MONSIEUR L. ©. DAVID
Ex-DÉPUTÉ A LA LEGISLATURE DE Quésrc et PRÉSIDENT- GÉNÉRAL DF LA SOCIÉTÉ ST-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL
Au banquet “ Laurier”, à Boston, en réponse au toast : “ Aux Sociétés St-Fean-Baptiste du Canada,”
MONSIEUR LE PRESIDENT, MESSIEURS
Mon premier mot sera pour remercier ceux qui ont organisé ce banquet en l'honneur de l'homme qui en ce moment honore le plus sa race par ses talents et par son caractére.
Compatriotes des Etats-Unis, vous avez, comme d'habitude, bien fait les choses; vous avez prouvé, une fois de plus, que c’est parmi vous qu’il faut venir pour connaître et apprécier le véritable patriotisme.
Vous avez voulu honorer un homme dont le nom est une gloire nationale, un homme digne de porter le drapeau du Canada.
Vous avez tous vu ce fameux tableau qui représente Gambetta, dans la chambre des députés français, au moment où, la main tendue vers M. Thiers, il s’écrie:
“ Le libérateur de la patrie, le voici !”
Eh bien! ce soir j'ai droit de dire à mes compatriotes assemblés : “Le Laurier de la province de Québec, le voici!’
Merci, concitoyens des Etats-Unis, de nous avoir donné une occasion de voir et d’entendre quelques-uns des hommes les plus distingués de cette république américaine si forte, si grande, si prospére et qui parait avoir pris pour
tâche de démontrer au monde jusqu'où peut aller le génie de l’industrie humaine.
Merci, de nous donner l'occasion de venir vous serrer la main, de vous entendre et de parler ensemble des choses de la patrie.
Merci au nom des sociétés Saint-Jean-Baptiste, du toast que vous venez de porter, car nous avons compris que vous voulez rendre hommage non seulement aux sociétés St-Jean-Baptiste du Canada, mais encore à trntes les sociétés sœurs qui font ici ce que les nôtres font au Canada, œuvre qui consiste à entretenir le feu sacré du patriotisme dans le cœur des Canadiens-Françuis et à tenir toujours devant les yeux le tableau des grandes choses accomplies par nos ancêtres,
Les sociétés St-Jean-Baptiste aux Etats-Unis ont été la pierre fondamentale de votre conservation nationale. Aussi je dirai: Honneur aux saints prétres, aux vaillants journalistes, aux fondateurs de ces sociétés, qui vous ont instruit, consolé dans votre exil, et enseigné vos devoirs envers Dieu, votre mère-patrie et votre patrie d'adoption.
Je devrais ajouter: Honneur à la femme canadienne française (car j'espère qu'il ne sera pas dit que dans une assemblée patriotique comme celle-ci 1a femme canadienne ait été oubliée), Oui, honneur à la Canadienne-Française, à cette femme forte, à cette épouse dévouée, à cette mère incomparable! c'est à elle que nous devons la propagation de la race française aux Etats-Unis. A elle revient l’honneur de vous consoler dans les ennuis de l'exil. Pauvres hommes! que feriez-vous si vous n'aviez pas le coeur de la femme pour adoucir le souvenir de la patrie absente ?
Aux Etats-Unis, plus qu'ailleurs, l'on doit dire: Vive la Canadienne! Quand on parcourt les grandes cités américaines et qu'on passe dans les quartiers canadiens, on voit que la Canadienne-Francaise n'a pas dégénéré sur le sol américain et qu’on peut encore compter sur elle pour
l'avenir.
Honneur à vous tous, hommes de profession et hommes d'affaires! à vous commerçants, ouvriers et artisans! Honneur à tous ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front et qui savent se faire estimer et respecter au milieu des populations étrangères qui les environnent! Vous êtes un témoignage éclatant de la vitalité de notre race,
Longtemps on a pensé que les Canadiens: Français établis aux Etats-Unis étaient perdus pour nous et que notre race était destinée à y périr, Main aujourd'hui, il n'y a qu’ une seule voix pour dire que l'on se trompait. Ces ramenux détachés sont devenus un arbre national aussi fort q' te tronc maternel lui-même, Vous êtes restés Canadiens. n- Çais de coeur, d'esprit, aussi Canadiens que nous et même plus Canadiens que nous, car, comme je Vai répété souvent au Canada, des deux moitiés qui composent le peuple canadien français, li meilleure moitié, à mon sens, est celle des Etats-Unis.
Vous aimez ce que nous aimons, vous honorez ce que nous honorons, Vos joies sont nos joies, vos douleurs sont nos douleurs, vos tristesses sont nos tristexses, Nos aspirations, nos espérances sont les mémes,
Nous croyons que la race française, fidéle à sa divise, n'est pas destinée à périr; nous crovens qu'elle continuera à jouer sur le sol américain le grand rôle que la France joue en Europe. (Longs applaudissements. )
Messieurs, en terminant je dirai: Honneur à ce grand pays où vous trouvez non seulement le pain quotidien, mais aussi le respect de vos droits religieux et nationaux. Les hommes d'Etat américains ont compris qu'une nation composée des éléments les plus actifs de tous les peuples devait protection à toutes les croyances et à toutes les nationalités ; ils sont convaincus que c'est à cette grande diversité de caractère des éléments qui entrent dans la formation de la nation américaine qu'ils doivent en grande partie la gran-
deur de leur patrie. Au reste, messieurs, c'est la loi de Dieu, qui veut que chaque individu, que chaque nation, en travaillant pour son propre avancement, travaille au perfectionnement général de l'humanité.
Les Canadiens-Français n'ont pas encore acquis aux Etats-Unis l'influence qu'ils auront avant longtemps, mais si déjà nos compatriotes qui, il y a quelques années, n'étaient qu'une poignée, ont pu se faire respecter sur ce sol étranger, qu'est-ce que nous ne pouvons pas espe d'eux quand ils seront six, huit, dix millions d'hote décidés à remplir leurs devoirs envers leur patrie ado; ive sans pour cela oublier l'ancienne patrie française ?
Donc, messieurs, continuez l'œuvre que vous avez e":treprise. Ah! sans doute, si nous pouvions rallier toutes nos forces sous un même gouvernement, sous un seul drapeau, notre influence serait plus grande et nous pourrions espérer beaucoup plus pour l'avenir, Quel sera ce gouvernement? Je l'ignore, mais ce que je sais t'2n, c'est que si vous continuez à travailler comme par le passé, nous sommes assurés que notre nationalité ne périra pas aux Etats-Unis et que vous y constituerez plus tard le groupe national le plus homogène et le plus puissant de l'Amérique. Messieurs, respectons les drapeaux anglais et américain sous lesquels nous vivons, et montrons que nous savons concilier les obligations de notre origine avec nos devoirs de citoyens américains ou anglais.
Et vous compatriotes des Etats-Unis, portez le front haut! faites honneur au nom canadien! On ne sait pas ce que la providence vous réserve. Vous étes peut-être les éclaireurs envoyés en avant pour préparer les voies, et avant longtemps on comprendra la grandeur de l'œuvre que vous faites sur cette partie du continent. (Vifs applaudissements et bravos prolongés. )
Nore: La réputation bien méritée que possède depuis longtemps, I’ Honorable L. 0. David, maintenant membre du Sénat Canadien, comme orateur patriote.
ville, et en 1809, à la réceptio baker''. Partout, sa parole chaude et vibrante de patriotisme a ému le cœur de
nos compatriotes et a reçu l'accueil le plus enthousiaste.
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