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I. Revite des Deux Mondes, !•' juillet

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connaître que, parmi les hommes qui vous com battent, il y en a qui ont mis sous leurs pieds leurs affections, leurs souvenirs, leurs espérances, leurs vues particulières ; pourquoi ? Parce qu'ils sont gens de cœur, gens d'honneur, parce que, quel que soit le parti auquel ils appartiennent, quel que soit le gouvernement qu'ils aient servi ou qu'ils aient regretté, ou qu'ils aient désiré, ou qu'ils puissent désirer encore pour la France, c'est pour la France qu'ils veulent un gouvernement... Avec le sentiment qui domine dans tous les cœurs honnétes; nous ne sommes plus qu'un, nous avons une cause commune, nous sommes tous à la République, nous sommes tous du même parti. r>

Ce langage, c'est celui qu'ont tenu en 1871 tous les gens de cœur qui ont fondé la République avec M. Thiers. De quel œil Berryer eût-il vu les intrigues de Versailles? Et qu'aurait-il dit, le jour où il aurait vu son roi repousser à Frohsdorf le drapeau national, ce drapeau sous lequel lui, Berryer, avait toujours combattu ? Il n'aurait sans doute pas abandonné la cause de la royauté, parce que, arrivé au terme de sa carrière, il eût trouvé plus conforme à l'unité et teneur de sa vie, à son caractère chevaleresque, à sa gloire, de rester fidèle à une

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grande auise, môme saus espérance ; mais il aurait certainement compris, avec sa perception si nette des hommes et des choses, que la vieille monarchie française venait de s'ensevelir dans les plis de son drapeau blanc. Car enfin, il était toujours resté l'homme du drapeau tricolore, Tenfant de la Révolution, depuis l'heure où il lisait les procùs-verbaux de l'Assemblée Constituante jusqu'au jour suprême où il glorifiait la mémoire de Baudin. Oui, il avait voulu la monarchie, mais il Tavait voulue animée de l'esprit des temps nouveaux, se transformant avec le siècle. La légitimité Tavait séduit d'abord, parce qu'il y voyait l'image de la liberté et du droit. Le jour où elle les viola, il condamna les hommes, mais resta fidèle au principe. Ensuite, il n'avait trouvé dans aucun des essais successivement tentés en France de garantie assez sûre, d'idéal politique assez élevé pour abandonner celui qu'il s'était fait à lui-môme et qui convenait à son esprit, à ses sentiments, à son imagination. Cette monarchie héréditaire, sur laquelle il ne pouvait plus se faire illusion, était pour lui comme un asile d'où il regardait les partis, libre de prendre à chacun ce qu'il y trouvait de sage, distribuant le blâme et l'éloge, défendant tour à tour les causes les plus oppo-

secs, mais de préférence les plus populaires; enfin, il aurait pu, lui aussi, dire ce que Lamartine répondait à ceux qui lui demandaient quelle serait sa place dans la Chambre : — a Au plafond. »

Oui, il est permis de penser que sa situation eût été la même à l'Assemblée de 1871 : indépendant même à Tégard de son parti, il n'eût pas cru, comme certains monarchistes, que tous les moyens fussent bons pour sortir de la République. Il eût sans doute parlé au comte de Chambord en 1873, h Frohsdorf, comme il parlait à Charles X en 1834, à Tœplitz, lorsqu'il ne craignit pas de démontrer au roi exilé « la nécessité du mouvement de 89 », et que, interrogé sur la politique qui conviendrait à la royauté restaurée, il répondit : a II faut respecter la Charte, et en développer les principes par un système plus large de lois électorales. » Jamais il ne se laissa toucher par les préjugés aristocratiques de son parti. Lamennais s'était étrangement trompé lorsqu'il avait rêvé de faire du jeune orateur, à son entrée au barreau, une sorte de prédicateur ultramontain. Berryer ne fut jamais ni l'un ni l'autre ; il resta toujours libéral et gallican. Aussi, comme il aurait souffert de voir le catholicisme et la légitimité armés

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en guerre contre les conquêtes de 891 Comme il aurait rougi, lui, Tauteur de la protestation de la mairie du 10^ arrondissement au 2 décembre, lui, souscripteur au monument de Baudin, de voir les royalistes devenir les complices et les dupes de l'Empire I Non, jamais il n'aurait poussé aux excès, même dans l'espérance de revenir à ce qu'il croyait être le bien ! jamais il ne se serait prêté à ces coalitions immorales qui sont la honte d'un parti. Et qui sait alors si, voyant l'obstination et l'aveuglement de ceux qu'il appelait déjà après la révolution de Juillet les « émigré-s à l'intérieur », il n'eût pas, lui aussi, conune Chateaubriand, compri^ que la Révolution qu'il avait toujours fidèlement servie ne saurait plus avoir désormais d'autre organe qu'une république sage, élevée, sous laquelle la France pût être fière de vivre? Qui sait si, dans l'anéantissement complet des anciens parlis. il n'eût pas reconnu avec ses illustres amis, lesThiers, les Dufaure, les Rémusat, les Casimir-Perier, la nécessité d'établir dans ce pays un gouvernement neutre, anonyme, où tous les hommes d'ordre, tous les patriotes sincères pussent venir travailler ensemble à la grandeur et à la pacification définitive de la patrie ?

Certes, Berryer combattrait aujourd'hui l'arti-

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de 7 de M. le Ministre de rinstruction publique, comme il défendait contre M. Tbicrs, dans la mémorable interpellation de 184o, les congrégations religieuses non autorisées; mais, d'autre part, aurait-il pu s'associer à la politique du 16 mai? Ah! j'en suis sûr, nous Taurions vu soutenir le régime actuel dans tous les actes qui lui auraient paru opportuns et utiles, résolu à lutter, comme en 18S0, « contre l'ambition et la sédition », essayant enfin d'aeelîmater de nouveau dans notre pays le gouvernement représentatif sous la forme d'une république tolérante et généreuse.

M. Thiers a dit : a Je serai toujours du côté de la Révolution quand elle sera dans les mains des hommes modérés; et, si même elle vient à passer dans les mains de ceux qui ne le sont pas, je serai encore avec elle ! » Berryer a exprimé h peu près la même pensée quelque temps avant sa mort lorsqu'il a écrit : « Je resterai toujours fidèle à l'ordre constitutionnel. »

Dans le duel entre le despotisme et la liberté, il a été et reste des nôtres; il est demeuré le fils dévoué de la Révolution. Voilà pourquoi ii vivra; voilà pourquoi son nom sera aimé tant qu'un souffle libre parcourra cette vieille terre

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de France, tant qu'il y aura des hommes pour mépriser la force, pour garder au cœur, avec Tamour de la patiie, le culte des lois.

M. GLADSTONE r i^s nÉFonuES électorales ek angleterri

L'Angleterre, celte grande école de poiUiq continue de nous offrir des enseignements des modèles qui ne le codent en rien à Ci des sii^cles passés. Il y a quelques mois, l Beaconsficld, revenant de Berlin, était accuc à Londres par les ovations enthousiastes de t un peuple. Aujourd'hui, M. Gladstone, après i campagne oratoire prodigieuse qui n'a de co

1. Questions constitutionneUes (1873-1878), par W Gladstone, traduit de l'anglais el piikédé d'une inlra lion, par H. Albert Gigot, ancien préfet de police, 1 in-fi', 1S80, chez Oernie^Bailliêre.

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parable que le duel de Sheridan et de Fox contre le second Pitt, après une marche triomphale à travers TËcosse qui est à l'éloquence ce que a campagne d'Italie est à Fart militaire, M. Gladstone , qui, en 1874 et il y a deux ans encore, paraissait éloigné pour jamais du pouvoir, a fait, lui aussi, son coup de théâtre , étonné Tunivers par la victoire la plus inattendue sur son illustre rival, et ressaisi à soixante-douze ans, avec une jeunesse et une énergie extraordinaires, le gouvernement du plus vaste empire qui soit au monde.

Comment expUquer ce revirement si rapide, et presque soudain en apparence, de l'opinion 7 On en a donné des raisons multiples, qui ont leur valeur relative. Il est certain que la date des élections a été défavorable aux tories en 1880 , comme elle Tavait été aux whigs en 1874. Lord Beaconsûeld a fait la dissolution trop tard, ou trop tôt. Il s'est décidé trop tard, parce que, trompé par les applaudissements de la Cité et du Parlement, et se croyant assez fort pour pouvoir attendre jusqu'à la fin de la législature, il a permis à Toppositioil de s'organiser et de faire campagne pendant l'automne, tandis que les partisans du Cabinet s'endormaient dans une dangereuse confiance. Il s'est décidé trop tôt, parce

que, trompé par quelques élections partielles , à Sheffield, à Liverpool et à Londres, et s'imaginant que le pays tout entier allait suivre, il ne s'est plus donné le temps d'accomplir les réformes qu'il avait entreprises; il n'a attendu ni une solution des affaires de l'Afrique méridionale et de l'Afghanistan , ni un apaisement des maux de l'Irlande et de la crise économique, ni l'allégement des charges budgétaires qui en étaient la conséquence. M. Gladstone avait beau jeu pour opposer les brillants souvenirs de sa gestion financière à l'augmentation croissante des taxes * et aux déficits du Cabinet. Ajoutez à cela, d'une part, l'union et la discipline inébranlables de toutes les fractions du parti libéral ; de l'autre, l'infériorité des tories au point de vue oratoire : car leurs principaux représentants, confinés dans la haute Chambre, tels que le marquis de Salisbury, lord Cairns , lord Cranbrook, et lord Beaconsfield tout le premier, ne pouvaient prendre part à la lutte, tandis que les whigs avaient pour champions les Childers, les Goscheii, les Forster, les Lowe, les Bright, et, en tête, celui que M. Disraeli lui-même a proclamé le plus grand orateur de l'Angleterre, et

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