‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 549 sur 615 · Cf. j). 525, n · texte numérisé non relu

Cf. j). 525, n

7. « Quartier, en termes de guerre, est le lieu assigné à certaines troupes pour vivre, loger et camper.... Quartier se dit aussi des logements qui se font à la campagne et hors les sièges.... Quartier se dit aussi des soldats qui gardent ces camj)ements. On a enlevé deux quartiers des ennemis. » Dict. de Furetière, 1090. « (Mons'eur de Turenne) résolut de marcher en diligence à Réthel... pour charger les quartiers de son armée (de l'armée du maréchal du Plessis) séparés. »

La Rochefoucauld, II, 216 [Grands écrivains). « Quatre jours après que M. le Prince eut taillé en pièces quatre quartiers de l'armée du Roi. » Retz, Mémoires, éd. Michaud, p. 559 (cité par Jacquinet).

« M. de Luxembourg a assemblé ses quartiers, et son armée est de 16 000 hommes environ. » Peliisson, Lettres historiques, II, p. 52 (ibid.).

DU PRINCE DE CONDÉ

d'un côté il envoie reconnaître l'autre, le diligent officier qui porte ses ordres s'étonne d'être prévenu, et trouve déjà tout ranimé par la présence du prince : il semble qu'il se multiplie dans une action; ni le fer ni le feu ne rarrêlent '. Il n'a pas besoin d'armer cette tète^ qu'il expose à tant de périls^. Dieu lui est une jirmure plus assurée : les coups semblent perdre leur force en l'approchant, et laisser seulement sur lui des marques de son courage et de la protection du ciel. ÎNe lui dites pas que la vie d'un premier prince du sang, si nécessaire à l'État, doit être épargnée : il répond qu'un prince du sang, plus intéressé par sa naissance h la gloire du roi et de la couronne, doit dans le besoin de l'Etat être dévoué plus que tous les autres pour en relever l'éclat. Après avoir fait sentir aux ennemis durant tant d'années l'invisible puissance du roi, s'il fallut agir au dedans pour

1. Mazarin écrivait au duc d'Eagliicii le 15 juillet 1645 : « J'apprends avec frayeur que vous n'êtes pas seulement jour et nuit après les travaux, mais que vous hasardez votre personne avec la même prostitution que si vous n'étiez qu'un simple soklat.... Il est temps que vous mettiez de la diirérence entre les fonctions d'un volontaire et les devoirs d'un <:énéral.... Considérez qu'une partie du salut et de la gloire de cet Etat repose sur votre tète.... Je vous conjure donc d'être meilleur mènafrer d'une vie qui n'est point à vous. » Personne ne dépassait le duc d'Enf,diien dans ces ba^rarres (au sièfre de Mardick en 16i6), Bussy le vit revenir un jour le pbifrnet couvert de sang et le crut blessé grièvement : « C'est le sang de ces coquins », lui cria le prince. C'était bien le sien cependant; il avait le bras percé d'un cou|> de pi(pie. Deux jours plus tard, un soldat qui courait d'un magasin de Irancliée à sa batterie laissa tomber une mèche allumée sur son

drapeau plein de poudre. Le duc d'Enghien, que cet homme frôlait, fut conune embrasé. Les yeux perçants, un peu à fleur de tête et mal protégés, s'irritaient facilement ; il en avait soufl'ert pendant la campagne de 1645; cette fois il resta complètement aveugle (pendant quinze jours). » Duc d'.\unialc, t. V, p. 82-

2. A la bataille de Rocroy Condé « ne voulut pas se servir d'autre habillement d^î tète que de son chapeau couvert de force j)lumes blanches qui servirent souvent de ralliement ». Lenet, Mémoires.

5. « La mort passe souvent auprès de lui. Un soir (au siège de Dunkerque ). il est presque renversé par la chute d'un ingénieur tjui ionibe tué en lui ren<lant cumpte ; au même moment il a le visage et le cou déchirés par les éclats du crâne d'un valet de |>ied qui portait son manteau. » Dnc dAumale, f. V, p. 101. Au siège de Furnes (1048;, il fut blessé à la hanche: plus lard, il eut le poignet brisé.

la soutenir, je dirai tout en un mot, il fit respecter la régente^ : et puisqu'il faut une fois parier de ces choses dont je voudrais pouvoir me taire éternellement 2, jusqu'à cette fatale prison, il n'avait pas seulement songé qu'on pût rien attenter contre l'État ; et dans son plus grand crédit, s'il souhaitait d'ohtenir des grâces, il souhaitait encore plus de les mériter. C'est ce qui lui faisait dire :

1. La régente. Du mois d'août 1648 au mois de mars 16i9. Voir Cliéruel, Histoire de la minorilé de Louis XIV.

2. Arrivé « à cet endroit qui fait trembler, que tout le monde évite, qui l'ait qu'on tire les rideaux, qu'on passe des éponges » (Mme de Sévisné, 25 avi'iflôST), Bossuet raconte la caj)tivité du prince aussi naturellement que ses victoires. Bourdaioue est infiniment plus embarrassé : « Il n'y a point d'astre qui n(! soulfre quelque éclipse ; et le plus brillant de tous qui est le soleil est celui qui en soulfre de plus grande et de plus sensible. Mais deux clioses en ceci sont bien remarquables : l'une que le soleil, quoique éclipsé, ne perd rien du fonds de ses lumières, et que, malgré sa défaillance, il ne laisse pas de conserver la rectitude de son mouvement; l'autre qu'au moment qu'il s'éclipse, c'est alors que tout l'univers est plus altentif à l'observer et à le contemi)ler, et qu'on en étudie plus curieusement les variations et le système; symbole admirabledes états où Dieu a permis que se soit trouvé notre prmce, et où 'e me suis engagé à vous le représenter. C'est un astre qui a eu ses éclipses. En vain entreprendrais-je dé vous les cacher, puisqu'elles ont été aussi éclatantes que sa lumière même; et peut-être serais-je prévaricateur si je n'en profitais pas pour en faire aujourd'hui le sujet de votre instruction. J'appelle ses éclipses le malheur ([u'eut ce grand liomme de se voir enveloppé dans

un parti que forma l'esprit de discorde, et qui fut pour nous la source funeste de tant de calamités; et considérant ce grand lionnne dans sa profession de chrétien, j'entends, par l'éclipsé qu'il a soulfei'te, ce temps où, livré à lui-même, il nous a paru comme dans une espèce d'oubli de Dieu, ce refroidissement où nous l'avons vu dans la pratique des devoirs de la religion : deux choses que je ne jmis i)as disconvenir avoir été les deux endroits malheureux de sa vie, l'une par rapport il son roi, et l'autre par rapjxirt à son Dieu. Mais c'est ici, adorable et aimable Providence, où vous me paraissez toute entière, et où je découvre le secret de votre conduite :

car vous aviez donné à ce héros un cœur droit, qui, dans les maux les plus extrêmes, lui a été d'une immanquable ressource : un cœur droit, qu'il a conservé dans ses deux malheureux états, et qui, ayant toujours été entre vos mains, ne s'est jamais absolument ni perverti ni démenti; un cœur droit, dont vous vous êtes avantageusement servi pour ramener ce héros à tout ce qu'il vous a plu, n'ayant permis qu'il s'écartât du droit chemin que pour l'y faire rentrer, et j)lus utilement pour nous, et plus glorieusement pour lui-même. Voilà, providence de mon Dieu, l'eifet de vos miséricordes, que je dois faire observer à ceux qui m'écoutent, et qui vont être pour eux autant de leçons de leurs plus importants devoirs. » iOr. funèbre de Louis de Bourbon, 2' partie.)

DU PRINCE DE CONDE

je puis bien ici répéter devant ces autels les paroles que j'ai recueillies de sa bouche, puisqu'elles marquent si bien le fond de son cœur : il disait donc, en parlant de cette prison malheureuse, qu'il vêtait entré le plus innocent de tous les hommes, et qu'il en était sorti le plus coupable. « Hélas! poursuivait-il, je ne respirais que le service du roi et la grandeur de l'État ! » On ressentait* dans ses paroles un regret sincère d'avoir été poussé si loin par ses malheurs. Mais, sans vouloir excuser ce qu'il a si hautement condamné lui-même, disons, pour n'en parler jamais, que comme dans la gloire éternelle les fautes des saints pénitents, couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer, et de l'éclat infuii de la divine miséricorde, ne paraissent plus; ainsi, dans des fautes si sincèrement reconnues, et dans la suite si glorieusement réparées par de fidèles services, il ne faut plus regarder que l'humble reconnaissance ^ du prince qui s'en repentit, et la clémence du grand roi qui les oublia.

Que s'il est enfin entraîné dans ces guerres infortunées, il y aura du moins cette gloire, de n'avoir pas laissé avilir la grandeur de sa maison chez les étrans:ers. Malgré la majesté de l'empire, malgré la fierté de TAutriche, et les couronnes héréditaires attachées à cette maison, même dans la branche qui domine en Allemagne; réfugié à Namur, soutenu de son seul courage^ et de sa seule réputation, il porta si loin les avantages* d'un prince de France, et de la première maison de l'univers, que tout ce qu'on put obtenir de lui fut qu'il

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