Choisy,3/e7n., coll.Pctilot,p.4o
DE MICHEL LE TELLIER
reste, de bonne heure, émancipé de sa tutelle. Pour voir de quel ton le futui' contrôleur des finances parlait à son protecteur, dès 1658, on n'a qu'à lire une lettre bien curieuse* où Colbert, à qui Le Tellier avait témoigné quelque froideur, se plaint d'abord d'avoir perdu sa confiance, et l'assure qu'il sait ce qu'il lui doit; mais voici comme finissent ces protestations : « Je souhaite avec toute la passion dont je suis capable que vous n'ayez jamais besoin d'aucun de vos serviteurs, et que la connaissance de votre vertu et de votre mérite vous mette toujours à couvert des coups de la fortune; mais si cela arrivait, je prétends, monseigneur, et j'en suis bien assuré, que de tous ceux à qui vous avez fait du bien, il n'y en a point qui me pût égaler dans les marques de reconnaissance que je m'efforcerais de vous donner. » Il était difficile de faire entrevoir plus nettement à son patron la perspective d'une disgrâce très possible et d'un renversement des rôles où Colbert serait son sauveur. Langage d'autant plus transparent que déjà, à cette époque. Le Tellier avait eu avec Mazarin des dissentiments assez nombreux; dès 1651, Colbert, placé par lui près du cardinal, pouvait écrire à Le Tellier qu'il avait trouvé Mazarin fort mal disposé à son égard, et qu'il lui soupçonnait sur le chapitre du secrétaire d'État à la guerre « beaucoup de venin dans le cœur ». Plus d'une fois les lettres de Colbert nous montrent que le quinteux cardinal se plaignait du peu de zèle de Le Tellier à son service ; Le Tellier avait des relations d'amitié avec des ennemis du canlinal et paraissait se ménager soigneusement avec eux; Le Tellier était avec la reine en meilleurs termes que Mazarin n'eût voulu; Le Tellier, enfin, était fort suspect au cardinal à la fin de la Fronde parce qu'il s'opposait à coque le ministre exilé se hàlàt trop de revenir à la cour^. Or cette hostilité dont Colbert avertissait Le Tellier, Colljert, déjà peut-être, l'attisait en secret. Ce (ju'il y a de sûr, c'est qu'à cette époque Mazarin, écrivant à Bai'tet^, disait ce mot caractéristi(iue : « Je réponds que Colbert est à moi, et qu'il noierait, pour mes intérêts, toutes les personnes qu'il aime, sans en excepter Le Tellier. »
A plus forte raison, dans les premières années du gouvcrne-