‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 286 sur 615 · Mme de Motteville, Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

Mme de Motteville, Mémoires, t. III, p

D'ANNE DE GONZAGIIE-

Et s'il faut en croire une contemporaine *, la « femme d'État » qui se révélait par ce coup d'éclat aurait pu également en remontrer aux plus habiles chevaliers d'industrie. Il avait fallu, pour acheter le concours ou, tout au moins, la neutralité de l'avide duchesse de Montbazon, lui promettre par écrit une somme de vingt mille écus à payer par Condé, Conti et Longueville. Engagement fâcheux, dont l'exécution eût singulièrement gêné CCS grands seigneurs. Ce que sachant, Anne de Gonzague, aussitôt qu'elle eut appris que les Princes étaient hors de prison, alla trouver Madame de Montbazon, et, en lui témoignant toutes les amitiés qu'on peut s'imaginer, elle lui dit qu'elle avait grande impatience de lui faire payer l'argent que les Princes lui avaient promis ; qu'elle lui donnât son titre, pour le lui faire payer au plus tôt, et qu'elle en prendrait tous les soins du monde. Mme de Montbazon, quoique fort intéressée, le lui donna. Mais comme après cela « elle n'en entendit plus parler, elle pressa Mme la Palatine de conclure son affaire ou de lui rendre son papier; à quoi cette princesse répondit que l'ayant donné à M. le prince de Condé, elle n'en pouvait plus disposer ». Quant à « M. le Prince, pour toute réponse, [il] se contenta de tourner l'affaire en plaisanterie, et la dame en ridicule ». Ce procédé ne sembla sans doute aux contemporains de la Palatine quun tour de bonne guerre.

A cette date de février 1651, elle est aussi haut que possible dans leur estime, et leurs appréciations nous permettent de nous faire une idée complète de cette politicienne supérieure. « Je la vis, dit Retz-,... et je l'admirai. Je la trouvai d'une capacité étonnante, ce qui me parut particulièrement en ce qu'elle savait se fixer : qualité très rare particulièrcmejit parmi les femmes, et qui marque autant^ un esprit éclairé audessus du commun.... t> Même, dans son enthousiasme, il va jusqu'à déclarer qu'il « ne croit pas que la reine Elisabeth d'Angleterre ait eu plus de capacité pour conduire un Etat* ». Et l'ambassadeur vénitien Morosini, un autre connaisseur

1 . Mrmoirrs i]o la durlif sso do Nemours, éd. (lo(i('iièv(\l777. p.riii.

"2. lii'l/. Mi^inoircs, ('d. I-'oillcl, I. il. p. iSf.-lST. I. .111, I). 177.

.". Tdut à l'ait. Siii' ce sens ilV/«tdiil, V. plus liant p. 58.

i. V. Cousin (Mme (Ir Chcvrcnsc, p. 317) ti'ouvc avec raison la comparaison un |i(Mi (>\ai:('rù(\ ol rapproche plus juslcmont le « jicnic »

dAnni" de i^lonzaiino de celui do Mazi.riu.

sans doute, lui prodigue les témoignages d'admiration : « Grandezza dell aiii/no..., capacissvna di negocio^ ».

Mais le triomphe d'Anne de Gonzague sur Mazarin, quelque glorieux qu'il fût, ne lui tourna point la tète, ni ne lui fit oublier ses intentions antérieures. Dès les premiers jours de la délivrance du prince de Condé, on proposa dans les conseils de la Fronde « denlcver le roi et de le mettre entre les mains du duc d'Orléans ». La princesse Palatine s'opposa discrètement à ces desseins violents ; elle « dit là-dessus à M. le Prince qu'il ne fallait pas aller si vite, ni donner tant de puissance au duc d'Orléans; en quoi elle servait utilement la reine ». C'est qu'en elTet a elle avait le dessein de les raccommoder ensemble 2 ». Et, sans tarder, elle s'attelle aune négociation nouvelle. Cette union des deux Frondes qu'elle venait de réaliser, elle se pique à présent de la détruire. Sans doute, sa clairvoyance aperçoit alors, mieux que jamais, le peu de solidité dune coalition, qui, en somme, n'avait point de chef. Si considéré, si puissant que fût le prince de Condé, le temps était passé où un seigneur pouvait longuement tenir tète à la royauté ; il eût fallu au moins que loncle du roi s'en mêlât sérieusement, et l'on sait quel conspirateur inconstant et peu solide c'était que Gaston d'Orléans. Mais alors, s'obstiner dans l'opposition sans espoir d'arriver au pouvoir et aux places? A quoi bon?

On se rappelle que la situation de fortune de la fille du duc de Nivernais, épouse d'un prince exilé, n'était guère brillante. D'autres négociations, d'un genre différent, où elle se lançait à ce même instant, nous prouveraient au besoin que l'amour platonique de l'intrigue n'était point le seul mobile de son activité. C'est alors, en effet, qu'avec Mme de Choisy, autre aventurière de moindre marque, Anne s'avisa de marier au roi Mlle de Montpensier, cousine germaine de Louis XIY. Projet qui n'était point pour déplaire à l'intéressée : seulement, dès les premières conférences, Anne fit demander, pour prix de ses peines et soins, trois cent mille écus : et la Grande Madenioi-

1. Relation, cilée par Cliéruel, Hist. de France pendant la minorité de Louis XIV. [. IV. p. 53o. On j)L'ut trouvoi" d'autre»; élofies du talent politique de la Palatine

dans Mme de MoUeville (III. 177 et Ô17i. Mme de .Nemours, Mémoires, p. i62. Montiilal, etc.

2 Mme de 3Iotteville, 31cm.. III

D'ANNE DE GONZAGUE

selle, fille romanesque, mais économe, se déroba*. — A l'échec de ce courtage matrimonial se joignit une autre déception. Les finances ne furent point obtenues par Condé, connue elle l'espérait, pour le duc de la Vieuville, père du chevalier du même nom, son ami intime, et ainsi s'écroulait un des moyens qu'elle prétendait « de devenir riche- ». — Et tout cela coritribua sans doute à la prompte détermination qu'elle prit de travailler dorénavant pour la Régente « de qui seule », après tout, « elle pouvait recevoir des grâces proportionnées à sa naissance et à sa grandeur' ». D'autant que dans ce changement de front elle trouvait les cliemins tout ouverts : Mazarin, battu par elle, non seulement n'avait rien eu de plus pressé, on l'a vu, que de lui faire des avances, mais il continuait de conseiller à la Régente d'user de la Palatine, de la « ménager avec de bonnes paroles ». Elle est « capable de rendre un grand service » et disposée à « s'y engager avec facilité* » pourvu que l'on se souvienne — comme le cardinal en prévenait avec soin, dans une autre lettre', Hugues de Lionne — que a c'est une femme fort intéressée».

Aussi bien, avant d'entamer une négociation avec Condé, l'habile intermédiaire, désormais sûre de sa propre capacité et de sa valeur, fit son prix*'. Elle demanda la charge de surintendante de la maison de la reine-mère, dont les gages étaient d'environ 15 000 livres^, et dont en outre les profits devaient être élevés, la surintendanle ayant « la principale administration pour la dépense et les choses qui y ont rapport '^ ». Mazarin, qui avait cotte charge, ne voulut pas s'en dessaisir, « mais il olfrit en échange^ une pension (\c 20 000 livres et un brevet garantissant à la princesse la surintendance de la maison de la future femme de Louis XIV ». Belles compensations. Anne accepta, d'autant mieux que Mazarin avait donné des ordi'es pour que la pension lui fût payée ponctuellement**^. Et dès lors

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