Villemain, xviii* siècle
2. Sa mère était la fille aînée du second due de Richmond; il descendait donc en ligne directe de Charles P% son arrière-grand-père étant fils naturel du roi Charles II.
estimé * qui lui inculque de bonne heure la pas' sion du jeu et le goût des plaisirs, ces poisons que le grand orateur, déjà mûr, aura tant de peine à arracher de ses veines; dissipateur et désintéressé, aimable parce qu'il est bon, et, malgré de bien grondes fautes, aimé de la postérité plus encore que de ses contemporains; nature franche, ouverte, sympathique; cœur généreux, brûlant d'une passion ardente pour le bonheur, la liberté, le progrès du genre humain; apôtre de toutes les nobles causes dont plus d'une .triomphera dans l'avenir, quand il ne sera plus là pour voir le succès de ses idées ; défenseur de tous les opprimés, des Américains, des Indiens, des nègres, des catholiques ; partisan courageux de la Révolution française, dont il ne confond point, comme Burke, les principes et les événements ; orateur incomparable dans son incorrecte et entraînante beauté: car il unit au charme du naturel, à ce que Grattan appelle une « grandeur négligée », le sentiment profond de la justice, et il peut dire, lui aussi, comme le personnage de Térence :
Homo sunij humant nil a me alienum pulo ; — Sheridan, fils d'un acteur et d'une femme de lettres, dont la vie orageuse et sans dignité
1. Le premier lorJ Holland de cette famiUe, d'ailleurs politique d'un incontestable talent.
commence par un duel, un enlèvement et un mariage avec une chanteuse, continue par le jeu et la débauche, et finit par le vin et la misère ; auteur dramatique et directeur de théâtre, faisant applaudir dans ses comédies la satire de ses propres aventures et les plaisanteries publiées contre lui; pamphlétaire ingénieux, spirituel et mordant, qui, un jour (le 7 octobre 1783), oubliant son talent d'écrivain et faisant oublier sa vie, se place tout à coup, dans le procès de Hastings, au premier rang des orateurs de tous les temps, étonne, enchante, éblouit la Chambre, pendant plus de cinq heures, par la combinaison improvisée des dons les plus divers et les plus rares, « la force d'argumentation la plus convaincante, la précision de langage la plus lumineuse, le plus admirable mélange de gravité, de grâce, d'ironie, de pathétique^ de colère », arrache de longues acclamations à cet auditoire qui n'applau dit jamais, et surpasse, de leur aveu même, tous ses illustres rivaux ; triomphe prodigieux de la parole, dont Burke disait : « C'est le plus merveilleux effort d'éloquence, de logique et d'esprit réunis qu'il y ait jamais eu ^ ; Fox , que tout ce qu'il avait entendu, tout ce qu'il avait lu, comparé à ce discours, s'évanouissait comme un nuage devant le soleil; Pitt, que ce discours avait
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surpassé toute Téloquence des temps anciens et des temps modernes, et qu'il offrait l'exemple de tout ce que le génie et Tari pouvaient fournir pour agiter et dominer les âmes ; éloges un peu exagérés peut-être S mais sincères à coup sûr, et corroborés par les témoignages contemporains, de cette création en grande partie spontanée, unique dans l'histoire de l'éloquence, et dont le souvenir seul, hélas! est parvenu jusqu'à nous ; — enfin, celui qui les vaincra tous, cet enfant extraordinaire, élevé dans la méditation et le travail pour le pouvoir et la renommée, par son illustre père lord Chatham et par sa pieuse mère : William Pitt, « ce jeune homme né ministre »=, qui, au sortir de Fécole, paraît fait pour gouverner par le caractère et par la parole; tombé du pouvoir à vingt-trois ans, premier ministre à vingt-quatre, — pour toute sa vie ; — William Pitt, qui, comme entrée de jeu, « gagne le roi malgré la Chambre des communes et vainc
1. Ce qui laisse supposer quUl y a quelque exagération dans ces louanges, ce sont celles que Burke prodigua à Sheridan pour son discours sur le même sujet à la Chambre des lords, discours qui est à peu près conservé, et qui, malgré ses beautés, ne parait pas mériter ces éloges hyperbo liques.
'i* Mot de lord Norlh.
la Chambre des Communes par la nation » ^ ; intrépide défenseur de la Constitution et des prérogatives royales, « qui sur la tête égarée de George m soutient la couronne si haute, si dominante au milieu de Tébranlement de FEurope, qui lutte corps à corps contre le génie multiple et effrayant de la Révolution française » * et tombe, à bout de forces, sans avoir atteint le but de son ambition et de ses efforts, frappé au cœur par la défaite d'Austerlitz, mourant, lui aussi, comme son père, de l'abaissement de la patrie, mais vainqueur, dix ans après sa mort, sur le champ de bataille de Waterloo.
Et maintenant, représentez-vous ces grands hommes, ces glorieux rivaux, réunis à la barre de Westminster et discutant les plus graves intérêts de leur pays et de l'humanité, étendant leurs regards et leur génie non seulement sur TEurope, que l'Angleterre mène à l'assaut de la France, révolutionnaire et impériale, mais au delà, à Toccideut sur l'Amérique, à l'orient sur les Indes, et encore au delà, sur l'immense étendue des mers, où flotte le pavillon britannique : alors, ce Parlement est vraiment la tribune de l'Europe et du monde ; et le plus grand génie militaire qui