Dans ses Notes et Correspondances
2. Corr., Lettres IX et XCIX, Mémoire sur la conduite de Vambassade de France au Congrès de Viennej d'où il résulte que M. de Metternich avait abandonné la Saxe par une note du 22 octobre. D'autre part, on lit à la date du 15 octobre, dans le journal de M. de Gentz, secrétaire du Congrès et confident de M. de Metternich; «Le prince veut céder et il cédera. La Saxe est perdue.»
2ti2 ORATEURS ET HOMMES d'ÉTAT
Prusse, — ou avec l'Angleterre et rAutriche?
L'alliance avec la Grande-Bretagne fut la pensée maîtresse de Talleyrand; elle domina toute sa vie : il en avait soutenu la nécessité à la Constituante, il avait tenté de la faii*e à Londres dans sa première mission diplomatique sous la Législative, il l'avait inutilement conseillée à Napoléon victorieux, il la réalisa au Congrès de Vienne, et termina sa longue et brillante carrière par où il l'avait commencée, poursuivant en 1830, comme ambassadeur de Louis-Philippe à Londres, le môme but qu'en 1792, et l'atteignant enfin. C'était, à ses yeux, le seul moyen de rompre la coalition qui voulait broyer la Révolution française entre les armées du continent et les flottes britanniques. Cette idée, d'ailleurs, lui venait du dix-huitième siècle, dont il demeura toujours le fils et le représentant, môme dans le dix-neuvième : Voltaire par ses Lettres anglaises, Montesquieu par ses pages éloquentes sur la grandeur coounerciale et politique de nos voisins , n'avaient pas peu contribué à la fortifier chez quelques esprits encore peu nombreux, mais éminents ; Mirabeau, dans deux lettres qu'il adressait de Beriin, en 1786, à son ami « l'abbé de Périgord », regarde l'alliance avec l'Angleterre comme « le salut du monde ».
Quant à l'alliance avec T Autriche, Talleyrand l'avait déjà conseillée à Napoléon après Ulm, puis après Austerlitz : « L'Autriche, disait-il dans son remarquable Mémoire du 23 vendémiaire an XIV, est encore le principal boulevard que l'Europe ait à opposer aux Russes, et c'est contre eux qu'il faut la fortifier. »
M. Thiers, dans un des plus beaux livres du Consulat et de l'Empire (LVI), s'est, prononcé contre lalliance austro-anglaise pour l'alliance prusso-russe, et a vivement blâmé M. de Talleyrand davoir choisi la première. M. Pallain suppose que M, Thiers a pu subir sur cette question l'influence de M. Pozzo di Borgo, le riva! d'esprit de M. de Talleyrand, et qui fut le partisan constant de l'alliance russe, tentée à Tilsitt avant de l'être au Congrès de Vienne.
Ce qui est certain, c'est que l'opinion soutenue par M. Thiers avait été émise déjà par l'abbé de Pradt S et développée par l'auteur anonyme de ces Mémoires d!un homme d'Étaty dont se sont inspirés presque tous les historiens français de la Révolution et de l'Empire, c Où l'égarement du système français a été le plus funeste, dit l'abbé àe Pradt, c'est dans l'opposition qu'il n'a pas