Angleterre, Auti'iche, Russie, Prusse
2. « Un des ministres de Russie nous disait hier: « On a voulu faire de nous une puissance asiatique, la Pologne iioui fera Européens.» {Corr. de Talleyrand, lettre 1).
îtK) OIIATEURS ET HOMMES D*ÉTAT
duché, on lui donnera en compensation la Saxe, objet de tous ses vœux : cette annexion corrigera sa difformité géographique, accroîtra sa cohésion, sa force et sa richesse, lui assurera en Allemagne une place prépondérante*. L'Angleterre, étendant sa domination sur de nouvelles colonies, notamment sur la route des Indes, et hantée par le souvenir du blocus continental, tourne tous ses efforts contre la France, qu'elle cherche à contenir, au nord par rétablissement du royaume des Pays-Bas et la reconstitution du Hanovre, à l'est en favorisant l'ambition de la Prusse», qu'elle tâche d'allier aussi avec l'Autriche ^; car, si elle est favorable à l'occupation de la Saxe par les Prussiens, elle ne l'est point à celle de la Pologne par les Russes», et elle essaye d'unir à elle les deux puissances germaniques, d'une part contre
1. Le 25 octobre 1814, Talleyrand rend compte à Loiiir> XVilf d'une première entrevue qu'il a eue avec le czar; a Le roi de Prusse, me dit-il, sera roi de Prusse et de Saxe, comme je serai empereur de Russie et de Pologne. » {Corr., lettre XI Cf. lettre XXVII/.
2. « Il n'y a pas de résultat dans la politique européenne, écrivait lord Castlereagh, auquel j'attache plus d'importance
qu'à la reconstitution plus substantielle de la Prusse »
Et il approuve l'annexion de la totalité de la Saxe.
3. On connaît la correspondance assez aigre échangée à ce sujet entre lord Castlereagh et Alexandre.
la puissance française, de Taulre contre Tenvahissement slave. Enfin TAutriche, maîtresse de l'Italie septentrionale, ne doit pas voir d'un bon œil les Prussiens venir à Dresde et les Russes jusqu'au pied des monts de Bohême :
et, en effet, ni l'empereur François-Joseph ni ses généraux ne s'en soucient ; mais M. de Metternich, dans la crainte de devoir se tourner vers la France, commence par abandonner la Saxe, quoi qu'il en ait dit *, et quoi qu'en ait dit, d'après lui, M. Thiers. La correspondance de Talleyrand ne laisse aucun doute sur ce point. *
Telle est la situation de l'Europe, telles sont les vues respectives des quatre grandes puissances au début du Congrès. L'Europe va donc inévitablement se diviser en deux, et la France, en se mettant d'un côté ou de l'autre, fera pencher la balance ici ou là. La question est de savoir dans quel sens on introduira le coin qui brisera la coalition : en s'alliant avec la Russie et la