A. lîabeau. les lioiinjeois d'autrefois, p. :270. ÔI
\. Duc d'Auinale. Uist. des Princes de Coudé, l. V, p. '28 s(|i|.
vœu à la vie religieuse', fut placée au monastère d Avciiay; Anne, au monastère de Faremoustiers.
Il est juste de dire que le couvent était alors, d'ordiiiairo. une (( prison assez douce )•> pour les jeunes filles du nmiidi' que l'on y précipitait ainsi. « Elles y vivaient le plus souvent comme de grandes dames, jouissant d'une table assez recherchée, et passant les après-midi à recevoir des visites au parloir-. » Anne — qui avait dix ans — parut d'abord goûter cette vie. On lavait reçue à Faremoustiers avec la tendresse et la déférence qui convenaient à l'égard d'une « princesse », évidemment destinée à devenir coadjutrice , avec future succession, de l'abbesse présente, a Ce jourd'hui, écrivait celle-ci, le 20 mai 1625. au père d'Anne de Gonzague, — ce jourd'hui nous est un jour d'heur et de joie, ayant eu celui de voir Mme de Longucville (la sœur du duc de Nivernais) et de recevoir de ses mains mademoiselle votre lille. Véritablement, monsieur, celte petite princesse a la bonté peinte sur le visage, et j'espère que notre bon Dieu la rendra une grande reine dans le ciel, pour le mépris quelle fera des choses de la terre. Nous l'avons reçue, toutes nos filles et moi, à bras ouverts, comme une sacrée victime dédiée au Roi des Rois et Seigneur des Seigneurs, et lui rendrons t(tut l'amour, le spin et le service que vous sauriez désirer^. » Pendant deu«i ans, Anne fit en effet l'édification de la communauté. Déjà pourtant, ce semble, elle n'était pas fâchée de rompre, par quelques fugues, la monotonie de la vie claustrale. En juillet 1627, le médecin ayant ordonné à la vieille abbesse, malade, les eaux de Spa, nous voyons* Anne de Gonzague profiter de cette aubaine : « Elle nous fait l'honneur de nous aimer tant — écrit, non sans mahce. à son père. Mme de la Cliastre, — quelle ne veut pas nous laisser aller à ces eaux sans qu'elle soit de la partie. » Bientôt cependant, pour un motif resté inconnu, mais qui fut sans doute, comme Bossuet le donne à entendre, ce dégoût commençant pour la condition à laquelle elle se voyait condamnée, on la transféra à Avenay, chez sa sœur. C'est là qu'un jour, son père et sa sœur Marie vhnYMit la voir, accompagnés d'un secrétaire, l'abbé de Villeloin. Michel de Marolles, grand collectionneur qui a laissé des
1. L.Paris, (/?/?'/■. cj'^', t. II. p. 506. I 5. L.Paris, oî«'/". f//*'. 1. 1, ]>. ÔSS. •2 Babeau, owiv. ciïé, p. 511. I i. L". Paris.owt'r. fi/^', 1. 1, p. 3%.
D'A>NE DE GO>ZAGUE
mémoires curieux. Or Marolles nous apprend que, sans doute, il admira par la grille « cet éclat de beauté » qu'Anne avait déjà, mais qu'il remarqua cependant sur son jeune visage « une tendresse etquelque sorte de petit ennui* ». Cette expression de ses sentiments était même si visible qu'elle « toucha, ajoute-t-il, monsieur son père, à qui j'entendis dire, au retour, dans son carrosse, à madame sa sœur, qu'il en avait pitié et qu'il avait envie de la retourner quérir. Jlais Mme de Longueville le détourna de cette pensée. »
La délivrance, que refusait si cavalièrement à cette religieuse sans vocation sa plus proche parente, devait lui venir d'ailleurs, et précisément sous cette forme romanesque à laquelle les femmes de ce temps étaient particulièrement sensibles.
L'archevêché de Reims était alors aux mains d'un de ces prélats étranges comme il y en eut trop sous l'ancien régime, moins, il est vrai, par la faute de l'Église, qui était la première à en soulfrir, que par celle du pouvoir royal qui lui imposait ses protégés. Henri de Lorraine-, fils de Charles, duc de Guise, avait quinze ans. et il faisait sa philosophie quand, en \ù2d, on vint le chercher à l'abbaye de Saint-Ï>emi — de laquelle, du reste, il était déjà abbé, quoique n'ayant reçu encore aucun ordre de prêtrise — pour l'asseoir svu' le siège primatial des Gaules. Le jeune homme n'avait pas plus de vocation pour être évêque qu'Anne de Gonzague pour être abbesse.
Or l'abbaye d'Avenay était dans le ressort de l'archevêque de Reims, et assez proche: et de plus, le nouveau prélat se trouvait le cousin des demoiselles de Gonzague; il lia donc, avec ses cousines et particulièrement avec Anne, des relations^ qui deviii-
1. Micliol do yhxroUc^. Mémoires. cités par Jacquiiiet,od. îles Or. fan., \K 533.