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C'est, en effet, ce qui est amyé

Hi OnATRURS ET HOMMES d'ÉTAT

tandis que les whigs actuels seront remplacés par les radicaux.

Cette évolution alarme les timides. Sans doute, CCS grands courants d'idées heurtent bien des souvenirs, des fidélités respectables ; ils arrachent des cris à ceux qui n'ont ni la sagesse ni la générosité de partager avec d'autres le pouvoir qu'ils ont seuls possédé jusqu'alors et qui leur échappe ; sans doute, il y a là bien des erreurs, des chimères, des théories aventurées et périlleuses ; mais, enfin, où est le devoir des hommes qui ont, à un degré quelconque, la responsabilité que donnent l'influence et les lumières? La réponse n'est point douteuse : toute résistancç systématique sera brisée ; dans les affaires humaines comme dans la nature, tout ce qui ne se renouvelle pas est destiné à périr. Est-ce à dire qu'il faille obéir aveuglément, se laisser emporter à tous les remous de l'opinion? Non, certes ! l'exploitation des passions populaires n'est pas la moins basse des servilités ; mais guider, éclairer, contenir le peuple, démêler à ses yeux le vrai du faux, ce qui est possible et pratique de ce qui ne l'est pas, voilà la noble mission de ceux que la naissance, la fortune ou le talent placent à la tête des sociétés. C'est là ce que M. Gladstone a admirablement compris, et ce qui assure sa gloire.

Outre l'étude sur la réforme électorale, le volume traduit par M. Albert Gigot en contient plusieurs autres, d'un intérêt moins direct, mais non moins vif, sur le prince Albert * et sur la Constitution anglaise comparée à la Constitution américaine *.

De tous les éloges que Fauteur décerne au prince époux, il n'en est pas de plus grands que

1. Discours prononcé à Manchester le 23 avril 1862 devant rAssociation des Mechanic's Institutes des comtés de Lancastre et de Ghester. (Articles de la Contemporary Be- View, juin 1875, et de la Church of England Quarterly Re-

.t'iew, janvier 1877).

2. Nos cousins de Vautre côté de l'Océan^ publié en septembre 1878 dans le North American Review,

ceux qui 's'adressent à sa correction constitution*nelle. Si Tépoux de la reine se hasarde un jour à dire qu'il est le « ministre » de Sa Majesté, M. Gladstone le reprend aussitôt, et fait observer gravement que c'est là un titre dont il n'a pas le droit de se servir. De même, il l'approuve dans son refus de commander les armées, dont le duc de Wellington l'avait pressé d'accepter la direction. « U faut absolument désirer le maintien permanent d'une étroite union de sentiments entre le souverain et l'armée ; mais l'armée est, après tout, un des grands déparlements de l'État, et, dans ce pays, les grands départements de l'État ne peuvent avoir à leur tête que des personnes responsables devant le Parlement. »

Ces articles étaient une réplique à certaines théories périlleuses sur l'autorité royale émises par le conseiller intime du prince, le baron de Stockmar, dans ses Mémoires confidentiels, et accusées plus nettement encore dans une étude anonyme de la Quarterly Review, intitulée la Couronne et la Constitution^ théories qui ne tendaient à rien de moins qu'à revenir au règne de George III et à rétablir en Angleterre le pouvoir personnel. M. Gladstone s'y attaquait d'autant plus volontiers, que M. Disraeli, alors ministre dirigeant, s'en était fait d'abord le brillant or-

gane dans ses romans, premières ébauches de sa carrière politique. C'était en effet principalement dans Coningsby, dans Sibyl, que l'écrivain de la . Qtmrterly Review avait puisé ces étranges doctrines qui étaient la négation du régime parlementaire ; c'est là qu'on trouve la satire de la « Constitution vénitienne », c'est-à-dire du gouvernement anglais tel qu'il est sorti de la révolution de 1688, tel qu^ l'a constamment compris et pratiqué l'école libérale ; c'est là enfin qu'on lit des passages comme celui-ci : « La Chambre des Communes est la représentation du petit nombre ; le souverain est le souverain de tous ; le vrai leader du peuple est l'individu placé sur le trône *• » Ce sont ces idées que les libéraux combattaient sous le nom d'mperialism, dont ils accusaient le Cabinet Beaconsfield de s'inspirer, et que M. Gladstone réfute en exposant avec autant de fermeté que de précision la vraie doctrine constitutionnelle sur la prérogative royale et la responsabilité ministérielle.

Le parallèle entre la Constitution anglaise et la Constitution américaine est, quoique fort court, curieux à rapprocher des œuvres de

1, Coningsbyi VII, 2^

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M. Bagehot et de sir Erskine May sur la Constitution anglaise, de MM. de Beaumont, Laboulayc et de Tocqueville sur TAmérique^ — de Tocquevillc, que M. Gladstone appelle a le Burke de son siècle », et dont le livre sur rAmérique peut être considéré comme un des meilleurs ouvrages de science politique qui aient paru dans quelque temps et dans quelque pays que ce soit t. Il compare les progrès rapides de la richesse et de la force américaines à ceux, beaucoup plus lents, de l'Angleterre , et il prévoit la suprématie prochaine des États-Unis :

matre forti flUa fortior I

Il montre d*abord les traits communs aux deux Constitutions : les deux nations veulent le selfgovemmeat ; toutes deux ont des gouvernements de persuasion , d'opinion ; « elles se défient de la centralisation du pouvoir et la repoussent; elles aiment les libertés municipales , locales et même paroissiales, non seulement comme Técole k laquelle se forment çà et là des hommes capables, mais comme l'école des vertus publiques et de Tesprit d'indépendance »; enfin « elles regardent la publicité comme Tatmosphère naturelle de la vie politique ; elles estiment qu'elle peut seule, par la libre circulation, mettre en

commun toutes les opinions pour le bien général et tenir dans un équilibre habituel et pacifique les droits et les prétentions de chacun. » Après les ressemblances, il fait voir les diflférences du droit public dans les deux pays. L'inégalité, qui en Angleterre est le fondement du droit de propriété résulte, aux États-Unis, non d'un principe juridique préétabli , mais des conditions du travail et du développement des richesses ; ridée des privilèges héréditaires était absolument étrangère aux colons américains, qui représentaient tout ce qu'il y avait de plus démocratique dans la politique de TAngleterre, tout ce qu'il y avait do plus protestant dans sa religion. * Ce que nous appelons leur révolution fut, aussi bien que la nôtre, une revendication de libertés héréditairement possédées ; ce fut une révolution conservatrice. » De là la force et la durée de la Constitution qui en est sortie , qut depuis un siècle a résisté à toutes les catastrophes, et, malgré certains phénomènes étonnants pour nous autres Européens, tel que le trouble continuel qui résulte de la préparation des élections présidentielles, le a balayage général » {clean siceep) de toutes les places à chaque avènement du premier magistrat et la corruption scandaleuse qui en résulte, ont permis à l'Amé-

riquo de conserver un commerce florissant et de réduire sa dette tout en affranchissant quatre à cinq millions d'esclaves, et de conserver sa liberté, tout en mettant sur pied une armée formidable. L'auteur étudie ensuite avec plus de détails le mécanisme des deux Constitutions. Aux États- Unis, l'initiative, aussi bien que la décision finale en matière de finances, appartient à la branche populaire de la législature, tandis qu'en Angleterre la responsabilité de l'initiative des charges publiques ap|)artient à la Couronne. Là, le pouvoir exécutif est indépendant pour quatre ans du Congrès et du peuple ; ici , le ministère dépend toujours du Parlement, de la Chambre des Communes par le budget, et du peuple par la presse, les pétitions, les meetings, les élections partielles. En Amérique, — c'est là la différence la plus saisissante, — il n'y a que trois pouvoirs, et c'est le Président qui est directement responsable; en Angleterre, c'est un quatrième pouvoir qui lie entre eux les trois autres : le Cabinet, que M. Gladstone appelle le clearing home des forces politiques. a C'est peut-être, dit-il, la plus curieuse création du monde politique dans les temps modernes, non par sa grandeur, mais par sa délicatesse, son élasticité et la diversité infinie de sa puis-

sance. C'est le complément de tout notre système politique. » Il suit les développements sucîessifs du Cabinet, dont on peut discerner les premiers rudiments dès le règne de Charles P', et qui a mis plus de deux siècles pour arriver au point de développement parfait qu'il a atteint aujourd'hui. Enfin il examine théoriquement quel doit être le rôle du Premier, et ce n'est pas un des moindres intérêts de ce livre que de voir les idées de M. Gladstone sur la haute chaîne qu'il vient de reprendre et sur les devoirs qu'elle impose, suivant lui, à ceux qui ont l'honneur de l'occuper.

Pour conclure d'une manière générale sur cet homme d'État, bien des rcËtrictions, bien des réserves peuvent fitre faites sur son rôle politique ; de sérieuses critiques lui ont été adressées : et comment aurait-il pu en être autremeut dans une vie si remplie, dans une carrière si variée, avec tant d'évolutions, tant de changements successifs, qu'on a appelés de la versatilité, mais qui n'ont étA, après tout, que le mouvement d'un esprit toujours en marche, le noble tourment des âmes bien nées, comme Fox, Comme Cannîng, comme Robert Pccl, devenus plus libéraux en vieillissant, et agités sans cesse par l'ardente recherche de la vérité et l'amour du progrés î

Sa politique étrangère surtout a 616 l'objet de redoutables attaques, et c'est peut-être là, en eflfet, qu'il est le plus vulnérable; il faul se défier, en matière diplomatique, des hommes imbus des

doctrines de MaQchesterl On lui a reproché,

raison, d'avoir, par son abstention en 1870, mis à la Russie de dénoncer le traité de Pi Aujourd'hui encore, on observe qu'il lui t impossible (et les derniers incidents diplomati avec le Cibinet autrichien semblent l'avoir prouvé) d'appliquer au pouvoir les idées a développées dans l'opposition; on remarque le langage de son parti au sujet de la que d'Orient a singulièrement varié avant et pen la période électorale ; on a relevé les diverge d'opinion qui séparent les radicaux des libéri on a opposé aux discours de M. Gladstone ( M. Bright ccuJt de lord Granville et du marqui Hartington; on a comparé le langage que M.C Btone avait tenu pendant la sessioji de 1879, { qu'il condamnait absolument la politique du binet Beaconslield aussi bien dans ses moyens dans ses résultats, avec les discours prononcés la plupart des libéraux pendant la période éle

1. Je dis : av^c raison, au point de vue anglsii aucuoe préoccupatioa française.

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raie et où ils se rapprochaient singulièrement des vues du ministère en reconnaissant qu'ils étaient d'accord avec lui « sinon sur les moyens, du moins sur le but à atteindre ^ -a ; enfin, on a dit que le nouveau ministère libéral ne pourrait pas s'éloigner sensiblement de la ligne générale suivie par les conservateurs sans favoriser les progrès delà Russie et sans compromettre gravement les intérêts de l'Angleterre, comme en 1870 *.

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