‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 426 sur 615 · Mazarin à Le Tellier, 1-i déc · texte numérisé non relu

Mazarin à Le Tellier, 1-i déc

1642 (Caron. otivr. cité, p. 2il).

2. Des JN'oyers s'était d'abord brouillé avec Louis XIII, et relire chez lui. Puis, « après la mort du roi, il voulut rentrer dans sa charge, ou, tout au moins, vendre sa démission qu'il n'avait pas donnée. On convint de 100 000 écus, dont la reine donna 1(J00<X) livres à Le Tellier poui" lui aider à faire le surplus.

Mais comme Des Noyers demandait en outre un archcvêclié, l'affaire ne se put conclure. Des !N'oyers retourna chez lui sans donner sa démission.

Mais peu de jours après il mourut de maladie, et Le Tellier eut sa charge pour rien, et gagna les 100 (JOO lianes que la reine lui avait donnés, qu'il ne rendit point. » Mémoires de Montglat.

5. De ces difficultés on pourrait trouver trace dans les lettres de Le Tellier: « J'avouerai toujours franchement, écrit-il un jour à son supérieur Des .Noyers, que je suis audessous de tout autre en industrie.

Je suis le moindre de ceux que le roi eût pu envoyer ici », et il se compare au neveu du secrétaire d'Etat, à « M. d'Argenson », à qui « sa naissance » donne « un merveilleux crédit parmi les gens de guerre ». (24 déc. 1640, dans Cai'on, ouvr. cité, p. 27-28.)

DE. MICHEL LE TELLIER. 391

cratie dont elles préparaient la prochaine ruine, ni opportune aux yeux du pouvoir royal, qui suscitait et encourageait par politique cet avènement de la petite bourgeoisie.

Mais cette histoire — que Bossuet n'a pas voulu faire — d'un « grand étabhssement » peut servir aussi à nous expliquer d'autres côtés du caractère et de la vie de Le Tellier que Bossuet pouvait encore moins mettre en lumière : j'entends ce qu'il y a eu parfois de visiblement condamnable, et de ce qu'il paraît y avoir eu, toujours, de tortueux et d'égoïste dans les façons d'agir de cet homme d'État. Il n'est pas besoin d'être grand psychologue pour apercevoir la direction que doivent prendre l'intelligence et la volonté d'un homme qui est arrivé ainsi, par labeur et par industrie, aux situations enviées. L'habitude de la lutte en a développé le goût. La clairvoyance acquise des obstacles exagère la circonspection cauteleuse, la crainte de se commettre, la servilité vis-à-vis des plus puissants, la défiance universelle. Le souvenir des difficultés surmontées donne une valeur singuUère à une fortune que l'on s'est faite au prix de tant d'elTorts, et, de là, pour garder des positions si chèrement conquises, un soin où les intérêts vulgaires de vanité, d'avarice ou de jouissance peuvent bien ne pas entrer pour beaucoup, mais qui n'en est pas moins âpre, dur et impitoyable, soit qu'il s'agisse d'abattre les concurrents d'aujourd'hui, soit que l'occasion s'offre de venger des concurrents d'hier. Et si l'on peut admettre ce que Bossuet dit avec vraisemblance de la « modération » du chancelier, de sa probité, de sa simplicité de vie, de la modestie réelle et non affectée de ses manières, il paraît bien en revanche qu'il ne faut pas récuser non plus l'impression qu'ont eue plusieurs autres contemporains de la dureté redoutable de son caractère. Gourvillo, qui n'était guère sensible ni romanesque, et qui estimait fort les talents de Le Tellier, indique lui-même ce trait : « Une ambition modérée, parla crainte d'être chargé des mauvais événements ; sage à l'excès, avec un peu de penchant à la rancune* ». L'abbé de Choisy insiste sur la même note : « Régulier et civil dans le connnerce de la vie, où il ne j(>lait jamais que des fleurs (c'était aussi tout ce qu'on pouvait espérer de son amitié), mais ennemi dangereux, cherchant l'occasion de frapper sur celui qui l'avait offensé, et frappant toujours en

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