville, la princesse de Carignan, etc.
« La Reine, qui assistait à cette pompe funèbre incognito, était dans une tribune, accompagnée de grand nombre de personnes de marque : le roi Casimir de Pologne s'y étant, pareillement, trouvé incognito, ainsi que l'ambassadeur d'Angleterre, le duc de Buckingiiam. etc....
« Aussitôt (jue les séances eurent été prises, on alluma tous
xMi LE CADRE DUNE ORAISO>' FUNÈBRE DE BOSSUET.
les flambeaux et les cierges. Et les urnes du mausolée, qui n'avaient jusqu'alors fait autre chose que fumer des parfums, poussèrent de grandes flammes fort lumineuses, de maniéi-e que tant de clartés découvrant tout ce superbe appareil produisirent les plus beaux cflets (ju'on puisse imaginer....
« Au milieu de la messe, le héraut de Bourgogne alla quérir l'abbé Bossuet, nommé à l'évêché de Condom, pour faire l'éloge funèbre, dont il s'acquitta d'une manière qui lui attira l'admiration de son illustre et nombreux auditoire.
<( A la lin, les quatre évoques de Marseille, de Conscrans, de Meaux et d'Autun vinrent joindre le coadjuteur de l'archevêque de Reims, prélat officiant, et tous ensemble allèrent se placer aux quatre coins du mausolée où ils firent les absolution? et les encensements accoutumés.
« Ensuite le corps de Madame fut levé par les gardes de Monsieur et porté dans le caveau. Alors l'un des hérauts appela le premier maître d'hôtel et les autres maîtres d'hôtel de la princesse défunte, lesquels rompirent leurs bâtons. Un autre héraut appela le premier écuyer, qui apporta le manteau ducal; un troisième, le chevalier d'honneur, qui porta la couronne. Tous firent ces fonctions en larmes, de se voir privés pour jamais d'une si charmante et si parfaite princesse, et ceux de la compagnie, prenant aussi part dans ce triste concert de soupirs et de pleurs, donnèrent des marques et des témoignages d'une douleur extraordinaire *. y>
1. Eu outre de cette narration. I Sévigné (6 mai 1672) sur les funéon pourra lire la lettre de Mme de | railles du chancelier Séguier.
OEAISOX ITAÈBRE