Par l’adresse de
2. Par Vadresse adoptée en 1849; par les dispositions de l’acte des douanes concernant les offenses statutaires en 1868, 1879 et 1888, et par la prompte ratification faite par notre parlement des traités de 1854, 1871 et 1888.
3. Par les efforts répétés que le Canada a faits pour continuer l’ancien traité de 1854 et, après son abrogation, pour le renouvellement des relations commétiales sur une base juste et équitable. i:
D'un autre côté, depuis l’abrogation du traité de 1854 jusqu'à ce jour, il n’est pas arrivé une seule fois au gouvernement des Etats-Unis de répondre aux avances faites par le Canada ni de faire lui-même des avances du même genre.
Cet exposé établit done que, au Canada, nous somr:s tous d'accord sur la nécessité d’établir des relations commerciales plus faciles entre les deux pays. Le désaccord ne se produit que quant aux moyens à prendre pour atteindre cet objet désirable. Le seul qui n'ait pas manifesté le désir de faire quelque chose, mais dont le consentement est très important dans l'affaire, est le frère Jonathan, qui doit bien rire dans sa barbe à la vue de nos luttes, si réellement il a pris la détermination de ne pas faire le commerce avec les Canadiens.
Le plus puissant ar, 1ment en faveur de la réciprocité illimitée, c'est qu'elle ouvrirait au Canada un marché de soixante millions d'habitants; on oublie de dire que sur ce marché de 60 millions le Canada trouverait des concurrents pour tout ce que nous pouvons vendre aux Américains. On oublie que les Etats-Unis sont les plus grands producteurs de l’univers et qu’il n’y a pas un seul article de ferme qu’ils ne produisent eux-mêmes, On oublie que notre jeune pays serait écrasé dans sa lutte au Canada avec l'ancienne et puissante industrie américaine.
Naturellement il n’y a pas à nier que votre tarif est très rigoureux pour le Canada. Il nous gêne en plusieurs endroits, mais nous n'allons pas pour cela rester debout
sur place en levant les mains au ciel. Dans cette impasse nous faisons ce que des Américains habiles et énergiques feraient s’ils étaient à notre place. Nous avons jeté les yeux tout alentour et cherché de nouveaux marchés pour le sur. plus de notre production. Nous avons réussi pour un grand nombre d'articles et sommes surs de disposer de la balance avant longtemps, ce qui ne nous empêche pas de vous dire que si vous êtes prêts à commercer avec nous, nous le sommes aussi; c’est le temps, mais notez bien que nous ne sommes pas des mendiants et que nous pouvons nous tirer d'uffaires sans vous, sinon sans quelques efforts fatigants.
Le bill McKinley est une mesure dont l’adoption ne doit pas nous indisposer à l'égard des Etats-Unis, puisqu'il nous a fait du bien. I] nous a fourni l’occasion de constater que nous pouvons nous soutenir par nos propres forces, alors que dans le passé nous éssayions à nous appuyer un peu sur les Etats-Unis. Ici et la, certains articles que nous avons à vendre se sont ressentis quelque peu du tarif Me- Kinley, mais, somme toute, il ne nous a pas fait de tort dans ses résultats. La meilleure preuve en est la circulation de nos billets de banque.
Vous savez, messieurs, que nous avons au Canada le meilleur systéme de banque qui soit au monde, sans excepter le système écossais sur lequel nous avons modelé le nôtre. Il y a quelques années le Hunts Merchants Magazine, de New-York, vantait le papier-monnaie du Canada à cause de sa tendance en tout temps et particulièrement dans la morte saison, à retourner aux banques d’émission. C’est à dire que les billets ne restent pas dehors à moins qu’ils ne soient en service actif, car ils ne peuvent trouver
de place de repos en dehors de la voûte de l'institution qui les a émis, et cela les fait circuler en quantités exactement Conformes aux besoins du commerce.
Il y a quelques semaines, M. Cornwall, caissier de la banque de Buffalo, a donné lecture d’un mémoire à l’assem
blée de l'association des banquiers américains, à la Neuvelle-Orléans, mémoire dans lequel il disait: “Le Canuda possède depuis plusieurs années un système de banque qui lui a donné un moyen de circulation remplissant toutes les exigences de chaque saison, tant sous le rapport de l’élasticité que de la sûreté, et aujourd'hui il a le cours monétaire le plus parfait de n'importe quelle nation dans le monde, excepté l'Ecosse.”
La circulation, avec ce système de banque, est le meilleur barométre de l’état du pays: avec la prospérité la circulation s’élargit ; elle diminue dans la morte saison. Or, voici un tableau qui indique l'état des choses avant ct après 1a mise en vigueur du bill McKinley.
L'expansion de la circulation de juillet à octobre de chaque année a été:
Vous pouvez voir que l’augmentation dans la circulation requise pour les affaires du pays en octobre, comparativement à juillet 1891, a été la plus considérable de toutes les années données; ¢’a été, à l'exception de trois seulement, la plus forte qui se soit jamais produite en dix ans. Or, au Canada, l'expansion de la circulation de juillet à octobre de chaque année est due en premier lieu aux récoltes ; c’est le cultivateur et le transport de ses produits qui font monter la circulation. Vous voyez conséquemment, que la circulation est le meilleur barométre de la condition du cultivateur. Si donc le tarif McKinley avait frappé le cultivateur canadien, la circulation n’aurait eu qu'un caractère normal ou au-dessous de la moyenne, Mais la circulation
en octobre dernier a été d’un million et un quart au-dessus de la moyenne des six années précédentes, soit une augmentation de 24 pour cent. Il est évident que le tarif McKinley n’a pas causé de tort aux cultivateurs canadiens. Pourquoi ? Simplement parce que nous avons cherché d’autres marchés et que nous en avons trouvés de très profitables, moins exposés aux fluctuations et plus progressifs de leur nature, ;
C'est principalement pour nos produits alimentaires que nous avons cherché des marchés; quant à nos bois et autres produits de la forét, le monde en a besoin; ils sont toujours en demande. Pendant les dix ans qui se sont écoulés de 1880 à 1890 l'exportation de nos produits forestiers a représenté en moyenne par année $22,386,000, soit
800,000 au-dessus de la moyenne. Ces chiffres sont-ils assez éloquents. .
Il en a été ainsi des produits miniers. Notre amiante est le meilleur qui soit au monde; nos phosphates sont de la meilleure qualité. Notre nickel entrera bientôt dans les blindages des gros navires cuirassés ; de récentes expériences aux Etats-Unis démontrent en effet la valeur du nickel dans la composition de ces blindages.
Au surplus, nos produits de ferme s’écoulent en Europe, principalement en Angleterre. Ce dont se préoccupaient surtout nos cultivateurs quand le tarif McKinley devint en vigueur, c'était l'écoulement de l'orge, des agneaux, des chevaux et des œufs. La caractéristique de nos exportations agricotes pendant les 25 dernières années a été l’augmentation de nos exportations en Europe et la diminution proportionnelle de nos exportations aux Etats- Unis. C'est tout naturel et indépendant des tarifs.
En 1868 nous avons expédié 60.36 pour cent de nos produits de ferme aux Etats-Unis et 34.61 pour cent en Angleterre. En 1890 nous en avons expédié 60.08 pour cent en Angleterre et 36.50 pour cent aux Etats-Unis—soit un
renversement & peu prés complet des positions occupées par ces deux pays comme consommateurs de nos produits de ferme. Le tarif McKinley n’a fait que stimuler le mouvement qui s’est opéré depuis près d’un quart de siècle.
Quant à l’orge, nous nous sommes mis à l'œuvre et avons cultivé de l’espèce à deux rangs comme celle que l’on cultive en Californie, et voilà que nous faisons maintenant concurrence à cet Etat sur le marché anglais au lieu d’approvisionner comme nous le faisions naguère les Etats du centre et de l'Est. En 1890, nous avons expédié en Angleterre cinq fois autant d'orge qu'en 1889 et beaucoup plus en 1891 qu’en 1890; les rapports sont tout ce qu'il y a de plus favorable et démontrent que notre orge a la même préférence en Angleterre.
Quant aux œufs, nous avions l'habitude d’expédier aux Etats-Unis tout ce que nous pouvions économiser, cela faisait notre affaire: cela convenait au développement de nos moyens de transport. Mais le tarif McKinley vint en force, juste au moment où nous réussissions à résoudre le problème du transport d'articles aussi fragiles et maintenant nous sommes en état J’expédier ce produit en Angleterre, sans solution de continuité dans les transports. Cet été nous avons expédié en Angleterre 314 millions de douzaine d'œufs, tandis qu’en 1889 nous n'en avions expédié que 3,000 douzaines. Nous avons substitué des millions aux mille.
Le marché aux œufs de Grande-Bretagne est immense; et nous constatons pratiquement que nous pouvons exporter nos œufs à meilleur marché que la France. Notre voie du Nord plus froide nous permet de les transporter dans les meilleures conditions.
Le marché aux chevaux augmente. En 1891 nous avons expédié en Angleterre près de dix fois autant de chevaux qu’en 1890. Les prix sont meilleurs en Angleterre, et lorsque nous élèverons les races de chevaux qui convien-
nent à l'Angleterre, nous obtiendrons encore de meilleurs prix.
Nous faisions un grand commerce de moutons avec les Etats-Unis. Les cultivateurs pensèrent que ce commerce serait fort affecté par le tarif McKinley. Le commerce des moutons n’a pas cessé de prospérer et dans le comté de Perth, où vient d'avoir lieu une grande démonstration conservatrice, et où l'élevage des moutons est très considérable, les cultivateurs disent qu'ils n'ont jamais mieux vendu que cette année.
Nous trouvons dans la Grande-Bretagne, un marché Pour tout le fromage que nous pouvons produire, et probablement on sera surpris de constater que nous avons exporté en 1890 au dela de $9,300,000 contre $8,600,000 exporté par les Etats-Unis.
Nous venons de constater que l'Angleterre est un marché pour toutes les volailles que nous pouvons élever et notre but a été couronné d'un tel succès qu'à Noël, en Angleterre, nous verrons une plus grande quantité que jamais de ce produit distribué dans les îles britanniques.
Notre pore se vend un centin de plus par livre que le pore des Etats-Unis. Cela a encouragé la production et malgré l'augmentation de nos exportations cette année, nous avons dans la seule province d’Ontario près de 400,000 cochons de plus qu’en 1889.
Quant aux manufactures, le dernier recensement démontre que la somme de capital a augmenté d'au delà de cent pour cent, relativement à il y a dix années; que l’artisan produit plus en moyenne et est mieux payé qu’il y a dix ans.
Maintenant, messieurs, permettez-moi de vous rappeler un point très important au sujet des offres qui vous sont faites par les libéraux et les conservateurs du Canada.
Il y a une grande différence dans la position d'hom:mes qui sont au pouvoir et d'hommes qui sont dans l’oppo-
sition, entre ceux sur qui pèsent les graves responsabilités du pouvoir et ceux qui n'ont qu'à rendre compte de leur conduite individuellement et ne sont liés par aucune des promesses qu’ils font dans l'opposition.
Ne perdant pas de vue cette vérité, je puis vous assurer que si les libéraux venaient au pouvoir, ils ne donneraient pas plus aux Américains que nous, pour la raison qu'ils ne pourraient gouverner faute d'argent.
Le Canada a déyensé 50 miliions pour améliorer ses voies d'eau, 100 millions pour ses chemins de fer et plusieurs millions pour d'autres travaux publics, Ces dépenses forment la dette publique qu'il faut payer et le tarif est destiné à y pourvoir. L'adoption du programme libéral significrait la plus grande crise que le Canada eut jamais ressentie. Les libéraux sont trop vigilants pour ne pas voir les récifs en avant de leur politique et ils les éviteront, mais en même temps, s'ils peuvent se servir des américains pour les hisser au pouvoir, ils ne voient pas pourquoi ils ne s’en serviraient pas. Le projet de la réciprocité illimitée tombera à plat le jour même de l'arrivée des libéraux au pouvoir.
Mais je vais plus loin et je dis que la réciprocité illimitée est morte. Plus on la discute, plus elle s'éloigne.
Dans une lettre remarquable, l'honorable Edward Blake a vidé la question et on ne peut continuer à en faire le programme de l'opposition. Plutôt que de suivre, dans sa voix dangereuse le parti dont il a été si longtemps le chef éminent, M. Blake a préféré renoncer à la vie publique. Lorsque la loyauté envers son pays est plus forte que la loyauté des liens de parti, on peut avec raison avoir une plus grande confiance dans les destinées du Canada.
La discussion de cette importante question des relations commerciales entre le Canada et les Etats-Unis, a donné l'éveil à d’autres questions touchant directement à l'existence nationale de notre pays.
SANS À: ste: 39845 mate SERRES MPR eer
D'abord la question de l'indépendance nationale.
Il y en a qui disent, et ils ne sont pas loin de la vérité, que tout citoyen né sur le sol du Canada est canadien à jamais et que tous les jours la proportion des Canadiens nés au Canada augmente comparativement aux sujets britanniques nés en Angleterre qui forment le Dominion.
Il est vrai de dire et je l’admets, que tout canadien aspire à avoir à sa maturité, un pays à lui pour lequel il pourra vivre, combattre et s’il le faut mourir.
Personne n'est assez sourd aux ‘enseignements de l'histoire, pour ne pas voir le fait naturel que les colonies, commes des tiges qui poussent sur l'arbre principal, tendent graduellement, mais sûrement à la vie indépendante, La seule question est une question de temps. L'âge de majorité pour les enfants a été fixé par la sage législation de grands hommes, à différents âges, pour différents pays ou différents objets, et il dépend beaucoup des circonstances dans lesquelles un jeune homme est placé vis-à-vis de son père. C’est là la véritable position des Canadiens.
Quoique dépendant de la mère-patrie, pour notre protection contre les grandes nations de l’univers, nous jouissons cependant d’une Somme de liberté qui équivaut à l'indépendance. Sous ce rapport je partage entièrement l'opinion de M. Laurier qui disait à Boston l'autre jour que “ l'Angleterre a accordé au Canada et à toutes ses colonies tous les droits, principes et privilèges qu’elle leur avait un jour refusés. Elle est réalisée maintenant la vérité proclamée par Charles James Fox, au dernier siècle, que le seul moyen de conserver une colonie à l’Angleterre, d'est de lui donner le pouvoir de se gouverner elle-même. Ainsi, aujourd’hui, le gouvernement anglais n’essaie pas de nous imposer des taxes ni de nous forcer de recevoir les marchandises anglaises dans nos ports. Nous jouissons maintenant de la liberté et nous avons le droit de taxer ler marchandises britanniques. Je le dis avec orgueil
le Canada, quoique colonie encore, est libre. Le senl lien du Canada à la mère-patrie est la propre volonté du janada.”
Après avoir admis qu'il n'y a actuellement au Canada, aucun désir d'indépendance, le chef libéral dit qu'il croit que “le temps est venu de voir que le pouvoir de nous gouverner nous-mémes ne correspond plus au développement de notre pays; que nous devrions avoir un autre pouvoir, le pouvoir de faire nos traités de commerce, ”
Sur ce point je m'accorde avec M. Laurier et je ne puis faire mieux que de citer un extrait d'un écrit fort intéressant de votre distingué compatriote, M. Andrew Carnegie, dans l’un des derniers numéros du “Nineteenth Century’.
Parlant contre le projet de la fédération impériale, qui a été, les dernières années, le sujet de beaucoup d’attention, M. Carnegie dit :
“L’attention des membres de la ligue de la Fédération impériale a dû être attirée sur le fait que Sir John Macdonald lui-même, un sujet britannique de naissance, a été contraint de dire que le Canada ne devait pas dépendre mais devait être Vallié de la Grande-Bretagne.
“A l'avenir, dit Sir John, l'Angleterre sera le centre, entourée et soutenue par une alliance, non seulement avec le Canada, mais aussi avec l'Australie et toutes ses autres possessions, et une immense confédération d'hommes libres serait ainsi formée, et ce serait la plus grande confédération d'hommes civilisés et intelligents qui ait jamais existé sur la surface du globe.”
“Des alliances, ajoute M. Carnegie, sont faites entre les nations indépendantes. Sir John doit aussi avoir embrassé la république, car cela est nécessaire pour former la plus grande confédération d'hommes libres et civilisés, Sir John a affirmé | dépendance du Canada, à son plus haut degré, lorsqu'il a ordonné à Lord Salisbury de déchi-
rer un traité conclu par Sir Julian Paunceforte et le secrétaire Blaine avec l'approbation cordiale de Lord Salisbury et que le gouvernement anglais prétendait faire Sans consulter le Canada.”
J'ai foi dans cet acheminement mystérieux et naturel des nations vers l'indépendance, qui seule peut donner le développement complet de leur force et de leurs ressources. Ce sentiment tout patriotique qu’il soit, n'exclut pas l’exercice complet de l'allégeance et de la loyauté. Je ne suis pas préparé à dire avec M. Laurier que de simples questions de politique fiscale ou de traités commerciaux peuvent faire cesser les relations entre le Canada et la Grande Bretagne, comme la chose est arrivée dans votre pays en 1775. Je préfère encore l'opinion de M. Carnegie qui écrit que: “ce n’est pas une question de taxes qui a amené l'indépendance des Etats-Unis; ça n'a été que l'incident qui a précipité ce qui devait tôt ou tard arriver, indépendamment de toute politique nationale possible, Franklin et Adams n'avaient aucune idée de se séparer de la mère patrie lorsqu'ils ont dirigé le mouvement opposé à la taxe de Westminster ; mais ils se sont vus forcés par un sentiment public, jusqu'alors à l'état latent, de marcher vers l'indépendance,
Monsieur, je suis né sujet britannique et descendant de parents français, je suis fier du grand pays auquel j'appartiens politiquement parlant, et j'y suis loyal ; je suis fier du sang qui coule dans mes veines, ce sang normand, l'orgueil des plus nobles rejetons d'Angleterre. J'aime et je respecte les deux nations et elles méritent votre respect et votre amour.
A l'une vous devez votre naissance, de même que je lui dois ma liberté comme citoyen; l'autre vous a aidé dans votre lutte pour l'indépendance tout en me donnant ma naissance comme homme. Les deux ont de nobles traditions, les bannières des deux renferment assez de gloire pour couvrir le monde.
Avec une telle lignée, avec de telles traditions de courage, d'intelligence, de gloire, doit-on refuser aux Canadiens la noble ambition, la destinée certaine d'être un peuple par eux-mêmes, une nation indépendante ! Je ne doute pas plus de cette destinée que de ma sincère allégeance à la constitution de mon pays et à ma Souveraine.
Mais je ne doute pas non plus qu'il n'existe pas de puissance au monde qui puisse me forcer à me soumettre contre mon gré ou contre ma conscience, Si j'agissais contre mon gré je serais esclave et non su jet. Et l'heure est passée dans la vie des nations et elle n'est jamais venue sur ce continent libre d'Amérique où les hommes libres puissent être forcés à prêter allégeance aux autres nations.
Je sais qu’on a dit et écrit, dans ce pays et dans le nôtre, que le tarif McKinley va mettre une telle entrave au commerce et aux finances du Canada, que nous serons forcés de recourir aux Etats-Unis. Eh bien, messieurs, je connais les sentiments du peuple canadien avec lequel j'ai vécu en communauté constante d'idées durant les trente années de ma vie politique, et je n'hésite pas un moment à dire qu'aucune considération ni de finances ni de commerce ne peut avoir de l’influence sur la loyauté des races dont je vous ai parlé au commencement de mon discours, ou avoir la moindre tendance à aliéner leur amour pour leur patrie, leurs institutions, leur gouvernement et leur Reine.
Si quelqu'un dans cette assemblée croit qu’en refusant les rapports commerciaux avec le Canada, il ébranlerait les sentiments loyaux de notre peuple, il agit sous une fausse illusion et se montre injuste envers un peuple dont le sentiment de loyauté est aussi indélébile que le vôtre, et je ne puis faire mieux que d'affirmer, comme l’a fait M. Laurier à Boston, mais avec plus d'énergie s’il est possible “que si la dignité de ma nation doit être le moindrement
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possible sacrifiée pour obtenir la liberté du commerce, je n’en veux pas. ”
Nourrissons plutôt l'idée, messieurs, qu’il ne faudra pas recourir à ces professions solennelles et fières de dignité, mais que les hommes publics des deux pays reflétant les sentiments des deux nations, trouveront une heureuse solution à ces importants problèmes. Quant à moi, j'envisage l'avenir avec espoir et sécurité et comme le dit Andrew Carnegie: “Je mettrais joyeusement de côté le projet de la fédération impériale, la théorie de la ligue impériale du commerce pour voir se réaliser la grande idée d’une alliance des races de tous les pays jouissant des nobles et libres institutions politiques que la Grande-Bretagne a conçues pour le bien de l'humanité, une alliance qui hâtera l'aurore du jour où un seul pouvoir pourra dire à n’importe quelle nation qui menacerait de commencer le meurtre des êtres humains sous le nom de guerre, et sous n’importe quel prétexte :
Hold! I command you both, the one that stirs makes me his foe.
Unfold to me the cause of quarrel and I will judge betwixt you.
“ Arbitrage si puissant qu’il ne serait pas nécessaire pour lui d'exercer jamais sa force.”
Voilà de nobles paroles qui sortent d’un noble cœur et je les endosse avec le même enthousiasme que j'endosse la conclusion de votre grand compatriote: “Le sort a donné à la Grande-Bretagne une nombreuse progéniture et un grand passé. Son avenir promet d’être ni moins grand ni moins prolifique; mais quelque nombreux que soient les enfants, il ne peut jamais y avoir plus qu’une mère, et cette mère, grande, honorée et bien aimée de tous ses enfants, comme je le désire, cette île couronnée, mon pays natal, Dieu la bénisse, ”
Monsieur le président, il ne faut pas perdre espoir, il ne faut pas craindre que les citoyens d'un pays sont disposés à aborder et à discuter les questions brûlantes qui s’élèvent entre deux pays dans un esprit aussi élevé, dans des
dispositions aussi larges et aussi amicales. Je n’ai aucun doute que c’est le méme sentiment de noble confraternité qui vous anime, qui anine la grande nation américaine. Je sais que c’est le sentiment qui anime notre peuple au Canada. Je ne suis pas ici comme représentant du gouvernement canadien. Je n’ai pas et n’aurais pu demander une telle mission lorsque j’ai accepté votre cordiale invitation, mais je ne dois pas oublier et vous ne devez pas ignorer que je suis membre de la chambre des Communes du Canada et que j’ai le droit de vous communiquer l’expression du bon vouloir, de la chaude sympathie et l'offre de la réciprocité la plus large possible, de l'amitié et des bons souhaits de mes compatriotes canadiens. Oui! Au Canada nous nous réjouissons de votre prospérité, de votre développement magnifique, de votre amour patriotique pour votre drapeau, de votre succès dans la solution des grands problémes qui ont troublé votre existence nationale et de votre espoir assuré de les résoudre tous. Mais nous aussi, nous sommes fiers de notre pays et de notre ‘drapeau, de la splendeur et de la fcrce de nos ressources et des possibilités presqu’illimitées de notre grandeur future. Autant que vous, nous aimons les institutions libres; nous avons ces institutions, et ce sont celles qui nous conviennent le mieux et qui conviennent le mieux au génie de notre population. Si vous avez une république, nous avons un véritable commonwealth,—une république couronnée, comme on l’a heureusement qualifiée.
Vous nous surpassez de beaucoup en nombre, mais nous savons que notre peuple vit dans la paix et l’abondance, autant que le vôtre. Et c’est notre espoir que le Canada et les Etats-Unis, rivalisant amicalement dans les arts de la paix, dans tous les débouchés du commerce, puissent traverser les Ages à venir—le bonheur et la prospérité de chacun des deux pays servant à stimuler les généreux efforts de l’autre, chacun s’élançant vers ces destinées sous
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les plus brillants auspices, et les deux tellement unis par les liens de l'amitié et de l'affectueuse bienveillance, que l'on puisse dire, selon Milton, “ qu’ils parcourent à jamais les grands cycles tourbillonnants des siècles, la main dans la main, dans une joie ineffable, débordante et sans mélange. ”
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