L'HONORABLE J. ISRAEL TARTE EX-MINISTRE DES TRAVAUX-PUBLICS DU CANADA
A Woonsocket (Rhode Island) le 3 décembre 1903.
‘ La Patrie ', de Montréal, nous donne le résumé suivant de cette conférence :
Mes CHERS COMPATRIOTES, MESDAMES ET MESSIEURS,
Québec est la mère-patrie des Canadiens-Français. Notre province est la ruche d'où sont partis tous les essaims qui sont allés bâtir leurs nids un peu partout en Amérique,
Nous sommes,un peu partout,des facteurs dans le mouvement politique, dans le mouvement du travail et du commerce. Dans la province de Québec, nous avons la prépon- «rance du nombre. Nous sommes, en dehors de la France, le seul Etat od une majorité francaise dirige les affaires publiques.
Nous sommes au tournant de la route, Nous avons jeté les fondations de notre édifice national. Les luttes de nos ancêtres nous ont assuré l'existence.
Lors de la conquête, ou si vous l'aimez mieux, de la cession du Canada à l'Anglewerre, nous n'étions qu'une poignée; environ soixante mille âmes françaises, Nous devons être trois millions disséminés dans les différentes parties de la Confédération et dans les Etats de l'Union américaine.
Nous avons conservé notre nationalité.
Un Polonais demandait à Jean-Jacques Rousseau ce qu’il fallait faire pour rester Polonais. “Pour rester Polonais ”, répondit le philosophe, “ il faut être Polonais. ”
Nous sommes restés Français parce que nous sommes des Français et des catholiques. Notre attachement à nos institutions, à notre langue et à nos lois a été notre sauve-
garde. Les cas d'apostasie nationale sont rares dans notre histoire. On peut compter sur les doigts de la main les familles qui se sont anglifiées.
Le danger de l'absorption est passé, au moins pour presque tous les groupes français, soit au Canada, soit aux Etats-Unis,
Nous existerons comme race distincte,
Mais, quel rôle jouerons-nous ? Quelles destinées nous attendent ? Quel rang occuperons-nous au milieu des nationalités qui nous environnent +4
L'avenir appartient aux forts, aux travailleurs, aux prévoyants, à ceux qui s'armeront à temps pour la lutte.
La devise favorite de nos hommes publics les plus clairvoyants, de Lafontaine, de Cartier, était : Emparons-nous du sol.
Ce fut sous le gouvernement Lafontaine et Baldwin que les premiers efforts sérieux de colonisation furent faits,
Plus tard, Cartier eut la conception du Nord-Ouest français, Nos hardis voyageurs étaient allés planter leur tente dans ces lointaines régions. Ils s'étaient groupés autour du clergé catholique; ils y avaient pris possession du sol, même avant que le gouvernement du Canada en eut fait l'acquisition. Malheureusement nous n'avons pas tiré profit des premiers avantages que nous avions conquis. Les groupes français ne sont, pour ainsi dire, que des oasis dans les vastes territoires de l'Ouest. Nous ne sommes labas que quelques milliers d’Ames françaises,
Reconnaissons aussi que nous n'avons pas fait dans la province de Québec de mouvement sérieux, pratique et persévérant de colonisation. Quel malheur que nous ayons été décimés par l'émigration ! Vous êtes aux Etats-Unis tout près d'un million et demi de Français.
Je crois, pour ma part, après une étude consciencieuse de notre histoire, que cette déperdition de forces nationales eut pu être évitée.
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Vous avez été invités à traverser la frontière par l’industrie américaine, par le grand développement manufacturier qui a tant contribué à faire de votre pays l'un des plus prospères et des plus populeux du monde. Vous n’avez pas laissé le Canada sans regrets. Vous nous avez quittés parce que vous avez cru mieux servir vos intérêts et ceux de vos familles. Une politique de colonisation et de progrès industriel vous eut conservés à la famille française au Canada.
Sûrement, nous ne sommes pas destinés à être les serviteurs des autres races. Je me sens le cœur gros, le rouge me monte à la figure chaque fois que j'entends de grands industriels dire en ma présence: tel ou tel endroit est favorable à l'établissement de telle ou telle manufacture, parce qu’en tel ou tel endroit, nous avons le travail canadienfrançais.
L'heure est venue de réaliser notre situation. Il vaut mieux que nous nous disions la vérité à nous-mêmes, que nous regardions en face le présent, et l'avenir, et que nous nous demandions sérieusement, patriotiquement,quel chemin nous devons suivre, quels moyens il nous faut prendre pour assurer à notre race un rang et une place honorables dans la procession des nationalités de ce continent.
Si nous ne sommes pas les égaux des races qui nous entourent, nous serons leurs inférieurs. Dans le siècle où nous vivons, plus que dans aucun autre siècle, qui n’avance pas, recule. Tout marche à pas de géant, tout se fait à l'électricité, tout est organisé scientifiquement.
La devise des Canadiens-Français, quel que soit le sol qu’ils habitent et le drapeau à l’ombre duquel ils vivent, devrait être: “ Instruisons-nous ; outillons-nous ! ”
Nous sommes en minorité; nous le serons davantage de jour en jour au Canada. L’immigration nous vient de tous les pays du monde en courants immenses, comme elle est venue, comme elle vient des Etats-Unis. Nous ne pou-
vons compter que sur notre développement naturel.
Donc il nous faut faire face à la quantité par la qualité.
Si nous voulons préparer à notre race un avenir digne de notre origine, si nous ambitionnons pour nos enfants un héritage heureux et prospère, ne tardons pas à nous mettre à l’œuvre du relèvement.
Je prononce à dessein ce mot relèvement, Nous nous sommes laissés choir dans Vindifférence; nous manquons d'esprit public. Nog pères qui ont fait tant de sacrifices, qui sont tombés sur le champ de bataille ou qui sont montés à l’échafaud pour la défense de notre nationalité, nous ont, certes, donné d'autre leçon que celle ~~ la nonchalance nationale dont nous faisons trop souveni preuve.
L’esprit de laisser aller, d’indifférence, s’est emparé de notre population. On dirait à certaines heures que nous avons perdu ce sentiment si précieux de Vorgueil national, de l’ambition d'arriver au premier rang dans les diverses branches de l'activité humaine,
Réveillons-nous ; Sortons de notre torpeur; levons nos regards vers le soleil. “Sursum Corda”. Eclairons l’avenir de nos regards fortifiés par Fespérance.
Prenons de fermes et viriles résolutions; entre autres celle de travailler d’un commun accord à notre avancement.
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DISCOURS oc
L'HONORABLE J.ISRAEL TARTE A Lowell (Massachusetts) en décembre 190}.
‘La Patrie ”’, de Montréal, résume ainsi ce discours :