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Voir plus loin ; Talleyrand au Congrès de Vienne

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1855 et en 1839, lors des guerres de Grimée et d'Italie, en 1864 et en 1866, lors des campagnes de Danemark et de Bohême. Le jour où nous avons permis au Piémont de prendre rang dans le concert des grandes puissances par son intervention dans la guerre de Crimée et par sa présence au Congrès de Paris, le jour où nous avons jeté à Magenta les fondements de Tunité italienne, ce jour-là, en faisant descendre rAutriche du premier rang au second, nous avons assuré à la Prusse la prédominance en Allemagne. Suivant la prédiction de H. Tbiers, l'unité italienne a été la mère de l'unité allemande.

La rivalité de la France et de rAutriche n*a cessé et ne pouvait cesser véritablement que le le jour où ritalie était mise hors de cause et devenait indépendante : tant que la péninsule divisée restait une proie offerte à l'ambition de ces deux puissances, l'Autriche demeurerait nécessairement notre ennemie. La Prusse n'a commencé à se substituer à elle et à devenir le champion de l'Allemagne contre nous que le jour où nous avons créé l'Italie aux dépens de l'Autriche et détruit l'équilibre nécessaire entre les deux grandes nations germaniques.

Mais, môme après la guerre d'Italie, si nous avions obligé la Prusse, comme nous le pou-

vions et comme nous le devions, à rester d qu'elle était en 1861, à la mort de Frédéric- Guillaume IV, nous n'en eussions rien eu à craindre. Ce n'est qu'à partir de l'affaire des duchés et de Sadowa que sa puissance a commencé à devenir menaçante pour le repos de la France et pour l'équilibre de l'Europe. C'est Napoléon III qui, en tolérant le démembrement du Danemark malgré les offres formelles de concours que lui fit l'Angleterre, en encourageant les desseins de la Prusse contre l'Autriche et en poussant le Cabinet de Florence à soutenir celui de Beriin, a préparé avec un soin et une sollicitude si extraordinaires, qu'ils semblent tenir de la monomanie, cette combinaison compliquée, difficile, inouïe : la France, coupée de toutes ses alliances, isolée de toutes les nations, de la Russie par le traité de Paris, de l'Angleterre par l'affaire du Sleswig, de l'Autriche et de l'Italie par Sadowa; la France, formant lentement, pièce à pièce, pendant quinze ans, contre ellemême, un formidable faisceau de ressentiments et de haines, et enfin, aUant tendre son col nu aux coups du formidable ennemi qu'elle a armé de ses propres mains! Cette politique du second empire fait l'effet d'une partie à qui perd gagne, d'une gageure tenue avec une application savante pour

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rabaissement de notre pays* La plus belle carte que la Prusse ait eue dans son jeu est certainement Napoléon III. Nous n'aurions pas eu besoin d'un homme de génie pour lutter contre M. de Bismarck ; il eût suffi d'un homme de bon sens pour arrêter le péril en 1864 avec le concours de l'Angleterre» en 1866 avec le concours de l'Autriche.

On voit par là pourquoi nous ne saurions, quant à nous, faire remonter jusqu'au dixhuitième siècle la cause de nos récents échecs. Nous plaçons le pivot de la poUtique française à l'égard de l'Allemagne non en 1741, mais en 1864 et en 1866. M. de Broglie, dans ses éloquentes conclusions, a visiblement subi l'influence des événements contemporains : il n'est point douteux qu'elles eussent été très différentes si, au lieu d'écrire en 1882, il avait jugé la crise de 1741 en 1864, avant les premiers grands coups de M. de Bismarck. Cela suffit à marquer ce qu'on y peut trouver de discutable.

A nos yeux , il y a ici une question qui domine celle des alliances, c'est la question de gouvernement. La France , sous Louis XY, s'est rangée tantôt du côté de la Prusse, tantôt du côté de r Autriche; elle a toujours été dupée et battue parce qu'elle n'était point gouvernée. Supposez, en 4741 y Richelieu, Mazarin ou Louvois à la place de Fleury, il est évident qu'à l'une ou l'autre alliance, ou môme à une neutralité adroite (telle que la pratiqua la grande Catherine), nous eussions gagné les Pays-Bas : c'était là le seul point essentiel. Il importait assez peu alors que notre point d'appui fût à Berlin, à Vienne, ou entre les deux^ pourvu qu'on adoptât franchement un

parti et qu'on en poussât les conséquences jusqu'au bout.

Aussi bien, tandis que M« le duc de Broglie attribue notre échec de 1741 au choix d'une alliance impolitique, nous serions plutôt tenté d'en voir la cause dans la nature même des deux jeunes monarques qui portaient alors la responsabilité du pouvoir, en Prusse et en France.

Peut-on imaginer un contraste plus frappant, et plus douloureux pour nôtre patriotisme? Là, un homme d'action doublé d'un honmie d'étude, penseur, écrivain et soldat, élevé à la rude et salutaire école de la défiance, esprit ouvert à tout, volonté de fer, logique intrépide, vigilance infatigable, héroïque et dévorant labeur pour une seule pensée : la grandeur de la patrie. Ici, le Bourbon dégénéré^ sans nerf, sans franchise, sans honneur, qui avoue la décadence du royaume et qui en prend son parti, âme misérable, a cœur de cire » , eût dit Richelieu ; grand enfant mené à la lisière par un vieillard, et qui ne sort des mains de son précepteur que pour aller rouler aux bras de ses maîtresses. Frédéric disait do Louis XV : «i II n'a de défaut que celui d'être roi. » Et Louis XV disait de Frédéric : « C'est un fou qui risquera le tout pour le tout /et qui peut gagner la partie, quoique sans religion, sans

mœurs et sans principes. » Louis XV, apparemment, s'en croyait davantage I

Notre pays, en 1740, ne manquait point d'hommes : nous avions des gens d'initiative et de bon conseil, comme Chauvelin et Beauvau; mais tout dépendait du roi, et le roi n'avait pas la force de prendre les instruments qu'il avait sous la main. Nos destinées tombèrent à la merci de deux hommes également funestes par des défauts tout opposés, Fleury et Belle-Isie : l'un, sans autre vue que de rester au pouvoir jusqu'à sa mort, sans idée de gouvernement, se laissant glisser au hasard des circonstances, « ce qui est, disait Richelieu, a pire chose en politique, où il n'est rien de tel pour conserver sa réputation, affermir ses amis et effrayer ses adversaires que l'unité d'un môme esprit et la suite des mêmes desseins et moyens » ^ ; l'autre , esprit aventureux et chimérique, comme tous les Fouquet, visant au grand, à l'extraordinaire, ayant a plus d'idées que de jugement, plus de feu que de force » '. Il semble que ce règne de Louis XV

ait été le règne des faux grands hommes. Fleury,

1. Le duc de Broglic a tracé un fin portrait de Floury. Cf., sur ce personnage, les Mémoires du marquis d'Argenson et du duc de Luynes.

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