‹ Orateurs et hommes d'étatChapitre 16 sur 46 · V- -. -^■'""jneiui · texte numérisé non relu

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Jusqu'en 1789, l'adversaire militant de la France et de sa monarchie absolue, tout pénétré des traditions du règne de Guillaume III, le véritable héritier des idées et de la politique de Chatham, c'est Fox.

Pitt, plus réservé, plus froid, moins versé dans les affaires du dehors, peu porté aux entreprises hasardeuses, tout occupé de ses réformes intérieures, ne prévoit certes pas alors que les événements vont Tobliger de renoncer peu à peu à ses goûts, à ses habitudes d'esprit, à sa politique modérée, libérale, pacifique, et le pousser, en quelque sorte, hors de lui-même.

En 1787, tandis que Fox s'efforce de nouer

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des intelligences dans les cours du nord et de tourner la Russie contre nous, Pitt dit aux Communes : « Je n'hésite pas à m'élever contre cette idée, trop souvent exprimée, que la France est et doit rester l'ennemie irréconciliable de TAngleterre ; mon esprit se refuse à cette assertion, comme à quelque chose de monstrueux et d'impossible : c'est une faiblesse et un enfantillage de supposer qu'une nation puisse être nécessairement et à jamais l'ennemie d'une autre. »

La Révolution va retourner les rôles.

Ce sera l'impérissable honneur de Fox d'avoir saisi du premier coup toute la portée du mouvement et d'être resté fidèle à l'esprit de 89 malgré la rupture de ses amitiés les plus chères, malgré la perte de son influence et de sa popularité.

Dès le début du grand drame, le 30 juillet 1789, il écrit au général Fitzpatrick, qui se rend à Paris :

ft Combien ceci est le plus grand événement qui soit jamais arrivé dans le monde ! Et combien c'est le meilleur!... Dites, je vous prie,... au duc d'Orléans,... ainsi qu'à Lauzun, que toutes mes préventions contre les liens de ce pays avec la France touchent à leur fin; et, en effet, la plus grande partie de mon système de politique euro-

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péennc sera changée si cette révolution a les conséquences que j'en attends, v

Mais, tandis que Fox se rapproche ainsi de la France, l'Angleterre va s'en éloigner chaque jour.

H. Villemain a raconté en détail ^ la rupture émouvante de Burke et de Fox, cette scissioa mémorable entre les wrhigs aristocrates qui, ne séparant pas la puissance et la liberté de l'Angleterre de ses anciennes coutumes féodales, de ses privilèges nobiliaires et ecclésiastiques, détestaient la Révolution française comme un scandale et un péril, et les whigs progressistes, qui y voyaient au centraire le triomphe des principes qu'ils avaient toujours défendus dans leur pays, et pour qui la Déclaration des droits de V homme, loin de menacer la Constitution britannique, en était l'éclatante confirmation.

Fox, déjà fort affaibli par le rapprochement de Burke et de Pitt, le fut encore davantage par les violences qui souillèrent la Révolution, et qui en eussent compromis non seulement les résultats, mais les principes, si la justice pouvait jamais être atteinte par les crimes commis

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