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3. Dans ceUc société de l'hôtel de Coudé, comme à l'iiôtel de I{am- Louillet et ailiouis, où Voiture était le dieu, tout le monde faisait des vers, (jueiquefois jolis, souvent médiocres. Le duc d'Enghien fut atteint jtar la contagion ; voici quelques stances d'une lettre « écrite de Liancourt à MM. de Roussillon et de la Moussaye », ses amis, et qu'il faut lui attribuer, selon V. Cousin (Jciiïiessc (le Mme de Longiievillc, p. 186-187) : « Depuis votre déj)art nous goûtons cent délices || Dans nos doux exercices. || Même pour expriliier nos passe-temps divers, || !Nous composons des vers.
« Dans un lieu, le plus beau qui soit en tout le monde, || Où tout plaisir abonde || Où la nature et l'art étalant leurs beautés, || Font nos félicités.
Il Une troupe sans pair de jeunes demoiselles, Il Vertueuses etbelles, || A pour son entretien cent jeunes damoiseaux, |1 Sages, adroits et beaux.
« Ou leur dit sa langneur dedans les promenades, || a l'entour des cascades, Il Et ion s'estime heureux du
seul contentement || De dire son Idurment.
<< Douze des plus fralants dont les voix sont hardies, || Disent des comédies. Il Sur un riche théâtre, en habits sonqitueux. || D'un ton majestue\ix. » Les quehjues vers, très connus, «jne Condé composa plus tard, au temjis de la Fronde, sur « ce brave comte de Maure », sont beaucoup meilleurs que cet es.<-ai de jeunesse.
4. A la condition que l'on se rappelle toujours que i'« lionnête lionune » du xvii' siècle, au moins vei's 1GÔ0, iTélait pas forcément un homme sage et vertueux. On lui demandait seulement « des sentiments élevés; il devait être brave, galant, libéral, avoir de l'esprit, de belles manières, et tout cela sans aucune ombre de pédanterie ». V, Cousin, La Jeunesse de Mme de Longueville, p. 135-156. Il est donc excessif, comme le fait jdus loin (p. 159) l'auteur que nous citons ici, de présenter le cœur du grand Condé comme « l'immortel foyer du bien et du beau en tout genre ».
5. Chantolauze, Portraits historiques; d'après le duc d'.Vumale.
ouvr. cité, t. III, p. 342 et suiv.
Dr PRINCE DE CONDE.
blesse, du clergé, do la magistrature, de l'administration. Il fut ainsi appelé à étudier de près toute l'organisation d'une grande province », mais surtout de son organisation militaire. La Bourgogne, province frontière, « était menacée de diverses incursions de partisans. Il pourvut à sa défense avec le plus grand soin. II s'appliqua à vérifier l'effectif des garnisons, l'état des vivres, des armements, de l'artillerie, ne négligeant aucune occasion de s'instruire. « Comme il fixait lui-même les itinéraires et répartissait les quartiers, il devint familier avec tous ces calculs de marches et de subsistances qu'un chef d'armée doit savoir résoudre sans effort.... Quoique très avancé en mathématiques, il en faisait tous les jours; il leva lui-même les plans de onze places de Bourgogne et les recopia deux fois de sa main, accompagnant chaque planche de notices, légendes et apostilles qui constituent de véritables projets.... L'étude de la science militaire dans toutes ses branches était l'objet de son application constante *. »
Cette intelligente activité n'échappa pas à la clairvoyance de Richelieu. « Il a beaucoup d'esprit, de discrétion, de jugement, écrivait-il au prince de Condé. Pour la campagne qui vient, ma pensée est (pie vous ne voudrez pas qu'il la passe
1. Diic d'Aumale, oiivr. cité. — Leiiel, (lui donne dans ses Mémoires une partie de ces rmscifinenients que les documents autlientiqnes confinnent, en ajoute d'autres qui achèvent de nous montrer en Condé ce sérieux et cette |iaticuce laborieuse (jui sont, en fin de compte, les éléments ordinaires du pénie.
« 11 recevait souvent des ordres du roi et des lettres des minisires; il était jinnctucl à y réjjondre, et la cour connue la province voyait avec étunnemcnt son application aux alVaii-cs. Il entrait au l'arlement ipiand «pielques sujets importants y rendaient sa présence nécessaire ou (piand la plaidoirie de queltpie belle cause y attirait sa curiosité.
L'intendant de la justice n'expédiait lien sans lui en rendre compte; il ciMumençait dés lors, ([uehpie confiance ipi'il eût en ses secrétaires, de ne sij,^ner ni ordres ni lettres qu'il ne les eût conuuandés auparavant
et sans les avoir vns d'un bout à l'autre. Ces occupations grandes et sérieuses n'empêchaient pas ses divertissements Il trouvait des jours
et des heures pour toutes choses :
il allait à la chasse; il tirait des mieux en volant {nu vol) ; il donnait le bal aux dames ; il allait manger chez ses serviteurs ; il dansait des ballets; il continuait d'apprendre les langues, de lire l'histoire ; il traça et leva un l'ort de quatre baslions à une lieue de Dijon, dans la jilaine de Blaye, cl l'empressement (prit eut de le voir aclievé et en état de latlaquer et de le défendre, — comme il fit plusieurs fois avec tous les jeunes seigneurs et genlilslionunes qui se rendaient as- >idus auprès de lui, — était tel (pi'il s'y faisait aiiporler son couvert et y prenait la plupart de ses repas. » — Cf. Hlistoiri' df Louis (le lioiirhon, Y)iir Désorineaux ( 1 70<)- 17t;8i.
sans la voir avec le plus vieil maréchal de France qui commande les ai'nitk'S du roi, alin <|uil sache mieux l'instruire en ce que doit savoir un prince de sa qualité*. » « Le frrand homme, du premier coup d'œil, avait découvert l'étolTc d'un grand homme 2. » Suivant cet avis, qui était un ordre, le prince de Condé envoya son fils (mai 1640) faire, en qualité de volontaire, sa première campagne à l'armée de Picardie que commandait le maréchal de la Meilleraye, cousin du cardinal-ministre. Là, « dans une petite aft'aire^. Monsieur le Duc entend sifller à ses oreilles un boulet, et un coup de canon tue à côté de lui le cheval du maréchal qui le couvrit de chair et de sang ». Au siège d'Arras, « le crayon à la main autant que l'épée, il fait à vue le levé des travaux, et le soir met au net ses notes et ses croquis.... On le voit sans cesse dans les batteries, à la tète de la sape, aux avant-postes, aux fourrages, assistant à la construction ou à la destruction des ouvrages, observant la formation, la marche, la défense des convois. » « Lui-même il apprend à ranger, à conduire les troupes, à engager l'escarmouche, et il s'en donne dans les mêlées. En menant un convoi, il fut pendant une heure aux prises avec un gros de cavalerie. Peu de jours après la capitulation d'Arras, il recevait dans la ville les félicitations du roi et du cardinal. Dieu le réserve, écrivait Riclielieu à Mme la princesse de Condé, iwnr quelque chose de jyroporlionné à son cœur et à sa ?iaissance. » Cette récompense digne du jeune prince, c'était la main de la nièce du cardinal, Clémence de Maillé-Brézé, que Richelieu lui destinait depuis huit ans déjà, d'accord avec le prince de Condé, aussi honoré de cette alliance que le cardinal en était heureux. Henri de Bourbon, qui voulait pousser son fils dans l'État, « demanda, dit Mlle de Montpensier*, la nièce du premier ministre, comme à genoux, et il fit pour l'avoir ce qu'il aurait fait s'il avait eu l'intention d'avoir pour son fils la reine de tout le monde. Et pour témoigner même à ce ministre qu'il n'y avait point d'attachement, qui dépendît de lui, par lequel il ne voulût s'unir à tous ses intérêts, il le pria de marier en m*me temps Mlle de Bourbon [sa fille] à M. le marquis de