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du régime représentatif, jusqu'au jour où sa démence d'une part, et la Révolution française de l'autre, vinrent briser le torisme de cour et rétablir dans leur intégrité les principes du gouvernement constitutionnel avec les traditions de 1688. De son côté, Fox, par une erreur commune à plus d'un politique, s'était toujours appuyé sur le prince de Galles, opposant et libéral comme tous les princes héritiers jusqu'au jour où ils héritent, et que ses vices et ses débordements, aussi bien que sa soif de popularité, rapprochaient d'hommes de plaisir tels que Fox et Sheridan.

Il est permis de croire cependant que, le jour où lord North étant tombé et la question d'Amérique étant tranchée par les armes, Fox devint secrétaire d'État de l'intérieur dans le ministère dont le marquis de Rockingham était le chef apparent, il eût pu, en faisant quelques concessions au souverain, sans sacrifier ses principes, mais en les réservant, en rompant avec les habitudes déplorables de sa jeunesse, en réglant sa vie, en s'éloignant doucement du prince de Galles, désarmer au moins en partie l'hostilité du souverain, comme il le fit seulement vingt- quatre ans après, trop tard pour son pays et pour sa gloire!

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Il est encore plus évident que, à la mort de Rockingham, survenue trois mois après (1®"^ juillet 1782), il commit une première faute en proposant au roi pour la Trésorerie le lord-lieutenant d'Irlande, lord Portiand, bien inférieur à Richmondet à Shelburne, qui semblaient indiqués, et une seconde en donnant sa démission lorsque le roi choisit Shelburne. M. de Rêmusat confesse que, dans cette circonstance, il n'obtint pas Tassentiment unanime de son parti ni du public : a on pensait avec raison que la difficulté de la situation exigeait le concours de tous les efforts au prix même de quelques sacrifices, et que le seul moyon de rétablir dans leur vérité, dans leur énergie, les principes constitutionnels, c'était, au lieu d'opérer dans les partis de nouveaux fractionnements, de coaliser toutes les opinions conciliables et d'unir tous les talents et toutes les ambitions pour la victoire commune des grands talents et des grandes ambitions. Qu'aurait-on dit, si l'on avait pu prévoir les conséquences de cette rupture, si l'on s'était douté qu'elle traînât à sa suite et la décomposition de l'ancien parti whig, et la naissance d'un torisme nouveau, et la dissidence éternelle, l'éternelle inimitié de Pitt et de Fox, et peut-être, si rien n'est fatalement réglé dans ce monde, les

longs déchirements de TEurope dans une guerre dont le monde n'a pas vu Tégale ? »

Mais allons plus loin. Voilà donc lord Shelbume premier lord de la Trésorerie et William Pitt, qui, à vingt-deux ans, débute aux affaires comme chancelier de TÉchiquier et ministre dirigeant dans la Chambre des Communes. Eh bien, même alors, si Fox avait su attendre, s'il n'avait laissé paraître aucun sentiment d'irritation ou d'hostilité, s'il avait conservé une attitude impartiale à l'égard de ses successeurs, oui, même alors, il eût regagné la faveur populaire, il se fût rendu peu à peu indispensable au pouvoir, qui aurait eu besoin de son appui ou qui, du moins, n'eût plus eu la force de supporter son blâme; il fût redevenu, par la force des choses, l'arbitre de la situation, l'homme le plus puissant du Parlement et du pays. Fort de la confiance publique, il eût fini par s'imposer au roi lui-même, dont il eût conquis l'estime, sinon l'esprit; et, comme le fit William Pitt, il eût identifié un jour la cause de la Couronne avec sa propre cause, qui avait été si longtemps et qui était encore celle de la patrie.

Eh bien, non! cette situation unique, qu'il a déjà commencé à compromettre, il va la gâter tout à fait ; non seulement il repousse les ou-

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dan, Fitzpatrick, Townshend, Fox compromettait son autorité morale, celle même de la tribune politique, en ne paraissant tenir aucun compte des accusations formidables qu'il avait fait gronder sur la tête de lord North. Il alléguait la maxime : Inimicitiœ breveSy amicitiœ sempitemœ. Malheureusement, il n'avait pas à pardonner des injures personnelles, toujours pardonnables : il s'agissait de mettre en oubli ce qu'on avait qualifié de trahison envers le pays et la liberté. La nouvelle alliance ne pouvait être dictée que par les ressentiments et les impatiences de l'orgueil et de l'ambition, et dans un temps où l'empire de l'opinion publique était encore trop imparfaitement établi pour servir de seconde conscience aux hommes d'État, ù

C'est là, dans cette heure décisive de la destinée de Fox, qu'on voit les traces de son origine et de cette éducation corruptrice qui, toute sa vie, malgré les mœurs licencieuses du temps, pesa d'un poids si lourd sur sa considération et sur son caractère. C'est là qu'on retrouve le sang de ce lord Holland, dont Chesterfield disait : ce Cet homme n'avait aucune notion, aucun principe de liberté, de justice ; il méprisait comme des sots ou comme des hypocrites tous ceux qui pouvaient ou paraissaient y croire, et

FOX ET PITT loi

il a toujours vécu, comme Brutus est mort, en appelant la vertu un vain mot. » C'est là que, sous l'homme politique, on aperçoit le joueur ; l'enfant qui, à quatorze ans, jetait l'or sur le tapis vert de Spa; qui, à dix-huit ans, courait l'Europe avec des maîtresses et laissait partout des dettes fabuleuses; l'homme qui, déjà député, continuait de se ruiner aux courses par des paris insensés et courait lui-môme dans l'arène*; et que, ministre, ses commis devaient poursuivre jusque dans les tripots. C'est là qu'on sent combien le sens politique est exposé aux défaillances et aux erreurs les plus funestes lors, qu'il n'est pas appuyé sur le sens moral *.

1. oc M. Fox est la première figure en tout lieu, le héros du Parlement, de la table de jeu, de Newmarket. La semaine dernière, il a passé vingt-quatre heures sans interruption dans ces trois endroits ou sur la route de Tun à Tautre. > (Horace Walpole, Lettres.)

2. c U n*a pas un mauvais cœur, écrivait madame Du Deffand à Walpole, mais il n'a nulle espèce de principes et il regarde en pitié tous ceux qui en ont. Je ne comprends pas quels sont ses projets pour Tavenir; il ne s'embarrasse pas du lendemain. La plus extrême pauvreté, l'impossibilité de payer ses dettes, tout cela ne lui fait rien. Le Fitzpatrick paraîtrait plus raisonnable, mais le Fox assure qu'il est encore plus indifférent que lui sur ces deux articles; celle étrange sécurité les élève, à ce qu'ils croient, au-dessus de tous les hommes. Ces deux personnages doivent être bien

dangereux pour toute la jeunesse. Us ont beamoup joué jusqu'ici, surtout le Fitzpatrick. Il a perdu beauroup... Il me semble que Fox est toujours dans une sorte d'ivresse. Il joint à beaucoup d'esprit de la bonté, de la vérité, . mais cela n'empêche pas qu'il ne soit détestable. Je lui surai paru une pltvte moraliste, et lui* il m*a para un sublime extravagant. 9

Fox, redevenu ministre, proposa un bill qui dépouillait la Compagnie des Indes d'une partie de ses privilèges et attribuait à la Chambre des Communes la nomination des commissaires de cette colonie. Le roi, qui n'attendait que Toccasion, fit rejeter le bill à huit voix par les lords, et congédier ses ministres par lord Temple*.

1 . On possède encore une note secrète rédigée ou revue par lord Temple et dans laquelle il trace au roi la marche convenable : « Le refus de sanction du bill de l'Inde serait, dit-il, une mesure extrême à laquelle on doit préférer le rejet par la Chambre des lords. » Pour obtenir ce rejet, un pouvoir fut remis à lord Temple, qui l'autorisait à dire que le roi tiendrait pour ennemi quiconque voterait pour le bill.

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« Au bout de sept mois, ces pièces mal jointes, qui formaient le ministère de la coalition, se déconcertèrent et tombèrent de toutes parts; il n'y eut plus de gouvernement ; alors, ce jeune homme de vingt-quatre ans (il avait un peu vieilli), qui déjà était une fois tombé du pouvoir, et dont le génie, en rappelant avec moins d'éclat l'éloquence de l'illustre Chatham, semblait avoir quelque chose de plus sage, et, pour ainsi dire, de plus mûr *, ce jeune homme vint, par droit de conquête, prendre le ministère, et, appuyé, non pas, comme Walpole, sur la corruption, mais, fort de son génie, sur la confiance de l'Angleterre, il y resta vingt ans'... »

M. de Rémusat fait un vif éloge de ce bill des Indes, qui fut l'occasion de la chute de Fox et de North. Contrairement à M. Villemain, il pense que ce plan généreux, qui tendait à prévenir le retour des plus odieux abus, n'était nullement inspiré par une idée d'ambition ou de parti, mais seulement par la bonne politique et par la morale : « On ne voulut y voir qu'une manœuvre pour perpétuer la domination du parti v^hig, comme si, dans une vue d'influence, les mi-

1. Windham disait qu'il aurait improvisé un discours de la Couronne.

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