‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 26 sur 57 · LEMONTEY · texte numérisé non relu

LEMONTEY

Les jugements de la postérité. — Un écrivain humoristique. Préci )sité ; rémigration est une transpiration naturelle de la terre (le la liberté. — Les Observateurs de la femme : Tétude de l'éternel féminin. — Problèmes de métaphysique amoureuse. — Spurina et Paulo. — Dissertation du marquis de Kornlongen. — La surprise du jugement dernier. — Quel dommage que cette glace ne soit pas un péché mortel ! — Ce que devrait être la modération : l'union de la sagesse et de la force. — Apologie de la morale humoristique. — La faction des. contents. — Athalie, par Racine et Lemontey.

Si quelques personnages, par la magie du talenl, par l'éclat des événements auxquels ils prirent part,

1. Né en J762, à Lyon, mort en 1826. Œuvres de Lemontey (5 vol. in-S"). — Ceux de ces écrits qui s'imposent davantage à l'attention des curieux sont : Raison et folie, chacun son mot; — ks Observaleiirs de la femme ; —Notices historiques; — Éloge de Morcllet ; — Essai iur l'établissement monarchique de Louis XI V ; — Des avantajes de la Caisse d'épargne et de prévoyance. — Discours de M. Fourier, son remplaçant à l'Académie française, le 17 avril 1827. — Biographie Michaud.

conservent le privilège d'exciter noire intérêt passionné y malgré la rouille du temps, malgré le besoin d'oublier si naturel à l'homme, d'autres, et ceux-là bien plus nombreux, se voient, par une sorte d'ostracisme intellectuel, bannis de notre mémoire, comme s'ils plaçaient en. viager leur réputation, bien que de sérieux mérites protestent contre une semblable rigueur de la postérité, ce juge capricieux, non moins injuste parfois que les contemporains, qui, lui aussi, distribue ses arrêts au gré du hasard, accorde ses faveurs aux charlatans, et se paie des plus piètres raisons. Non certes que je prétende remct're sur un piédestal un écrivain comme Lemontey, que ne distingue aucune qualité extraordinaire : on sait à peine les noms d'hommes qui ont marqué d'une empreinte beaucoup plus forte leur époque, et leur discrédit est un terrible démenti infligé à la vanité des vivants ; mais il convient de remarquer à propos de lui, combien fut abondante la moisson des fortes intelligences à la fin du xvni^ siècle, quelle récolte elle eut fournie si un terrible faucheur n'avait pratiqué de sombres couper avant la maturité, et qu'en somme la révolution movJérée autant que la révolution violente on la réaction pure trouvèrent sans peine leurs artisans de njal ou de bien, leurs interprèles de vérité ou d'erreur, dans cette fougueuse végétation de nobles âmes, de brillants esprits, de vigoureux caractères.

La nature de Lemontey le portait plutôt vers les lettres, vers l'élude patiente des archives, des papiers

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d'État, et cependant il ne laissa pas de jouer un rôle dans cette Législative qui, pressée entre toutes les théories et toutes les violences, disparaît elle-même, selon le mot de Villemain, et s'efface devant la grandeur de ce qui la précède et la terreur de ce qui la suit. A la tribune, dans ses livres, il soutint les idées de réforme sociale et d'humanité, l'abolition de l'esclavage, la tolérance religieuse, la liberté civile, l'enseignement populaire, tous les principes enfin que le génie d'abord hasarde dans les livres et que le temps introduit lentement dans les lois. Orateur, il se montre iria fois emphatique et précieux, sentimental et quintessencié ; par exemple, il s'opposera aux mesures contre les émigrés, sous prétexte que l'émigration est une traiisjnration naturelle de la terre de la liberté. Écrivain, il s'inspire de Swift, Sterne, Hamilton, l'Arioste, Franklin, dans la httérature étrangère; dans la littérature ancienne, de Lucien et surtout d'Apulée ; parmi nos auteurs français, son héros, son favori, est Montaigne dont il cherche à imiter la délicieuse causerie en zigzags, les méandres imprévus, les excursions soudaines hors du sujet. Il a traité les plus graves questions de l'histoire et de la philosophie morale, et il a publié des romans, des fables, des oJes, des opéras. Avant tout, il est ironiste, visant à Vhumour « ce mouvement d'une humeur naturellement plaisante, où la moquerie douce et légère se mêle au langage de la bonhomie, où se

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