DU PETIT-CLAIR VAUX
rR0>'O>CÉE A METZ E> DÉCEMBRE I60G
NOTICE
Cette oraison funèbre est apparemment la première que Rossuet ait prononcée. A ce titre seul, elle serait intéressante. Elle l'est encore pour deux autres raisons : parce que Bossuet y fait connaître ses idées sur le genre d'éloquence où il débutait, et parce qu'on y voit la première expression oratoire de hautes idées philosophiques où, plus tard, il devait revenir. Yolande de Monterby est tout à fait inconnue. Le couvent dont elle mourut abbesse appartenait à l'ordre de Saint-Benoit, réformé par saint Bernard.
Ubi est, r«07',s, Victoria tua ?
0 mort, où est ta victoire?
I Cor., XV, 55.
Quand i'Kglise ouvre la bouche* des prédicateurs dans les runérailles de ses enfaiils, ce n'est pas pour accroître la pompe du deuil par des i)'aintes étudiées, ni pour satisfaire l'ambition des vivants par de vains éloges des
1. Donne la parole aux prédira- 1 seul In hanche. » Corneille, Niteiirs. « (Votre intérêt) m'ouvrira \ coiuèih\ II, 3.
BossutT. — Or. fiin. l
morts. La première de ces deux choses est trop indigne de sa fermeté, et l'autre trop contraire à sa modestie. Elle se propose un objet plus noble dans la solennité des discours funèbres : elle ordonne que ses ministres, dans les derniers devoirs que l'on rend aux morts, fassent contempler à leurs auditeurs la commune condition de tous les mortels, afin que la pensée de la mort leur donne un saint dégoût de la vie présente, et que la vanité humaine rougisse en regardant le terme fatal* que la Providence divine a donné à ses espérances trompeuses. Ainsi n'attendez pas, chrétiens, que je vous représente aujourd'hui ni la perte de cette maison, ni 2 la juste affliction de toutes ces dames 5, à qui la mort ravit une mère qui les a si bien élevées. Ce n'est pas aussi* mon dessein de rechercher bien loin dans l'antiquité les marques d'une très illustre noblesse, qu'il me serait aisé de vous
1. Marqué par le destin, d'où inévitable. « Ce mot, dit Vaujxelas, le plus souvent se prend en mauvaise part, comme le jour fatal,
Vheuri' fatale Scipion fatal
à l'Afrique, Hannibal fatal à l'Italie. .Mais il ne laisse pas de se prendre quelquefois en bonne jiart », comme en cet exemple :
« C'était une chose fatale à la race de Brulus de délivrer la République. » Remarques, édit. Chassang, II, 193. — « La reine touche presque à son terme fatal. » Racine, Phèdre, I, 2.
t. Renforcement de négation fréquent au XVII' siècle, i Mais n'attendez i^as, chrétiens, de ce céleste prédicateur ni\A pompe ni les ornenienls dont se pare l'éloquence luimaine. » Bossuet, Panég . de ariiiit Paul. 1" p. — « Une noble le.uleur à tout ce que vous faites || bonne un prix que n'ont point ni la pourpre ni l'or. » Racine. Bérénice. — X Nous ne considérons pas îii de quoi 7ii par qui nous nous laissons troubler. » Bourdaloue. cité
parChassanç(Gromm. franc. l'os').
Cependant Vaugelas avait écrit :
« On ne met jamais ni ])as ni point devant les deux ni; par exemple on dit : « Il ne faut être ni avare 7iî prodigue », et non pas :
« il ne faut pas être... ». Remarques, édit. Chassang. II, p. 126. Cf.
Brachet et Dussouchet, Gramm. franc., cours super., p. 458.
5. Les religieuses de l'abbaye de Sainte-Marie de Metz étaient chanoinesses, ne recevaient que des filles nobles et s'appelaient dames.
i. .Non plus. « Ces paroles ne peuvent donc ser\ir qu'à vous convaincre vous-même d'imposture, et elles ne servent pas aussi davantage pour justilier Vasquez. » Pascal.
Provinciale XII. — « La faveur des princes n'exclut pas le mérite :
elle ne le suppose pas aussi. » La Bruyère, Caractères : Des Jugemetits. — Pascal, Descartes, Corneille offrent aussi de cet emploi nombre d'exemples. Cf. Brachet et Dussouchet. Gramm . franc ., cours , super p. 406.
faire voir dans la race de Monterby, dont l'éclat est assez connu par son nom et ses alliances. Je laisse tous ces entretiens superflus, pour m'attacher à une matière et plus sainte et plus fructueuse. Je vous demande seulement que* vous appreniez de l'abbesse très digne et très vertueuse pour laquelle nous offrons à Dieu le saint sacrifice de l'eucharistie à vous servir si heureusement de la mort qu'elle vous obtienne l'immortalité. C'est par là que vous rendrez inutiles tous les efforts de cette cruelle ennemie ; et que l'ayant enfin désarmée de tout ce qu'elle semble avoir de terrible, vous lui pourrez dire avec l'Apôtre : « 0 mort, où est ta victoire? » Vbi est, mors, Victoria tua^? C'est ce que je tâcherai de vous faire entendre'' dans cette courte exhortation, où j'espère que le Saint-Esprit me fera la grâce de ramasser* en peu de paroles des vérités très considérables que je puiserai dans les Écritures.
C'est un fameux problème, qui a été souvent agité dans les écoles des philosophes, lequel ^ est le plus désirable à^ l'homme, ou de vivre jusqu'à l'extrême vieillesse, ou d'être promptement délivré des misères de cette vie. Je n'ignore pas, chrétiens, ce que pensent là-dessus la l)lupart des hommes. Mais comme je vois tant d'erreurs reçues dans le monde avec un tel applaudissement", je ne
1. Ji' vous demande que.... LaliiiiMiie. « Je leur demanderais volontiers qu''M\ milieu de leur coiM'se iui}u'lueusc ils voulussent ulusieurs lois rei)rcn(lrc lialeiiio. »
La Bruyère, éd. Servois, II, 223.
Cf. Bossuet. Sermon sur les fh'voirs des rois, 2° \t. : « ^'ous anpplions Votre Majesté qu'elle ne se lasse jamais de... ».