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Pcllain^ Préface

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autrement : t La PruKC, dit Gervinus, acquérait sur les bords du Rhin et en Westphalie une population qui, par sa confession religieuse, par les effets de la domination des Français et des institutions fi^nçaises, par les liens étroits qui avaient uni autrefois la France à ces pays, contenait des éléments aussi hétérogènes et aussi irréconciliables que possible et devait offrir les plus grandes difficultés à l'administration prussienne. »

Enfin, — et «'est ici un des points les plus importants du débat, — s*allier avec la Russie et la Prusse, c'eût été les mettre toutes deux en contact avec l'Autriche, l'une au pied des Krapacks, l'autre aux défilés de la Saxe ; c'eût été livrer à la Prusse le champ d'opérations militaires dont Frédéric au dix-huitième siècle, et Napoléon au dix-neuvième, s'étaient servis, on «ait comment. « La Saxe étant dans les mêmes mains que la Silésie, écrivait M. de Talleyrand, la Bohême pourrait être enlevée en peu de semaines, et, la Bohême enlevée, le cœur de la ' monarchie autrichienne serait à découvert et sans défense. » Contre l'irrésolution et la versati- • lité de M. de Melternich, il s efforçait de s'armer de l'opinion de l'empereur d'Autriche et de ses généraux, qui, eux, comprenaient bien qu'il y

allait du salut de la monarchie de laisser tomber entre les mains de la Prusse les défilés de la Thuringe et de la Saale.

M. Thiers écrivait son livre en 1860, avant Sadowa, avant Sedan : peut-être que, s'il l'avait écrit après, son point de vue se fût modifié. Lui-même, en i86S, en 1866, ne s'est-il pas prononcé catégoriquement, à la tribune du Corps législatif, en faveur de Falliance autrichienne? Ne s'est-il pas retourné, sur le terrain et au choc des événements, contre la politique qu'il avait soutenue la veille et que Napoléon 111 pratiquait maintenant pour notre malheur, cette politique de marchandage avec la Prusse, dont l'empire se promettait la rive gauche du Rhin, et où il ne devait rencontrer que déceptions et échecs jusqu'au désastre suprême ? Écoutons-le : a Le plus grand principe de la politique européenne est que l'Allemagne soit composée d'États indépendants. Le Congrès de Vienne a formelle^ ment maintenu ce vieux principe « (3 mai 1866). Est-ce M. Tliiers qui parle, ou Talleyrand? Et encore : « Il y a deux puissances dont l'union est faite, invariable : la Prusse et la Russie. Quelle est pour la France la puissance avec laquelle il serait sage de se préparer à pouvoir former des desseins communs ? C'est l'Au-

triche... » (13 avril 1865). « Lors même que ralliance prussienne vous apporterait un accroissement de territoire quelconque, cette politique n'en deviendrait que plus honteuse ; car oUe aurait consenti à recevoir un salaire pour la grandeur de la France, indignement compromise dans un prochain avenir. » (3 mai 1866.) Ici, la contradiction est flagrante : l'orateur^ à six ans de distance, réfute l'historien ; et la dureté de ses paroles est le plus bel hommage à la clairvoyance de Tallcyrand.

L'auteur allemand de la préface placée en tête de la traduction allemande du livre de M. Pallain compare la situation de la France après les traités de 1815 avec celle de la France après Sadowa, et juge la première bien préférable à la seconde. Ainsi, aux yeux de nos ennemis eux-mêmes, la position de la France, vaincue et démembrée, après les désastres du premier Empire, était meilleure que celle de la France en pleine paix, en 1866, mais compromise plus gravement encore par Fimpéritie et la faiblesse du second. La Prusse, reprenant en 1866 sa tactique de 1741, de 1757, de 1778, qui consistait à se jeter dès l'abord sur la Bohême, la Prusse accomplit précisément à Sadowa le dessein que M. de Talleyrand s'était efforcé d'entraver en 1814 au

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Congrès de Vienne. Il faisait donc œuvre d'homme d'État et de patriote en cherchant à empêcher le contact de la Prusse et de l'Autriche, qui devait nécessairement assurer la prépondérance de la première sur la seconde, et peut-être un jour sur nous-mêmeSt

Tels «)nt les principaux motifs qui ont guidé Talleyrand: motifs plus élevés et plus sérieux, on le voit, que ceux que M. Thiers, dans le feu de son plaidoyer, lui a parfois prêtés.

Si Ton réfléchit qu'une alliance entre la Russie et la France aurait servi la première bien plus que la seconde *; que les quatre, divisés entre eux, s(» seraient toujours réunis contre nos tentatives d'agrandissement, et que, même avec Tappui de la Russie, nous aurions eu nulle difficultés à imposer nos volontés au coûcert

1. Cf. Tilsitt. — Louis XVIII à Talleyrand : «S. M. Impériale voudrait plutôt mé rapprocher d*elle que se rapprocher de moi. » (9 mai, 10 décembre 1814.) V. Jaucourt à Talleyrand, octobre 1814.

des puissances; si Ton songe que personne, en ce moment, à Paris, ne voyait clair, ne s'intéressait à la Saxe, — la Prusse, disait-on, est un tampon entre la Russie et la France ! — et qu'au contraire Talleyrand faisait porter d'abord tout Teffort de ses négociations sur la Saxe* qu'il considérait comme l'affaire capitale, au lieu de s'occuper en premier lieu , comme l'aurait voulu Louis XVIII , du rétablissement de Ferdinand à Naples, question secondaire et dynastique; si l'on considère la rapidité avec laquelle il prit rang au Congrès; si l'on se rappelle les violentes colères des Prussiens contre le prince de Hardenberg, qui n'avait pu maintenir la Saxe en leur pouvoir; si l'on examine les résultats obtenus : ce royaume conservé comme puissance de troisième ordre avec environ treize cent mille âmes ; une masse de deux millions d'habitants séparant l'Autriche et la Bavière de la Prusse; celle-ci n'ayant ni Luxembourg ni Mayence, et ne touchant notre frontière sur aucun point (car ce n'est qu'en 1815 que les puissances établirent le contact immédiat de la Prusse et de la France) ; si enfin on veut bien se souvenir que lexpérience de l'alliance prussienne avait été tentée à diverses reprises depuis 1795, sous la Convention, sous le Directoire, sous l'Em-

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pire, — et pour quels résultats M — si ron tient compte de tous ces faits, on rendra peut-^tre plus de justice à la politique de Talleyrand, et Ton trouvera les attaques de certains historiens et de certains critiques singulièrement exagérées. Sans doute, tout, dans son œuvre à Vienne, n'est point irréprochable : il a acheté cher ses nouvelles alliances ; on peut s'étonner, avec M. Tbiers, qu'il ait omis de stipuler, dans le traité du 3 janvier (qui, même en cas de guerre et de victoire, liait la France aux conditions de celui de Paris'), le rétablissement .des Bour bons de Naplos, point auquel Louis XVIII, mû principalement par les intérêts de sa race et de

, 1. On a rappelé aussi que Napoléon, à son retour de Tile d'Elbe, dénonça Palliance conclue par Talleyrand avec TAngleterre et TAutriche, et essaya inutilement de s^aliler à la Russie. Cela est vrai; mais il faut dire que la situation n'était plus la même. De ce que le czar a refusé de traiter avec Napoléon en 1815, il ne s'ensuit pas qu'il eût refusé de se rapprocher de Louis XVUI en 1814. Cette contre-épreuve de la politique de TaUeyrand, si elle était unique, ne serait pas décisive.

2 , M. Thiers a vivement blâmé Talleyrand d'avoir ainsi lié la France : < H était pris, dit-il, à un terrible piège. » Mais, pour l'avenir : en cas de paix, la France ne pouvait prétendre à rien de plus que ce qu'elle avait obtenu à Paris ; en cas de guerre, tous les traités étaient déchirés; et, quant au présent, celte condition n'était-elle pas nécessaire pour obtenir l'appui de deux puissances qui, en réalité, nous étaient hostiles ?

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sa dynastie, attachait le plus d'importance: de sorte que ce rétablissement n'eût pas eu lieu si l 'impolitique Murât n'était venu fournir luimême, au dernier moment, l'occasion que Talleyrand avait laissé échapper*.

On peut trouver aussi qu'il a parfois obéi plus à ses nerfs qu'à sa raison en froissant à tort ceux-là mêmes dont il recherchait l'alliance et dont il avait le plus besoin (par exemple M. de Metternich, dans les réunions d'octobre et de novembre), et qu'il eût mieux fait de montrer moins d'impatience et de laisser l'Angleterre et l'Autriche venir à lui, au lieu d'aller à elles, afin d'en obtenir davantage. Certes, il n'y a pas lieu de s'extasier, comme on l'a fait, devant la conclusion d'une alliance qui, d'une façon ou de l'autre, ne pouvait pas ne pas être conclue, malgré le ferme propos des alliés de rester unis et de nous exclure de leurs délibéra-

it Oa sait que Metternich avait, pour ménager Murât, une excellente raison : il aimait sa femme (V.Corr., 1. XXII. Talleyrand au roi; 1. XXXVm, le roi à Talleyrand ; et les Mémoires de madame de Rémusat, t. 111, p. 48). Louis XVin revient sans cesse dans ses lettres à Taffaire de Naples; il craignait un retour de Napoléon par Tltalie. — Remarquons, d'aîlleurs, que cette question était liée à celle de la Saxe, puisque, les affaires de celle-ci étant réglées^ TAutriche put envoyer 150.000 hommes en Italie.

lions K Mais ce que nous avons voulu montrer, et ce qui ressort en pleine lumière de cette correspondance, c'est que Talleyrand a admirablement compris et servi les intérêts de la France au Congrès, en cherchant à entraver de toutes ses forces l'unification de l'Allemagne par la Prusse.

1 . Ainsi qu^il résuite des deux importants protocoles du 2:2 septembre 1814 ; le second, qui pourtant avait été fait pour être connu de la France ^ n'avait jamais été publié. Les alliés s'y étaient entendus pour nous laisser simples spectateurs du Congrès, et pour ne nous admettre à leurs conférences « qu'à mesure qu'il auraient terminé entièrement, et jusqu'à un parfait accord entre eux». (V. Corr., p. 340, 343).

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Tandis qu'il défendait la cause de la France et de la royauté, celle-ci faisait faute sur faute et rendait possible le retour de Bonaparte, par où fut détruit le fruit de tant d'efiforts.

M. de Talleyrand eût voulu que le roi demeurât sur le territoire, d'accord en cela avec les quelques hommes éclairés qui entouraient le souverain. Le maréchal Mortier, qui était à Lille, conduisit le roi en Belgique avec tous les honneurs qui lui étaient dus, puis revint à son poste, réunit ses officiers et leur dit : a Moi, Messieurs, je reste en France*. »

De tous les documents inédits publiés par M. Pallain, l'un des plus précieux est le célèbre rapport de Talleyrand à Louis XVin pendant le

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