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Dépêche de lord Grenville à M. de Talleyrand

pées par Thomme d'Egypte et de Brumaire, la Sardaigne, Gênes, Venise, la Cisalpine, la Toscane, la Turquie, — autant de traités, autant de trahisons ! — Rappelez-vous ce discours prophétique dans lequel Pitt déroula en quelque sorte aux yeux de ses contemporains toute Fhistoirc future du monde, et prédit les destinées de Bonaparte, l'accroissement inévitable, indéfini de son ambition, et enfin la libération des peuples par le triomphe de l'Angleterre *, et comparez

1 . « Ce discours de Pitt fut comme le programme du long duel qui allait s'ouvrir entre l'Angleterre et Napoléon. S'élevant, par une étonnante puissance d'intuition, audessus des considérations purement politiques, et devinant, avec la perspicacité de la haine, au moyen des données que lui fournissait le passé, le rôle que Bonaparte devait bientôt remplir, il peignit l'Angleterre comme le seul refuge contre les calamités qui allaient inonder l'Europe, et comme l'écueil contre lequel se briserait un jour cette fortune menaçante. L'Angleterre seule était restée inaccessible aux envahissements de la Révolution française. Il fallait lui garder ce privilège, il fallait sauver l'instrument qui devait servir plus tard à la libération du monde. Il valait mieux continuer la guerre que de traiter avec un homme sans foi. Pacem nolo quia tn/îda, disait- il en empruntant un mot de Cicéron. Il avait, â la vérité, consenti à négocier avec la République, lors des conférences de Lille ; mais qui avait fait échouer ces négociations? le succès du 18 fructidor; et qui avait fait fructidor? le général Bonaparte. C'était grâce à lui qu'avait été réalisé ce premier essai de despotisme, qui ne le cédait qu'à celui de brumaire... Le sens général des luttes qui allaient suivre et d? l'époque qui leur succéda était ainsi pressenti avec une

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à ce langage la conduite de Fox, quelque temps après, aux Tuileries, se laissant prendre aux assurances pacifiques et aux tirades philanthropiques du conquérant, et ajoutant foi avec quelque candeur à des phrases du genre de celle-ci :

remarquable justesse, mais aussi avec d'inéyitables méprises de détail, par l'homme dont la vie devait s'y consumer jusqu'à la dernière heure. Il ne se trompait pas en identifiant à Bonaparte le caractère envahissant qu'avait pris la Révolution française dans sa politique extérieure des dernières années, mais il avait le tort d'oublier qu'elle avait eu aussi d'autres passions et d'autres principes et, en négligeant cette distinction, il la mettait en quelque sorte dans la nécessité de faire cause commune avec son chef; en dénonçant la solidarité, il contribuait à la créer; de même qu'en affirmant avec tant de violence l'antagonisme de son pays avec Bonaparte, il fortifiait cet antagonisme, lui donnait de nouvelles raisons d'être. Enfin, erreur plus grave que toutes les antres, il supposait la France épuisée, hors d'état de soutenir une longue lutte, mal disposée en faveur du nouveau despotisme. Or, c'était là la plus Tausse des hypothèses, et, par cela seul que sa politique prenait le caractère d'une intimation signifiée à la France au nom d'une rivale détestée, il décuplait les forces de l'ennemi dont il considérait la ruine comme imminente. U n'en reste pas moins vrai que le principal obstacle au succès de cette négociation fut la défiance qu'inspirait le caractère et le passé de Bonaparte : si ce ne fut pas là le motif déterminant de Pitt, ce fut incontestablement celui qui lui servit à entraîner l'opinion publique. Toutes les discussions du Parlement portèrent sur ce point unique, circonstance que le Monitew dissimula de son mieux par une cynique altération des discours ministériels. » (Lanfrey, Histoire de Napoléon /", t. II, ch, II.)

« Il n'y a que deux nations : Tune habite rOrient, l'autre rOccident. Anglais, Français, Allemands, sont de même race. Toute guerre est une guerre civile 1 »

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M. Thîers a affirmé, d'après plusieurs contemporains de Pitt très liés avec lui et mêlés aux négociations ministérielles de 1802, « qu'il n'avait prévu ni la paix d'Amiens, ni sa courte durée ». et que, entouré d'embarras effrayants, il ne fut pas fâché d'échapper à cette situation sous le prétexte de l'émancipation catholique *.

D'abord, si en effet Pitt se sentit incapable de faire face aux difficultés de la situation, il savait bien qu'Addington en serait encore moins capable que lui, et alors il est difficile d'admettre qu'il ne songeât pas à l'éventualité de la paix.

1. Histoire du Consulat et de V Empire j t. II, livre IX, p. 395.

Ensuite, il est si peu exact que Pitt ait reculé devant une situation plus forte que son courage, que, moins d'un mois après Toffre de sa démission, se considérant comme dégagé pour un temps envers les catholiques par les efforts qu'il venait de faire en leur faveur, et par l'aggravation que le nouvel accès de folie du roi apportait à la situation du gouvernement et du pays, il autorisa de secrètes démarches auprès d'Addington, afin de le décider à résigner le ministère; celui-ci fit la sourde oreille. Loin de se dérober aux responsabilités, Pitt se regardait comme l'homme nécessaire.

Enfin, une fois le traité d'Amiens signé, il n'est guère plus aisé de comprendre qu'il ait cru à une paix perpétuelle ou môme prolongée. D'ailleurs, comment les autres auraient-ils pu définir exactement sa pensée, alors que lui-môme sans doute interrogeait l'avenir? Les sentiments que M. Thiers lui prête en cette occasion sont contraires à ses idées sur Bonaparte, comme aux espérances qu'il devait conserver.

a Le ministère sortant, disait-il le 18 mai (trois mois et demi après sa retraite), a trouvé moyen, au milieu de ses échecs, de dépouiller nos ennemis de presque toutes leurs possessions coloniales, d'annihiler presque toutes leurs forces

maritimes, de leur enlever leur commerce et de nous l'approprier, tout eu maintenant la sécurité de nos possessions sur les divers points du globe. »

Oui, tout cela était vrai : la situation de TAngleterre n'était pas désespérée ; elle portait avec aisance les charges écrasantes de la guerre, etPitt avait trouvé l'unanimité dans le Parlement pour son dernier budget.

Du reste , les conférences mômes d'Amiens et les événements qui suivirent la conclusion du traité ne réfutent-ils pas swr ce point l'interpréta tion de M. Thiers? Bonaparte n'avait-il pas mis comme première condition aux négociations qu'on y laisserait de côté tous les changements accomplis en Europe * ? L'Angleterre, ayant surtout besoin de repos, ne pouvant ni les empêcher ni les approuver, avait consenti à les passer sous silence, mais en faisant des réserves : d'où Bonaparte avait conclu que « puisque l'Angleterre refusait de reconnaître les nouveaux États, elle perdait le droit de se môler de leurs affaires et de se plaindre de leur complète incorporation à la France » * ; et le traité était

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