‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 12 sur 57 · Né à Grenoble en 1754, mort en · texte numérisé non relu

Né à Grenoble en 1754, mort en

l'esprit dks orateurs de la constituante. 33

• liii retentit dans toute la salle. G' f... allait être suivi, 'iinine il me l'a dit depuis, d'un torrent d'imprécations. '>ii ne lui en donne pas le temps; toute l'Assemblée A aussitôt en tumulte, une multitude de voix demandent vengeance de l'insulte. Virieu se contente de descendre de la tribune ; tout est oublié ^ »

Je croyais en relisant celte scène, repasser celle où Virgile raconte les mœurs, les rumeurs des abeilles, apaisées par un peu de poussière jetée sur les combattantes. Dans la ruche de la Constituante, les frelons paresseux et violents dévorèrent trop souvent le miel

G. Les applaudissements, disait Fauchet, sont la liste civile du peuple... recueillir les éloges des bons citoyens et les éloges des mauvais, pour une Assemblée nationale, c'est avoir réuni tous les suffrages. » Mais de quel côté sont les bons citoyens? De quel côté sont les mauvais?

« r<ous n'avions jamais prétendu rendre compte de Tcpouvantable bavardage de la tribune, écrit Dumont qui, avec Duroverai, rédigeait pour le Courrier de Provence la chronique parlementaire delà Constituante. S'il y avait quelques discours importants, comme ils étaient presque tous écrits, ilirabeau avait soin de les demander pour nous. Plusieurs les envoyaient d'eux-mêmes. Les plus diffus se plaignaient quelquefois de ce qu'on avait réduit leur style hydropique et boursouflé. Peu étaient contents, mais cependant Mirabeau recevait des remerciements qui ne manquaient pas de nous revenir. « On doit croire dans les provinces, lui disait Cha- » pelier, que nous parlons comme des oracles, quand on nous voit » dépouillés de tout notre verbiage et de toutes nos sottises. »

» L'hypocrisie et la fureur occupent alternativement la scène. Chaque séance est un mensonge de plusieurs heures à l'aide duquel on déguise ses propres intentions. La crainte d'être soup-

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amassé par les abeilles diligentes; et malheureusement il n'y eut pas là, comme dans les Géorgiques, un apiculteur expérimenté, pour écarter les parasites, calmer les querelles et recueillir tout entière la précieuse récolte préparée par les bons travailleurs.

çonné tridées contraires à celles que l'on professe fait encore exagérer la dissimulation. Les papiers publics qui transcrivent les débats de la Convention ne présentent donc que l'histoire d'une mascarade... Individuellement, la Convention est composée de pygmées; mais ces pygmées, toutes les fois qu'ils agissent en masse, ont la force d'Hercule, celle de la fièvre ardente : c'est qu'ils sont poussés par les passions, par le plus grand des intérêts, celui d'échapper à la destinée dont les menacent cinq ans de crimes. »

{Correspondance de Mallet du Pan.)

LES CONSTlTUTIOiNNELS, LES LÉGISTES

Mirabeau it les constitulionnels. — L'avocat du diable. — Thouret : un raisonnement biblique. — Pourquoi des hommes comme d'André ont-ils du crédit sur les assemblées? — Le couteau à deux tranchants. — Le triumvirat Duport, Laraeth, Barnave. — Leur excuse et leur justification. — Les Salons avant 1780. — Les choses déraisonnables ne sont pas impossibles. — Le sang qui vient de couler est-il donc si pur? — Vous distribuez au peuple du pain empoisonné. — Le pouvoir de certains mots. — Tragédie macaronique des Acles des Apôtres. — L'avocat général de la Constituante. — Il n'y a pas de divinité en lui. — Éducation de Barnave par sa mère. Il se trace à lui-même sa règle de conduite. — Faire non le plus, mais le mieux. — Noble conduite de Barnave pendant le retour de Varennes. — Il ne suffît pas de vouloir être libres, il faut encore savoir l'être. — Un passeport pour la guillotine. — La tranquillité et la liberté. — Curieuse convei-î^ation avec Malouet. —Examen de conscience. — Ce qu'on peut attendre du parti modéré. — Hauteur d'âme de Barnave. — Ses rapports avec la reine. — La fatalité de la guillotine.

Mirabeau juge sévèrement les constitutionnels. « Je leur montrai, écrit-il à la Marck, qu'ils n'ont ni dans la tète ni clans l'àme aucun élément de sociabilité. Il n'y

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a rien à faire avec ces roquets, qu'à les laisser jap[>er d'une manière discordante. « Un des membres du comité, d'André, avoue à Mallet du Pan que ses collègues n'ont jamais eu aucun plan, qu'ils vivent au jour le jour, de motions en motions ; on dissertait, on délibérait, on ne votait guère. Ce qui manque à ces hommes, à La Rochefoucauld, Chapelier, Talleyrand, Emery, Crillon, Montmorency, Toulongeon, c'est un chef. Ils interprètent les cahiers des états généraux, apportent honneur et lumières à l'Assemblée, lancent la Révolution modérée et lui font franchir la première étape. Après la mort du roi, deux d'entre eux, La Rochefoucauld, Dupont de Nemours, se prononcent devant le comité pour la République, sans doute avec le désir d'être battus, prétend Michelet, qui traite Dupont d'avocat du diable. (On appelait ainsi un bon vieux prêtre qui, lorsqu'une jeune fille allait entrer en religion, venait lui représenter les délices de ce monde auquel elle s'apprêtait à renoncer, et tenter un dernier effort pour la retenir dans la vie laïque).

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