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teur Poirier me disait tout-à-l'heure dans son adresse que je portais déjà à mon âge une tête fatiguée sur des épaules encore jeunes; mais je crois plutôt que c’est le contraire, et que ma tête est malheureusement beaucoup plus jeune que mes épaules, J'ai vieilli dans la lutte et j'y ai laissé ma santé, mais je puis dire en toute conscience et en toute fierté que j'ai toujours combattu pour ma race. (Vifs applaudissements). Je n'avais pas dix-neuf ans que j'étais à la tribune, et je n'ai cessé de travailler depuis: J'ai eu des opinions très vives et j'ai souvent rendu cent coups pour un; peut-être ai-je été parfois trop violent, injuste, mais je n'ai jamais été à la porte de derrière ma maison ni chez mon voisin pour dire ma pensée hautement, et je me suis toujours incliné devant le talent. Quand l’illustre chef du parti libéral nous rapportait de l'Angleterre la dernière de nos grandes libertés politiques, le droit pour le Canada de faire lui-même ses traités de commerce, droit qu'il avait acquis par sa diplomatie et son éloquence, j'ai été le premier à l’acclamer parce qu’il avait bien travaillé pour son pays. Et les principes que j'ai pratiqués dans le passé, je les pratiquerai encore dans l'avenir, car, je vous le déclare, je retournerai dans la fournaite politique et avant longtemps. (Applaudissements prolorgés).
De même que je leur ai rendu justice, mes adve rsaires m'ont rendu justice.
Je ne parle pas ici des médiocrités que je n’ai pas même jugé dignes de mon mépris.
Un jour, un grand mouvement d'effervescence populaire s'est produit par tout le Canada français, et je me suis vu forcé de me mettre en face du sentiment du peuple au lieu de le suivre; ce jour-là, je n’ai obéi qu’à la voix de ma conscience et j'ai frappé ceux qui m’attaquaient ; cependant j'en appelle à tous ceux qui m'ont vu lutter, n'ai-je jamais porté de coups au-dessous de la ceinture ?
(Appl.)
Cette leçon de fraternité que je me suis efforcé de donner à mes compatriotes du pays natal, mes chers amis, je vois que vous la pratiquez déjà, et je souhaite que vous la pratiquiez toujours les uns à l'égard des autres.
Vous êtes la patrie vivante qui s’est éloignée de la terre des aïeux; vous avez conservé la langue française et la foi catholique et vous avez produit des hommes qui feraient l'honneur d'aucun pays, des hommes comme ce grand Athénien dont je parlais tout-à-l’heure, Nos champs étaient trop vastes pour nes moyens, et vous avez pris le chemin de l'étranger, mais le Canada ne s'est pas amoindri pour tout cela; il vous contemple avez bonheur, missionnaires de l’idée française dans ce grand pays de liberté dont vous êtes dignes. Vous serez aux Etats-Unis les sentinelles avancées de la patrie commune, le paratonnerre destiné à détourner les orages qui pourraient fondre sur vos compatriotes du Canada. Le fanatisme disparait graduellement en ce pays, et bientôt vous implanterez profondément les racines de votre nationalité dans
ce sol dont vous faites déjà l’ornement. (Longs applaudisements).