V. Cousin. Jeunesse de Mme de LiiiKjueville. ji. 20G
bicbki (jui lut élu. 5. Mme de Moltoville, Mémoires.
DU PRINCE DE CONDE
Long-temps il y travailla avec ardeur et persévérance, fit des démarches auprès de Mazarin en vue d'obtenir cette rupture. Et le cardinal, peu scrupuleux comme il l'était, y aurait souscrit sans doute, s'il n'avait craint que le duc d'Enghien, une fois libre, ne songeât à épouser, non pas la modeste Vigean, mais la fille de Gaston d'Orléans, Mlle de Montpensier, qui l'aimait, et dont la main l'eût rendu beaucoup trop puissant. Les difficultés croissantes d'un divorce finirent, ce semble, par décourager le duc d"Enghien, en même temps que les scrupules religieux détournaient Mlle du Yigean d'un amour sans esjioir'. Le « roman » de Condé était fini dès 1G45. L'entrée de Mlle du Vigean aux Carmélites, en 1647 -, en scella le dénoûment de cette façon héroïque et fière dont les délaissées du dix-septième siècle avaient coutume d'ensevelir leurs désenchantements ou leurs repentirs.
Dès ce moment, Condé, tout en conservant pour celle qu'il avait aimée — la seule peut-être qu'il aima véritablement^, — « je ne sais quelle mémoire pleine de respect et d'estime*», se laissa aller à cette facilité de mœurs qui alors (1647) — c'était le temps de « la bonne Régence » — devenait, dans la haute société française, aussi relâchée et aussi impudente qu'elle le put jamais ètre^.
D'autant que, parmi ce monde de la Fronde, si dépourvu de scrupules de morale, mais chez qui parfois ceux de religior étaient un dernier frein, Condé n'avait pas même ceux-là. I^ était, comme son amie Anne de Gonzague^, un « esprit fort ».