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sement, de leur bonne ou de leur mauvaise éducation.
Napoléon III, qui savait être philosophe à ses heures, a bien rendu cette pensée dans la phrase suivante: “Cette “ première éducation, donnée par une mère tendre et ver- “tueuse, a toujours autant d'influence sur notre avenir, “que les qualités naturelles les plus précieuses. ” Et madame de Girardin, cette femme distinguée a écrit ces paroles remarquables; “Nos qualités nous viennent de la “nature, mais nos vertus sont le fruit de notre éducation. ” C’est sans doute ce qui faisait dire à Fénélon, ce grand éducateur des princes: “ J'estime fort l'éducation des “bons couvents, mais je compte encore plus sur celle d’une “bonne mère, quand elle est libre de s'y appliquer.” Et De- Maistre, ce grand philosophe et catholique éminent, a résumé toute la doctrine que je cherche à exposer, dans cette phrase expressive: “Rien ne peut remplacer l'éducation “maternelle.” Enfin De Gerando, ce penseur profond et élégant, disait: “Pour un grand nombre d'individus, il “n’y a guère d’autre éducation que l'éducation maternelle.”
Tout cela, qu'on le remarque bien, ne veut point dire que ce travail d'éducation ne peut pas se continuer, plus tard et ailleurs, dans les collèges et dans les écoles, une fois l'enfant sorti de la maison paternelle; non, telle n'est pas ma pensée. Mais, suivant la pensée d'Esquirol, “ l’éduca- “tion de l’homme commence au berceau, ” et l'âme de ce jeune homme, rendu à l'école ou au collège, a déjà pris des plis qu’il est bien difficile de ramener, surtout si l'âge est avancé et si les plis sont profonds: de là l'importance de donner, dès les plus tendres années, une éducation ferme et morale; et de rappeler aux gouvernements de tous les pays de la terre cette parole si profonde de Mgr de Ségur: “Les peuples modernes s'occupent assez de l'instruction “qui ouvre l'esprit, et trop peu de l'éducation qui forme ie “ caractère, ”
L'instruction qu'il convient de recevoir doit, d'abord
étre chrétienne, puis, pratique, et, en troisiéme lieu, politique.
Ne vous effrayez pas de ce dernier qualificatif; j'en justifierai l'emploi dans un instant, soyez-en sûr.
J'ai dit d’abord chrétienne: parce que je ne crois pas aux écoles sans Dieu et à l'instruction qui fait des impies et des athées. L’instruction, suivant moi, doit être chrétienne, parce qu'elle doit être religieuse. Elle doit compléter sous une forme ou sous une autre, mais suffisamment à tous égards, les connaissances reçues à la maison ou à l'église.
Je sais bien que, sous ce rapport, je suis en désaccord avec quelques personnes, qui sont d'avis que l’instruction ne doit pas être sectaire, c'est-à-dire que la religion doit être bannie de l'école.
Je m'inscris en faux contre cette proposition; je Vai toujours combattue et j'espère que, Dieu aidant, je la combattrai toujours.
Si cette proposition est vraie pour l'école, elle l’est également pour toutes les institutions publiques de l’état. Or, Pourquoi conserverions-nous la religion dans l'armée, dans la marine, si nous l'expulsons de l'école ? Sa connaissance est-elle moins nécessaire au jeune homme qui apprend à servir son pays, à l'école, que sa pratique est utile au citoyen qui meurt pour lui sous ses drapeaux ? Sachez que, si ce signe sacré de la Rédemption aide, dans l’armée, le citoyen à mourir en bon soldat, il prépare, à l'école, l'enfant à vivre en bon citoyen.......
Non, sachons l’admettre ; malgré toute la bonne volonté du père et de la mère; malgré le dévouement incontestable du prêtre catholique, l'enfant qui entre de bonne heure à l'école n'a pas encore des connaissances suffisantes de sa religion pour justifier une cessation complète et brusque de son instruction religieuse, I] a encore une infinité de choses à apprendre; une infinité de doctrines à se faire
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expliquer, et une infin:té de conséquences à comprendre. I] possède bien les éiéments indispensables, assez complets pour un enfant, mais incapables de satisfaire l'esprit d'un homme; il ignore les extensions,les compléments,les causes, les origines et les conséquences. Il a reçu sous le rapport religieux, qu'on me pardonne l'expression, une nourriture légère qui suffirait à ses jeunes années, mais il lui faut maintenant une nourriture plus solide, propre à maintenir sa vie religieuse, C'est ainsi que la nourriture du corps a besoin d’être plus forte et plus généreuse au fur et à mesure que l'enfant grandit.
Il ne faut jamais ignorer les sages préceptes des maftres de l'éducation, quand on traite ce sujet délicat et vital.
Le Pape Clément XIV disait: “On devient tout ou “rien, suivant l'éducation que l'on reçoit.” Ce qui veut dire que l’on reste chrétien, si l'on reçoit une éducation chrétienne, et que l’on devient impie, si l’on reçoit une instruction impie.
Guizot, qui était généralement aux antipodes des doctrines religieuses et philosophiques de ce Pape, était bien forcé d'arriver, pratiquement, aux mêmes conclusions; car ce protestant français, était forcé de dire: “La base la “plus inébranlable de l’ordre social est l'éducation morale “de la jeunesse.”
D’ailleurs, les connaissances de la religion sont susceptibles de former un bon citoyen, car qui dit bon chrétien dit bon citoyen, et qui dit bon citoyen, dit bon chrétien. Pourquoi refuser tyranniquement ces connaissances que les parents sollicitent avec tant d’empressement, quand vous leur en imposez officiellement d’autres qu’ils repoussent si énergiquement.
Mais qu'on ne se méprenne pas sur la portée de mes paroles. Quand j’insiste sur le caractère chrétien de l’instruction à être donnée aux enfants, je ne veux point dire que tout le temps de l'écolt doit être employé à des exercices
religieux, à l’étude de la religion. Point du tout; chaque chose à son temps et à sa place;il ne taut pas plus exagérer l'usage des choses religieuses que l’usage des choses profanes; pas plus les pratiques pieuses que l’étude des connaissances ordinaires. Ce que je veux dire, c'est que l’instruction doit être chrétienne. C’est 1a le principe, et il est facile d’en faire une application intelligente. “Est modus in rebus, ” comme disait le poéte latin. Pas de moyen plus sûr de perdre ce que l’on a qu'en faisant des demandes exagérées. C’est la raison de la fable: perdre la réalité en courant après l’ombre.
J'ai dit en second lieu que l'instruction doit être pratique: j'entends par 1a qu'elle doit être en harmonie avec les besoins de l’époque et de la vie sociale au milieu de laquelle on vit.
~ Les moines pouvaient passer toute leur vie à étudier le latin, le grec, l’astronomie et à acquérir d’autres connaissances fort remarquables et très utiles dans les cloîtres ; il faut avouer que tout le monde ne peut devenir moine ou astronome et que certaines sciences, belles et louables en elles-mêmes, seraient peu utiles à nos manufacturiers, à nos commis et à nos artisans, et que ces sciences tout intéressantes qu’elles soient, ne mèneraient pas loin ceux qui voudraient s’en contenter. à notre époque et surtout dans nos villes d'Amérique.
Ceux qui ont le temps et les moyens d'apprendre le latin et le grec, l'astronomie et les autres sciences de cette nature, font bien de les apprendre; mais pour qu’elles leur suffisent dans le monde il faut qu’ils aient la fortune. Or, comme je n’ai pas à m'occuper pour le moment, de l’ins- ‘ truction des gens riches, je me contente de vous entretenir de l'instruction des classes moyennes et surtout des classes Pauvres; et conséquemment, je dois laisser de côté le grec et le latin.
L’instruction qui est nécessaire à ces classes, c'est
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Narithmétique, la tenue des livres, l’anglais et le français, et celles qui, tout en donnant des connaissances théoriques élémentaires, mettent vos enfants en état d'apprendre un métier, une profession ou un négoce. Toutes les branches de l'enseignement, quelque belles et agréables qu’elles soient, sont parfaitement inutiles aujourd’hui, si elles n'ont pas un côté pratique, c'est-à-dire, si elles ne mettent pas l'enfant en état de gagner sa vie. Et l’on sait jusqu’à quel point ces conditions de l'instruction sont devenues exigeantes sur un continent comme celui de l'Amérique, au Canada comme aux Etats-Unis, où le travail, sous toutes ies formes, se développe d'une manière merveilleuse; où toutes les forces des individus et de la nation se multiplient avec une rapidité extraordinaire; où chaque minute est comptée, où tous les hommes luttent chaque jour, chaque heure, chaque minute les uns contre les autres, rivalisent dans les différentes professions, les différents métiers, dans le commerce, dans les arts et dans l’industrie, et où chaque moment d'arrêt peut produire non seulement la ruine des individus, mais encore des commotions politiques et sociales fort dangereuses,
D'ailleurs tout le monde sait que, dans notre siècle surtout, l'intelligence est un capital qu’il importe de bien placer d'abord et ensuite de bien développer. Tous les hommes étant égaux aux yeux de la loi civile, pas au point de vue social, comprenez-moi bien, peuvent aspirer aux premières places dans l'Eglise et dans l'Etat, dans l'armée, dans les professions, dans le commerce, dans les arts et manufactures. Le plus petit peut devenir le plus grand; le plus faible le plus fort; et le plus pauvre, le plus riche. On a vu de petits garçons vendant des journaux à un sou, dans ies rues, devenir des hommes importants dans la société et en atteindre les premiers postes, Le fils du plus humble ouvrier peut devenir le chef de l'exécatif de n’importe quelle province du Canada, le gouverneur de n'im-
porte quel Etat de ce pays-ci, et même présider aux destinées des Etats-Unis, dans la Maison Blanche, à Washington.
Toutes ces raisons sont concluantes et doivent faire comprendre aux pères de famille, ainsi qu'à ceux qui sont chargés de l'instruction publique, que celle-ci doit être pratique; qu'elle doit s'éloigner des sentiers battus; fuir la routine et adopter les saines méthodes de l'époque, qui, tout en maintenant l'esprit chrétien dans l'instruction, acceptent les besoins et les aspirations des sociétés modernes et préparent les enfants à devenir des hommes pratiques, dans un siècle et dans un pays de progrès.
J'ai dit, en troisième lieu que l'instruction devait être politique, et je le prouve.
Le gouvernement des Etats-Unis, comme celui du Canada, est parlementaire et représentatif,c'est-à-dire qu’il repose exclusivement sur le vote des électeurs. L'électeur c'est le citoyen, et le citoyen d'aujourd'hui, c'est l'enfant d'hier. Aujourd'hui, il est appelé à voter; hier, il était appelé à s’instruire dans l’école.
Comment voulez-vous que l'instruction de l'enfant puisse le préparer à ce grand rôle qu'il devra remplir plus tard, comme électeur, sous des gouvernements représentatifs comme les nôtres, si on ne lui enseigne point le principe et le fonctionnement de la constitution qui les régit ; quels sont les devoirs qu'il doit remplir; quels sont les droits qu'il peut exercer ; et quels sont les dangers, au point de vue politique, économique et social, qui le menaceront, à un jour donné, s’il n’a pas été mis en état de donner un vote intelligent et raisonné, et sur les hommes et sur les choses de son pays!
Nos institutions politiques ayant pour base fondamentale la liberté de l'électorat; comme moyen essentiel d’action, le droit de réunion et de discussion publiques, et comme but suprême, la conservation des libertés publiques et
le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, ne recevront leur consécration définitive et absolue, ne deviendront réellement stables et assez fortes pour résister aux vagues de la démogagie, ou aux tentations des dictateurs, que le jour où l’école donnera l'instruction politique dont je viens de parler. Tant que le citoyen n’aura pas appris, dès le bas âge, que les institutions de son pays sont une conquête arrachée à la tyrannie, et que leur perte sera un retour aux mauvais jours du passé, il restera indifférent au sort qui le menace; vivant du présent, d'une manière inconsciente, sans songer au lendemain et sans apprécier la valeur des luttes d'autrefois, qui lui ont assuré la paix et le bonheur d'aujourd'hui.
Croyez-moi, c’est un travail long et pénible que la préparation des intelligences à la jouissance des conquêtes faites, dans un siècle, par les hommes d'élite qui l’honorent ; et cette préparation doit se faire dans les familles et à l’école, lentement et graduellement.
Napoléon 1er,quand il était ami de la liberté et avant qu’il eut rêvé la domination de l'Europe, avait exprimé cette idée dans ces paroles : “Ce n’est pas à coup de massue “et par soubresauts qu’on peut naturaliser le système mo- “derne; il faut l’implanter dans Féducation.”
Ce qui veut dire: dans la famille d’abord ; dans l’école, ensuite.
Le philosophe Kant avait dit la même chose en d'autres termes que voici:
“Le plus grand probléme de l'éducation consiste à con- “cilier sous une contrainte légitime la soumission avec la “faculté de se servir de la liberté.”
C'est-à-dire que c’est dans la famille et ensuite à l’école que l'enfant apprendra que si la liberté donne des droits, elle impose aussi des devoirs; et que l'exercice des premiers et l’accomplissement des seconds sont les conditions des bons citoyens.
Je ne puis mieux terminer ectte étude qu'en vous citant quelques paroles d'Emile de Girardin, démontrant à l’évidence, ce me semble, l'influence que nos institutions politiques doivent avoir sur notre système d'instruction.
Ecoutez et méditez b'>n ces paroles :
“Aux constitutions comme aux édifices, il faut un sol “ ferme et nivelé.
“ L'instruction donne un niveau aux intelligences, un “sol aux idées.
* L’instruction des peuples met en danger les gouver- “ments absolus; leur ignorance, au contraire, met en péril “les gouvernements représentatifs, car les débats parle- “mentaires, pour révéler aux masses l'étendue de leurs “ droits, n’attendent pas qu’elles puissent les exercer avec “ discernement,
“Et dès qu’un peuple connaît ses droits, il ny a plus “qu’un moyen de le gouverner, c’est de l’instruire.
“Ce qu'il faut done à tout gouvernement représen- “tatif qui prend naissance dans l'élection, c’est un vaste “système d'enseignement général, gradué, spécial, profes- “sionnel, qui porte la lumière au sein de l'obscurité des “masses, qui remplace toutes les démarcations arbitraires, “ qui assigne à chaque classe, son rang, à chaque homme, sa “ place.
“ L’ignorance met la liberté en péril
“La rouille qui ronge le fer d’une machine exerce sur “lui une action moins destructive que l'ignorance popu- “laire sur les engrenages du système représentatif, Com- “ment veut-on qu’il fonctionne, quand toute sa force est “employée à vaincre la résistance ? ”
Enfin laissez-moi vous rappeler la parole prophétique de Lord Brougham, l’illustre homme d'Etat anglais:
“C’est l’instituteur et non plus le canon, qui désor. “ mais sera l’arbitre des destinées du monde.......”
Cette pensée est surtout vraie en Amérique, où les
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guerres de nations contre nations sont presque inipossibles, et où tous les hommes semblent concentrer leurs forces morales, intellectuelles et physiques à l'agrandissement de leur pays, à la culture des sciences et des arts, à l'exercice des professions nobles, dans le commerce et les manufactures de manière à donner à l'Etat toutes les productions légitimes de ces grandes forces combinées, et à l'individu, sa part afférente de bonheur et de prospérité.
Done, instruisez-vous, instruisez vos enfants. Préparez-vous et préparez -les à jouer, dans cette immense République, le rôle que la Providence vous assigne dans le présent, et leur assignera, à eux, dans l'avenir.
*araphrasant la pensée de l'Herminier, et ce sera mon dernier mot, je vous dirai :
“ Versez l'instruction sur la tête de vos enfants, vous “leur devoz ce baptéme.”,
Note: En 1893, l'Honorable M. Mercier a prononcé plusieurs discours devant ses compatriotes des Etats-Unis. Il visita alors les principaux centres canadiensfrancais de la Nouvelle-Angleterre, et adressa la parole à tous ces endroits, en faveur de l'Indépendance du Canada. Il était accompagné dans cette visite de Monsieur Odilon Desmarais, ex-député de St-Hyacinthe, orateur très estimé et très populaire.
Le 18 juillet, il discourait à Boston ; le 19, à Rocky Point; le 22, à Fall-River ; le 25, à Woonsocket ; le 26, à Providence : le 27, à Pawtucket ; le 29, à Southbridge ; le 31, à Worcester ; le ler Août, à Boston : le 2. à Lowell ; le 7, à Lewiston.
Dans tons ces endroits, l'Honorable M. Mercier fut l'objet d’ovations enthousiastes, et y déploya les ressources de sa grande éloquence.
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