Voir rétude sur M. Gladstone
Ct) que nous voulons seulement retenir de ces faits, c'est la logique qui s'en dégage^ c'est Tenchaînement des idées : nous y voyons comment la vie de Grey, faisant suite à celle de Fox, confirme nos conclusions, et combien il est injuste d'incarner la politique de Pitt, après sa mort, en Castlereagh et en ses pareils. On nous accordera bien que, si Pitt avait vécu, il n'eût pas été, de 182^2 à 1830, moins libéral que Canning et que Wellington ; et il est même permis de croire qu'après 1830, il n'eût point combattu la réforme électorale dont il avait été au temps de sa jeunesse un des premiers champions. Pour lui, comme pour l'Angleterre, comme pour le monde, la grande crise avait suspendu, mais non supprimé, les idées de liberté et de progrès ; c'est ce qu'il ne faudrait jpas confondre. Comme son pays, comme l'Europe, il a été jeté hors de sa véritable voie ; une fois la tempête finie, il y serait revenu par la force des choses et par la nature même de son esprit : il est mort trop tôt pour sa gloire.
Telle est la vanité de nos desseins : la complexion de l'homme est si fragile, son souffle si court, que, même avec la plus noble ambition et le plus grand courage, avec les yeux fixés sur un idéal et la puissance de le réaliser, non seulement
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il est presque toujours condamné à ne point l'atteindre, mais souvent il doit changer de direction, perdre le temps dans un détour, s'épuiser dans une œuvre qu'il sait inférieure , contraire à ses idées et à son génie ; ou rester immobile, arrêté par je ne sais quel accident passager ; ou bien, — chose plus douloureuse encore, — retourner en arrière, entraîné par un des remous du courant. Quelques heureux abordent, poussés par le flot ; les autres sont emportés au loin, et périssent ignorés, ou méconnus. Lord Grey, lui, a toucher à son but, et sa vie, une et droite, a eu pour double couronne la réforme électorale et l'abolition de l'esclavage. Qui peut nier cependant qu'il a été inférieur, et comme orateur et comme politique, à Pitt et à Fox? Celui-ci eut la gloire de réclamer sans cesse les grandes réformes qu'il ne parvint jamais à réaliser. Et celui-là fut obligé, après les avoir soutenues, de les combattre ou de les laisser échouer. Il semble donc que le succès de ces trois hommes ait été en raison inverse de leur mérite. Mais, à présent que les passions contemporaines sont éteintes, nous pouvons peser la valeur propre de chacun en la dégageant des éléments extérieurs ; sous le rôle, nous pouvons saisir l'homme tout vif.
L*histoîrc est restée trop longtemps le récit, et souvent le récit partial ; des faits , comme la critique est restée trop longtemps Tétude, et souvent l'étude oratoire, des seuls écrits. On est entré enfin dans une voie nouvelle ; mais, tandis que la critique, qui s'adresse à quelques-uns, a déjà accompli son entière évolution, grâce à de grands et forts esprits, tels que les Sainte-Beuve, les Renan, les Taine, «renseignement de l'histoire, qui s'adresse à tous, n'est pas encore suffisamment modifié dans la pratique : la distinction n'est point faite assez clairemeîit entre les événements, d'une part, et, de l'autre, les întentipns, la nature des hommes ; on ne pénètre pas assez toute cette partie intime de l'histoire, qui n'est pas moins intéressante que l'autre, puisqu'elle en est, si je puis dire, l'envers, le dessous, et qu'il est impossible de bien comprendre la seconde sans avoir approfondi la première. Là seulement, dans cette double étude, est la véritable science his* torique.
M. Villemain nous a donné des exemples de cette nouvelle méthode en ses belles études sur M. de Serre et M. Royer-Collard, qui font suite, dans la Tribune moderne, aux vies de Pox et de Grey. Nous en parlerons plus tard ; mais nous avons été attiré d'abord par le sujet sur lequel
\e^ meilleurs esprits s'accordent moins, et qui oxrito aujourd'hui encore la controverse, de Tun ^t de l'autre côté du détroit.