‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 174 sur 615 · Lustre, éclat. Cf. p. 80, n · texte numérisé non relu

Lustre, éclat. Cf. p. 80, n

4. Le froùt des romans était une desmaladies du temj)S. Mme deSévigné, malgré la justesse de son goût, cédait comme tout le monde à cet

entraînement. Elle écrivait à sa liile : « Je reviens donc à mes lectures : c'est sans préjudice de Cléoj)dtre, que j'ai gagé d'achever. Je songe quelquefois d'où vient la folie que j'ai pour ces sotlises-là :

j'ai peine à le comprendre. Vous vous souvenez peut-être assez de moi pour savoir à quel point je suis blessée des méchants styles: j'ai quelque lumière pour les bons, et liersonnc n'est plus touchée que moi des charmes de l'éloquence.

Le style de La Caljjrenède est maudit en mille endroits; de grandes j)ériodes de romans, de méchants mots, je sens tout cela, ... et ce|)cndant j e ne laisse pas de m'y prendre comme à de la glu : la neaulé des sentiments, la violence des passions, la grandeur des événements, et le succès miraculeux de leurs redoutables épées, tout cela m'entraîne comme une petite lille, » (12 juillet 1G71 )

DE 1IE>'RIETTE-ANNE D'A>'GLETERRE.

Aussi pouvait-on sans crainte lui confier les plus grands secrets. Loin du connnerce des affaires, et de la société des hommes, ces âmes sans force, aussi bien que sans fois qui ne savent pas retenir leur langue indiscrète! « Ils ressemblent, dit le Sage, à une ville sans murailles, (jui est ouverte de toutes parts^ », et qui devient la proie du premier venu. Que Madame était au-dessus de cette faiblesse 1 iNi la surprise, ni Tintérét, ni la vanité, ni l'appât d'une flatterie délicate, OLid^uie douce conversation qui souvent épanc^anîTe^cêuî^i fait échapper le secret, n'était capable de lui faire découvrir le sien; et la sûreté qu'on trouvait en cette princesse, que son esprit rendait si propre aux grandes affaires, lui faisait confier les plus importantes.

j^e pensez pas que je veuille, en interprète téméraire 'secrets d'État, discourir sur le voyage d'Angleterre, ni que j'imite ces politiques spéculatifs ^ qui arrangent suivant leurs idées les conseils* des rois, et composent sans instruction^ les annales de leur siècle. Je ne parlerai de ce voyage glorieux que pour dire que Madame y fut admirée plus que jamais. On ne parlait qu'avec transport de la bonté de cette princesse, qui, malgré les divisions trop ordinaires dans les cours, lui gagna d'aboVd tous les esprits. On ne pouvait assez louer son incroyable

1 . Sans fui. Au sens ctymoloj^ique do fidélité à la parole aonncc.

2. Le latin en note : Sicut urbs patena et absque murorum ambitii, ita vir qui non. polest in loquendo roliibere spiriium suum.

(l'rov.. XXV, 28.)

3. Ces ]iolili(|ues spéculatifs. Co mot ilésiune ceux qui raisonnenl sur les matières j)oliti(jues sans eu être eiiar^és, (|ui ne font (]uc do la théorie, il est dans ce sens substantif ou adjectif." Lc'r. spéculatifs cniinnt (jue celle néfiociation n'aliiiiitira à rien. » Dict. de l'Aeadi'inie. Itjili. — o Les yous rcniurquèrenl

(juc cela convenait fort bien avec le clia^^rin du niinislie. qui voulait persuader \i'^ spéculatifs (juc l'alliance de l'Espagne lui faisait toujours peuf. » Mme de Motteville. — Balzac, dansson.Vrislippe.aconsacrc un discours entier aux spéculatifs (.\ubert. édit. d(>s Orais. funèbres.

p. 7"2). — {'A'., pour l'idée, les épigrammes diri::i'i's jiar La r>ruyère contre le- polit icii-ns et les nouvellistes ^Ldil.class. UacbeUc. p. -42-40, lli).

•L Desseins. Cf. p. ."02. n. 2.

;i. Sans instruction. Sans documents.

ORAISON FINÈBRE

dextérifé* à traiter les affaires les plus délicates, à guérir ces défiances cachées qui souvent les tiennent en sijspens, et à terminer tous les différends d'une nianiére cjnrconciiiait les intérêts les plus opposés. Mais qui pourrait penser sans verser des larmes aux marques d'estime et de tendresse que lui donna le roi son frère? Ce grand roi, plus capable encore d'être touché par le mérite que par le sang, ne se lassait point d'admirer les excellentes qualités de Madame. 0 plaie irrémédiable! cg^ui fut en ce voyage le sujet d'une si juste admiration, est devenu pour ce prince le sujet d'une douleur qui n'a point de bornes. Princesse, le digne lien des deux plus grands rois du monde, pourquoi leur avez-vous été sitôt ravie? Ces deux grands rois se connaissent, c'est l'etret des soins- de Madame; ainsi leurs nobles inclinations concilieront leurs esprits, et la vertu sera entre eux une immortelle médiatrice^. Mais si leur union ne perd rien de sa fermeté, nous déplorerons éternellement qu'elle ait perdu son agrément'* le plus doux, et qu'une princesse si chérie de tout l'univers ait été précipitée dans le tombeau, pendant que la contiance de deux si grands rois rélevait au comble de la grandeur et de la gloire.

La grandeur et la gloire ! Pouvons-nous encore entendre^ ces noms dans ce triomphe de la mort? Non, Messieurs,

' 1. Ilabilolé. « 11 fût venu luimême a'tfg.moi vous chercher || Si ma dextérité n'eût su l'en empêcher. » Corneille. CJ«H/^/. I, l. « César eut une dextérité admirable à ménager les Gaulois. » St-Evremoud dans Richelel. « Oui. vos dextérités veulent me détourner i| D'un éclaircissement qui vous doit condamner. » Molière. Don Garcie.

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