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bien plus, les pêcheurs de ce pays ont besoin de toutes les facilités de pêcher dans le golfe St-Laurent. Voilà l'état de choses au moment actuel. Eh! bien, malgré tous les obstacles inventés par la législation des Etats-Unis et du Canada, l'année dernière, le volume du commerce entre le Canada et les Etats-Unis atteignit presque $100,000,000. Ceux qui, dans mon pays, s'opposent à la réciprocité du tarif, disent qu'elle ne serait pas un avantage parce que 178 produits des deux pays sont les mêmes ; et on me dira peutêtre que les clauses de réciprocité dans le tarif McKinley he s’appliquent qu'aux pays qui produisent le sucre. Mais on me permettra peut-étre de répondre que ces clauses du tarif McKinley ont pour objet d'obtenir un marché pour les produits américains dans d'autres pays. Ces produits américains trouveront-ils un marché dans mon pays? Je dis oui, sans hésiter. Les chiffres actuels de notre commerce le prouvent.—Malgré tous les obstacles, nous sommes contraints d’acheter de vous, vous étes obligés d'acheter de nous. Et la raison en est que, quoique les produits des deux pays soient les mêmes, c'est la distribution géographique de ces produits qui rend le commerce inévitable. Prenons ce même article, la houille. Nous avons dans mon pays des champs de houille tout aussi étendus que ceux des Etats-Unis, mais ils se trouvent sur les côtes de l’Atlantique et du Pacifique. Nous n'en avons pas dans les grandes provinces d’Ontario et de Québec qui sont le véritable centre de notre pays; il nous faut importer la houille de Pennsylvanie. En méme temps, je crois qu’il serait à l'avantage des manufacturiers du Massachusetts d'obtenir le privilège d'acheter leur charbon dans la Nouvelle. Ecosse, (Appl.) Sur les côtes du Pacifique, il faut acheter le charbon dans la Colombie Britannique. Voilà pourquoi nous prétendons que la réciprocité contribuerait à la richesse des deux pays, quoique leurs produits soient les mêmes,
Mais, messieurs, il Y à une raison plus puissante que celle-là. Ce sont, après tout, les hommes qui font le commerce. Le peuple des Etats-Unis appartient à cette grande race, la plus grande commercialement que le monde ait jamais vue, la race anglo-saxonne ; et, messieurs, le gros de la population du Canada appartient à la même race, Ce fait seul démontre qu'il y a plus à gagner par la réciprocité entre les Etats-Unis et le Canada qu'entre le même nombre d'hommes appartenant à une race moins énergique. (Appl.)
Eh! bien, messieurs, en présence de ces faits, lorsque tant d'avantages sont à notre portée, à la seule condition de nous tendre une main amicale par-dessus la frontière, Pourquoi les Etats-Unis, Pourquoi le Canada, chercheraient-ils à nouer des relations de réciprocité avec des pays plus éloignés, lorsque notre condition et nos besoins démontrent la nécessité d’une liberté absolue de commerce entre ces deux grands pays ? Quelles peuvent bien être les rai- Sons qui ont jusqu'ici empêché le Canada et les Etats-Unis de profiter d'avantages si évidents ? De raisons, dans mon opinion, il n'y en a pas. Mais je crains bien qu'en cherchant, l'on en trouvera la cause dans ce sentiment de jalousie et de défiance, restes des luttes et des différends d'autrefois, Nous Pouvons tous admettre ceci—que la guerre dont le résultat fut l'indépendance des treize colonies, laissa entre l'ancienne nation et la nouvelle un sentiment d’une amère intensité.
[L’orateur parle alors assez au long du traité de réciprocité de 1854 et du refus de le renouveler au bout du terme de dix ans, et dit que sans doute ce défaut de renouvellement était en grande partie dû au sentiment d’hostilité de la part des Etats-Unis causé par la conduite de l’Angleterre pendant la guerre de la révolution et pendant la guerre civile, conduite qu’il n'hésite pas, dit-il, à dénoncer. Mais indubitablement une des raisons de cette conduite
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était qu'aucun des pays continentaux ne croyait alors que la république serait un succès. En ce temps il n’y avait que peu de républiques, mais maintenant tout est changé, I] maintient que le sentiment des masses en Angleterre, quel pat être celui des classes privilégiées, était en faveur du Nord dans la guerre civile, et il fait remarquer avec orgueil que 40,000 Canadiens combattirent dans les armées du Nord, prodiguant leur sang et leur vie dans cette lutte mémorable. Continuant, il dit :]
Pourquoi, me direz-vous, rappeler ces faits ? La raison en est bien simple : lorsqu'une administration libérale sera établie à Ottawa—elle le sera un jour, et plus tôt que tard, suivant moi (appl.),—si elle voulait s'adresser, ou même si l'administration conservatrice actuelle voulait s'adresser à Washington en présentant un projet raisonnable de réciprocité, même si ce point n'allait pas aussi loin que je voudrais aller moi-même, j'espère, dis-je, que toutes ces causes seraient oubliées,qu’on ne garderait plus en mémoire que de plus nobles pensées, et que l'offre faite serait étudiée au point de vue de son mérite, et de son mérite seulement. Dans mon pays, le parti libéral a inserit sur son programme: relations commerciales plus étendues avec les pays situés au sud de nous. On nous a dit quelquefois que cela n'était pas sage, qu'il était téméraire de poser un principe dont l'adoption par le peuple canadien ne résoudrait pas un problème, puisqu'il faudrait encore qu'il fat’ »pté par le gouvernement des Etats. Je crois que, lo de nous viendrons avec une offre de réciprocité complète, nous recevrons de la part du gouvernement américain un accueil sympathique, —<est-à-dire que si nous faisons une offre juste et avantageuse au point de vue commercial, elle sera acceptée pour le plus grand bien de tous. Nous avons fait de ceci une question de parti. Je me hâte de dire que je Wespère ni ne désire qu'on en fasse une question de parti aux Etats-Unis. D'abord, la question ne peut avoir pour
le peuple des Etats-Unis la même importance qu’elle a pour nous. Nous ne sommes qu’une population de 5,000,- 000 échelonnée sur la frontière nord; tandis que vous êtes un peuple de 60,000,000 qui, par sa grandeur même, a à traiter des questions d’une bien plus haute importance pour lui.
Il y a quelque chose de plus. La proposition que nous faisons implique ceci : la position que nous voudrions offrir au peuple américain en est une que nous refusons au reste du monde. En disant cela je n'oublie pas que je suis sujet de la couronne britannique ; quoique—je le dis sans détour sur ce sol libre—je sois un sujet sincère des provinces britanniques, en ce qui regarde les conditions actuelles, cependant, il est impossible qu’entre un pays jeune et croissant comme le Canada et un pays ancien comme l’Angleterre, il y ait toujours identité d’intéréts, L’Angleterre a ses intéréts, le Canada a les siens; et lorsque le jour viendra ou, comme canadien, j’aurai à choisir entre les intéréts de l'Angleterre et ceux du Canada, ai-je besoin de vous dire que je serai de tout cœur pour le pays de ma naissance ? (Applaudissements vigoureux). Je laisse les intérêts du peuple anglais au parlement d'Angleterre, sachant bien qu’il est parfaitement en état de se protéger ; mais comme membre du parlement canadien, comme chef d’un grand parti, que dis-je, comme simple citoyen, il est de mon devoir de ne connaître que les intérêts de mon pays natal. En ce qui regarde les conditions économiques de mon pays, je dis qu’elles sont identiques à celles des Etats-Unis ( applaudissements), et c’est sur la large base du libre échange continental que je place la question et que je la soumets à la considération du peuple des Etats-Unis. (Applaudissements).
On m’a souvent dit dans mon Pays que nous ne pourrions faire un arrangement de ce genre sans sacrifier le contrôle de nos propres affaires au Congrès américain. Je
n'ai jamais pu comprendre la force de cette objection. Si c'est un appel à l'orgueil de nos compatriotes, je n'ai que ceci à dire, c'est que tout en désirant ardemment le libre échange entre le Canada et les Etats-Unis, si ce bier. fait devait être acheté au prix du moindre sacrifice de dignité nationale, je n’en voudrais pas. (Appl.) Mais je n’ai aucune telle crainte, et je ne crois pas que cette grande nation, parce qu'elle compte 60,000,000 et nous moins de 5,000,000, serait disposée à l'arrogance envers un voisin plus faible qui vient à elle avec un sentiment juste de sa propre dignité. (Appl.) Je dis done que nous sommes maintenant prêts, malgré toutes les objections que nous avons à combattre dans mon pays, à nous rapprocher de NOS voisins américains avec des offres justes de réciprocité, Pour tous nos produits et pour tous les leurs, aussitôt qu’une administration libérale aura pris place à Ottawa. (Grands applaudissements. )
Avec ceux qui disent que la réciprocité serait un obstacle à l'annexion ou qu'elle y conduirait, je refuse absolument de discuter. Les deux arguments sont injustes envers le peuple canadien. Si nous ne pouvons la discuter simplement comme question économique, je dirai immédiatement: n'allons pas plus loin, séparons-nous et prenons chacun notre côté. Mais i] me semble qu'il serait puéril de ne pas user d’un moyen que nous admettons être à l’avantage des deux pays, par la crainte chimérique qu’il conduirait ultérieurement à des conclusions qui pourraient être intolérables à l’un ou l’autre, Considérons la question simplement au point de vue de l’économie politique et des avantages mutuels.
Il est des gens dans mon pays qui disent qu'une fédération impériale, c’est-à-dire une fédération entre l’Angleterre et ses colonies, serait la meilleure alternative pour le Canada. En autant que la doctrine Munroe est appréciable au Canada, je suis en faveur de la doctrine Munroe.
Je ne veux pas de l'intervention de l’Europe dans nos affaires, et ce serait un suicide de la part du Canada que de s'engager dans une fédération qui le forcerait à prendre part à toutes les guerres que la grande Bretagne, par suite de sa position, est constamment obligée de soutenir dans les différentes parties du monde. Cette considération seule suffit pour détourner le peuple du Canada d’une telle idée, On nous dit encore qu’on devrait établir une ligue entre l'Angleterre et ses possessions en vertu de laquelle nous ferions le commerce entre nous et l'empire britannique, à l'exclusion du reste du monde.
Je n’ai que ceci à dire au sujet de cette idée :—Elle est absolument absurde. Je préfère le dollar yankee au shilling britannique, surtout lorsque le dollar est si proche et le shilling si éloigné. (Rires et applaudissements.) Si le commerce peut être britannique et profitable en même temps, je n'ai pas d’objection; mais si le commerce, pour être profitable, doit être américain, je suis en faveur du commerce américain. ” (Applaudissements bruyants et prolongés, )