‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 23 sur 57 · LE GÉNÉRAL MATHIEU DUMAS · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL MATHIEU DUMAS

Conversation avec Rewbell. — La politique de la résignation. — Le 18 Fructidor. — Réplique à madame de Staël. — Les grands hommes modérés sont rares. — La stratégie de la guerre civile.

— Vous êtes un imbécile, vous n'entendez rien aux révolutions.

— Pensées de Napoléon : Ne pas vouloir tout le bien qu'on pourrait faire.— Mon pauvre oncle Louis XVI.— Les deux batailles de Marengo. — Conseil de Dumas au comte d'Artois. — La cocarde et la messe de Henri IV. — Tout ira bien s'il vient chez nous; tout ira mal s'il vient chez lui. — Le divorce provisoire par mesure de prudence pendant le temps de la grande épouvante.

Quelques mois avant le 18 Eructidor, le général Mathieu Dumas rencontra à la fin d'une séance du conseil des Cinq-Cents, Treilliard, alors très lié avec Rewbell, conseiller très écouté du Directoire, et, s'élant

1. Né en 1753, à Montpellier, mort en 1837. — Souvenirs de Mathieu Dumas, 3 vol. — Essai historique sur les campagnes de 1799 à 181i, 19 vol. — Histoire d'Espagne^ 3 vol. etc. — Riograhpie Michaud.

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enliTiué avec lui dans une salle, il l'interrogea en ces termes : « Je connais votre position, votre expérience, vos talents et rinOucnce de vos conseils sur des hommes qui, sous tous les rapports, vous sont bien intérieurs : Je veux savoir de vous ce que vous pensez de moi et de mes amis, comment vous jugez notre conduite politique, et ce qui fait que nous ne pouvons nous entendre. — Vous êtes de fort honnêtes gens, répondit-il, fort capables, et je crois que vous voulez sincèrement soutenir le gouvernement tel qu'il est, parce qu'il n'y a aucun moyen sûr, ni pour vous, ni pour nous, de lui en substituer un autre. Mais nous, conventionnels, nous ne pouvons vous laisser faire : ([ue vous le veuillicz ou non, vous nous menez tout doucement à notre perte : il n'y a rien de commun entic nous. — Quelle garantie vous faut-il donc? — Une seule; après quoi, nous ferons tout ce que vous voudrez; nous vous laisserons détendre les ressorts : donneznous cette garantie, et nous vous suivrons aveuglément. — Et laquelle? — Montez à la tribune et déclarez que si vous aviez été membre de la Convention, vous auriez, comme nous, voté la mort de Louis XVI. — Vous exigez l'impossible; ce que, à notre place, vous ne feriez pas. Vous sacrifiez la France à de vaines terreurs. — Non, répliqua-t-il, la partie n'est pas égale : nos tètes sont en jeu. «

Mathieu Dumas et ses amis devinaient le complot, croyaient le mal sans remède, pratiquaient la politique

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