Lettre d'Henriette-Marie du 18 novembre
i. P;ir le comte de Bâillon, oiivragc cité.
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accordé pour la milice (abandonnée par Charles à son Parlement), vous vous êtes coupé la c:org-c; vous ne leur pouvez plus rien refuser, pas même ma vie s'ils vous la demandent (15 déc. 1646; . » « Il faut tâcher d'avoir les Écossais avec nous, écrivait-elle quelques jours ayant, sans pourtant rien faire qui soit déshonorable. » Mais les Écossais posaient leurs conditions. « Je sais, continuait-elle, les peines dans lesquelles vous êtes, et j'en ai une pitié qui me fait autant de mal qu'à vous; mais puisque nous avons tant souffert, il faut se résoudre d'achever avec honneur... Si vous accordez davantage, vous êtes perdu. » Et au milieu de ces objurgations de Romaine, les cris de la femme aimante dont l'absence exalte l'angoisse et inquièle l'affection. Pourquoi Charles n'écrit-il pas? Pourquoi la laissef-il sans nouvelles? (25 décembre 1644) Est ce déliance? Ne lui a-t-elle pas donné assez de preuves de son dévouement? « Soyez bon pour moi ou vous me tuerez (15 mars 1645). J'ai déjà assez d'afflictions à soulTrir que sans vous je ne saurais supporter. »
Cette alfection toujours passionnée allait être mise à la dernière épreuve. Le lOfévricr. llenrieltc-Maric apprenait, après une dernière alternative d'espoir, que son mari avait été décapité.
Le lendemain, Mme de Motteville, amie d'Anne d'Autriche, étant allée lui porter les condoléances de la régente, en reçut cette réponse : « que le roi son seigneur, dont la mort allait la rendre la plus malheureuse femme du monde, ne s'était perdu que pour n'avoir jamais su la vérité ; qu'elle lui conseillait de ne pas irriter ses peuples, à moins que d'avoir la puissance de les dompter tout à fait; que le peuple était une bête fiMoce qui ne s'apprivoisait jamais; que le roi son seigneur l'avait éprouvé et qu'elle priait Dieu qu'elle eût plus de bonheur en France cju'ils n'en avaient eu en Angleterre; mais que surtout elle lui conseillait d'écouter ceux qui lui disaient la vérité, de travailler à la découvrir et de croire que le plus grand des maux qui pouvaient arriver aux rois, et celui qui seul détruisait leurs empires, était de l'ignorer ». Mme de Motteville consigna avec soin dans ses mémoires ce résumé, si curieux, en elfet, dans sa sincérité, de l'expérience d'une reine détrônée.
Peu de temps après, Henriette-Marie put croire que ces avertissements à sa belle-sœur n'avaient été que trop opportuns. Elle eut, en tout cas, à soull'rir la première des désordres et de la
détresse où la Fronde plongea la cour, Paris et la France pendant plusieurs années. Arrivée en France dans le dénùincnt, elle avait reçu de la rég^onle une pension de 10 ou 12 0(îO écus par mois. Les embarras linanciers de la cour de France interrompirent bientôt le paiement régulier de cette pension. Les pierreries qui lui restaient passèrent vite à la nourrir, elle et ses serviteurs, dans Paris où elle se trouva enfermée avec les rebelles, et c'est alors que Retz fut témoin de cette scène d'intérieur qu'il a racontée dans ses mémoires : la dernière lille de la reine d'Angleterre, lletiriette-Anne, obligée de rester au lit faute de feu : « les marchands ne voulaient plus rien fournir et il n'y avait pas un morceau de bois dans la maison ». Le Parlement, quoique frondeur, en eut honte, et il envoya 20 000 francs à la souveraine exilée. Mais la situation d'IIenriette-Marie ne devait pas encore de sitôt redevenir suffisante. En 105 1, quand son lils le prince de Galles revint du champ de bataille de Worcester dans le piteux équipage d'un prince vaincu et fugitif, sa mère n'eut pas de quoi lui acheter une chemise; « il n'en avait pas changé depuis l'Angleterre ».
La sécurité môme de la veuve de Charles I" et de ses enfants ne fut pas toujours assurée. Appelée du Louvre à Saint-Germain-èn-Laye où le roi s'était retiré, elle ne s'y rendit pas « sans courir de grands risques de la part du peuple mutiné » — autant que de ses créanciers qui menaçaient d'arrêter son carrosse, — et le prince Charles, son fils, fut obligé de galoper à la portière pour protéger sa mère et sa sœur. Jusqu'à Chaillot, chez les Visitandines où elle se retira ensuite, l'émeute vint la poursuivre. Mais ce qui devait être à la reine détrônée encore plus sensible que ces insultes de la révolution populaire, qu'elle connaissait, c'était la froideur qu'elle trou\ait à la cour de France, en dépit de la courtoisie extérieure de l'accueil. Elle avait déjà vu, du vivant de son mari, la politique clandestine et l'or de Richelieu soudoyer les révoltés anglais: elle vit Mazarin continuer, ou peu s'en fallait, la même conduite. Elle dut s'indigner, sans pouvoir rien à rencontre, d'assister à la reconnaissance officielle de Cromwell par le gouvernement français, aux avances faites par Mazarin au Protecteur pour obtenir, de préférence aux Espagnols, son alliance. Elle vit son neveu Louis XIV donner de sa propre main à l'ambassadeur de Cromwell, pour son maître, une épée enrichie de diamants. Elle dut subir l'éloignement de ses fils, le prince de Galles et
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les ducs d'York et de Glocester, que Mazarin fit ou laissa partir de France (avril 1G57) sur les injouctions du Protecteur. Et quand le cardinal, sur sa prière, consentit à demander au chef de la République anglaise la restitution du douaire de la veuve de Charles P^ Cromweil répondit par un refus brutal et insultant pour la reine déchue, refus que la France se garda bien de relever.
Cependant la fortune réservait à Henriette-Marie une réparîtion inattendue. Le 8 mai IGGO, Charles II, son fils, était proclamé roi d'Angleterre; et à la fin de cette même année, elle retournait dans ce royaume qu'elle avait si tristement quitté. Il y eut alors chez elle comme un regain d'activité. Et dans ce voyage, dirent ses historiens, elle ne s'occupa pas seulement de régler ses alfaires privées, mais de travailler à cette « gloire de la religion » catholique dont elle avait été la martyre. Le mariage de sa dernière fille. Ilenriette-Anne, avec le duc d'Orléans, frère du roi — la plus belle union qu'elle pût espérer pour elle après l'honneur suprême, un instant entrevu, de devenir reine de France, — fut une dernière consolation à son orgueil.
Il est difficile de dire si elle eût su jouir avec sagesse de ce retour inattendu de félicité, et si, l'evenue à la cour d'Angleterre en qualité de reine mère, elle aurait usé de son expérience pour ménager, comme elle le conseillait à Anne d'Au triche, ce « peuple » dont elle avait éprouvé les terribles colères. Le contraire est plus probable. Quand sa « maison » royale fut réorganisée par son fils, elle la laissa ou la fit rétablir avec une somptuosité bien propre à soulever les récriminations des puritains, et avec un étalage de catholicisme tout fait pour lui aliéner une seconde fois les anglicans. De même, elle recommença d'encourager les conversions, qui se multiplièrent; et de nouveau les deux Chambres anglaises, inquiètes, obligèrent le roi de chasser du royaume, sous peine de mort, les prêtres catholiques. Aussi ce ne fut pas seulement la santé d'Henriette qui l'engagea, deux ans après, à retourner en France (1665); ni sa grâce personnelle, ni ses charités, ne pouvaient lutter contre tant de soiivcMiirs hostiles, qu'ellemême était trop pressée d'oublier. Elle était évidemment trop ardente en sa foi religieuse, trop convaincue de ses droits de reine, pour se plier, vis-à-vis d'un peuple intt)lérant et indépendant désormais, aux précautions qu'il eût fallu.
Eu Ki'aiice, du moins, elle pouvait reprendre librement une vie dévote qui n'offensait personne, et qui, depuis la mort de son mari, était sa plus solide consolatiou. L'ancienne élève de la mère Madeleine de Saint-Josepli avait aussi connu et révéré, pendant sa pieuse jeunesse, l'illustre évéque de Genève, François de Sales. Elle s'était prise d'une particulière allcclion pour l'institut de la Visitation, fondé par lui et par Jeanne de Chantai, et, la première fois qu'elle revint d'Angleterre, elle s'était empressée défaire établir, avec la protection d'Aime d'Autriche, les Filles de Sainle-Marie dans une maison de Chaillot, acquise par elle à leur inlention. Ce couvent fondé par ses soins lui fut, jusqu'à la lin, une retraite chère. Au début de son séjour en France, elle y avait même fixé quelque temps sa demeure, comme le faisaient souvent à cette époque les femmes du monde qui, lassées de la vie du siècle, voulaient s'en retirer en conservant toutefois leur liberté. Mais tandis que, souvent, ces pensionnaires bénévoles étaient pour le couvent où elles élisaient domicile, et où elles continuaient d'entretenir leurs relations mondaines, une cause de trouble ou de scandale, Henriette-Marie « choisit pour son appartement à Chaillot celui qui donnait sur le dehors et défendit aux femmes de la cour d'entrer dans le dortoir des religieuses sans la permission de la supérieure. Elle ne recevait elle-même pour l'ordinaire ses visites qu'au parloir et s'y faisait même transporter pour consulter son médecine »
Retirée ensuite à Colombes, ce fut la même vie, presque monastique, que la reine d'Angleterre y continua, suri (Hit lorsqu'elle n'eut plus à s'occuper de l'éducation de ses enfants, et lorsqu'elle eut marié sa dernière fille. Son existence quotidienne était soumise à une règle sévère; sa conversation, autrefois « hbre et gaie », assez railleuse même et piquante pour le prochain, s'était mortifiée; elle surveillait cet « esprit vif, agréable et pénétrant » qu'elle avait toujours eu; elle « examinait ses paroles, se retenait de parler quasi sur toutes choses ». Elle paraissait, enfin, ajoute Mme de Motteville, « fort détachée de la vie ». Il ne semble pas que les sujets d'inquiétude que lui donnait alors sa fille, la duchesse d'Orléans, la préoccupasseiit beaucoup : c'est à cette même Mme de Motle-