‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 253 sur 615 · Susceptibilité ombrageuse · texte numérisé non relu

Susceptibilité ombrageuse

« C'est un paradoxe qu'un violent amour sans délicatesse. » La Bruyère, Du cœur. « Le Roi comjirit (ju'il y avait tant de plaisir » à s'entrelenir avec Mme de MaiutiMion qu'il cxliica de Mme de Moiilespan, « par une délicatesse dont on ne l'eût peut-étie pas cru capable, » de ne lui |ilns parler quand il ne serait pas jirésent. (Mme de Caylus, Somjtnirs.) Cf. Molière, Critique de l'Ecole dex femmes. 5 : « .le ne vois rien de si ridicule que celte délicatesse d'honneur qui [irend tout en mauvaise |)art. » Molière a dit. dans un si'Ms analogue, un chaqrin délicat. Cf. Or. fun. d' [une de Gonzayue, p. 552, n. 6.

ORAISON FUNÈI5RE

et comme il sait leur préparer leur croix, il y mesiiii' aussi leur récompense. Croyez-vous que la reine pût être en repos dans ces fameuses campagnes qui nous apportaient coup sur coup tant de surprenantes nouvelles? Non, Messieurs : elle était toujours tremblanle, parce qu'elle voyait toujours cette précieuse vie, dont la sienne dépendait, trop facilement hasardée. Vous avez vu ses terreurs : vous parlerai-je de ses pertes, et de la mort de ses cher:, enfants? Ils lui ont tous déchiré le cœur. Représentonsnous ce jeune prince* que les Grâces semblaient ellesmêmes avoir formé de leurs mains. Pardonnez-moi ces expressions. 11 me semble que je vois encore tomber cette fleur 2. Alors, triste messager'' d'un événement si funeste, je fus aussi le témoin, en voyant le roi et la reine, d'un côté de la douleur la plus pénétrante, et de l'autre des plaintes les plus lamentables ; et sous des formes ditférentes, je vis une affliction sans mesure. Mais je vis aussi des deux côtés la foi également victorieuse; je vis le sacrifice agréable de l'âme humihée sous la main de Dieu, et deux victimes royales immoler d'un commun accord leur propre cœur.

Pourrai-je maintenant jeter les yeux sur la terrible menace du ciel irrité, lorsqu'il sembla si longtemps vouloir frapper ce Dauphin même, notre plus chère espérance? Pardonnez-moi, Messieurs, pardonnez-moi si je renouvelle vos frayeurs. Il faut bien, et je le puis dire, que je me fasse à moi-même cette violence, puisque je ne puis montrer qu'à ce prix la constance de la reine. Nous vîmes alors dans cette princesse, au milieu des alarmes d'une mère, la foi d'une chrétienne. Nous vîmes un Abraham prêt à immoler Isaac, et quelques traits de

1. Ceci peut s'appliquer à Philippe, duc d'Anjou, mort le 10 juillet 1671, « qui était, dit Mlle de Monfpensier. le mieux fait et le plus joli du monde ».

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