‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 27 sur 57 · OUATKLRS ET TRI H UN S · texte numérisé non relu

OUATKLRS ET TRI H UN S

laisse entrevoir une apUliidc marquée à saisir le ridicule, avec l'art de le montrer sous une petite face quand il louche à de grands objets, et sous de grandes proportions, quand il ne s'attache qu'à de petites choses. Quelques principes sages, quelques idées vraiment utiles se font jour à travers ces riants badi nages, tandis qu'une imagination féconde en détails y verse abondamment les allusions fines, les tournures subtiles, les contrastes piquants d'expressions, toutes les saillies d'un esprit ingénieux qui s'abandonne à son caprice. » Mais l'ironie de Lemontey ne coule pas de bonne source, pure de tout alliage, elle ne pénèlre point au fond des choses comme celle des maîtres; outre certains morceaux fort cyniques, on doit blâmer chez lui l'opposition continuelle des idées et des mots, le jargon à la Dorât, ce caquetage raffiné, amphigourique qui sévit à la fin du xvni'^ siècle et l'éloigna misérablement des traditions du bon style.

Qualités et défauts de l'auteur apparaissent en pleine lumière dans une fantaisie intitulée : les Observiteur.^ de la femme. Il s'agit d'une prétendue académie de philosophes qui poursuivent leurs recherches sur l'éternel féminin ; étude assurément utile et fondamentale entre toutes, car « si, comme on l'a dit, l'homme est un petit monde, qui doutera que la femme n'en soit riiémisphère oii la navigation exige le plus d'habileté, menace de plus de périls, et promette déplus douces découvertes » ? Ces savants originaux mettent au concours

L'eSFRIT des OKVJCLKS de la Dli«»liE. 123

les questions les plus absconse^^^se^ communiquent le résultat de leurs travaux, ont, comme toute académie qui se respecte, des membres correspondant^, se congratulent, s'admirent officiellement, et se dénigrent tout bas. Admis par faveur à une séance, l'auteur gagne les bonnes grâces de la femme du président en témoignant de son ardente sympathie pour son sexe. « 0 femmes! Votre ami véritable n'est pas l'homme que votre beauté entraîne, mais celui que vos défauts attendrissent ! »

Un des sujets proposés par la docte société est celui-ci : o Y a-t-il une tète de l'un ou de l'autre sexe, que l'amour n'eût pu ou ne puisse rendre folle? » Vingt- [ trois discours : conclusions terrifiantes. Aue. raison, science, vertu, tempérament glacé, castration même, secours inutiles ! Les circonstances seules ont manqué, et tout bon sens est du bonheur. Toute la différence entre le génie et la folie consiste en ce seul point : la tète du génie a une soupape qui laisse échapper le trop-plein ; la tète de la folie n'en a pas. Que l'amour vienne à sceller un instant cette soupape et le grand homme courra aux Petites-Maisons plus vite qu'un autre.

Une coquette avait trois amoureux : A. f3, C ; elle baisa l'un, donna le reste de son verre à l'autre et couronna le troisième ; lequel des trois préférait-elle ? Voici le verdict prononcé. La coquette a envie d'avoir A pour ami, B pour amant, C i)Our mari ; le premier a

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