‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 28 sur 57 · i ORATEURS ET 1 R IFU N S · texte numérisé non relu

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pour lui la confiance, le second la passion, le troisième la vanité; elle essaiera de A, se dégoûtera de B, et gardera C. A règne sur le cœur, C sur la tête, et B sur ce . mobile interne que les médecins appellent le plexus y^. nerveux, que Diderot a nommé la hête féroce, et que les savants regardent comme remplaçant dans la mécanique de la femme la machine à vapeur. A moins cependant que la dame du problème n'oublie A, B, C, et ne continue ses exercices sur les autres lettres de l'alphabet.

Plus loin, voici l'histoire de Spurina, le plus beau jeune homme de l'antiquité, qui, dès qu'il paraissait dans les campagnes, dans les villes, changeait en furies d'amour l'innocente et la prude, la prêtresse et la matrone ; pour rendre la décence au monde, il se défigura Celle de la Toulousaine Paulo : à peine se montrait elle, les maisons étaient vides, les ateliers déserts, et la foule amoncelée ressemblait aux flots d'une sédition. Le parlement prit enfin pitié de ses justiciables, et, montrant plus de connaissance du cœur humain qu'il n'appartient à un parlement de province, il rendit un arrêt qui ordonnait à la belle Paulo de paraître en public deux fois par semaine.

Un des membres de l'Académie des observateurs, le marquis de Kornlongen, lit une dissertation sur le mariage des courtisanes : c'est le meilleur morceau de cette facétie et il m'a paru intéressant de reproduire quelquesunes des maximes humoristiques dont il est émaillé.

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/ « De tous les corps graves de la nature, le plus pesant est la femme qu'on a cessé d'aimer.

» Un proverbe russe dit qu'on reçoit les gens d'après l'habit qu'ils portent et qu'on les reconduit daprès l'esprit qu'ils ont montré. De là se sont introduits dans le grand monde deux usages d'une prudence infinie : de se faire annoncer avec éclat quand on entre et de s'esquiver sans bruit quand on sort.

» Quand une faction est renversée, les braves se retirent; mais les gens d'esprit et les bétes ramassent les morceaux ; les premiers pour sauver un principe, et les autres pour commencer une secte. La même chose arrive au déclin d'une jolie femme ; les conquérants l'abandonnent, mais les savants et les marguilliersse disputent à qui en fera une muse ou une sainte.

» L'amour ne s'explique plus par le duel, mais par Tenchère. a C'est avec de l'or et non avec du fer » qu'on m'obtient », disait une fille à deux hommes qui se battaient pour elle. Le mariage n'est à proprement parler qu'une adjudication à la bougie éteinte : le dernier qui a parlé se couche.

» Le sage ne se repent pas, il se corrige. Le peuple ne se corrige pas, il se repent. Les femmes se jettent dans la pénitence sans se corriger et même sans se repentir. La pénitence est le dernier plaisir des femmes.

)) On lit sur la porte orientale d'Agra l'inscription suivante : a La première année du règne de Julef, » deux mille époux furent volontairement séparés par

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» le magistrat, et rempercur, indigné, abolit le di- '> vorce. L'année suivante, il y eut dans Agra trois > mille mariages de moins, sept mille adultères de ï) plus, trois cents femmes brûlées pour empoison- » nement de leurs maris, soi:iante-quinze hommes » empalés pour meurtre de leurs femmes, et des meu- )) blés brisés dans l'intérieur des bons ménages pour » trois millions de ';oupies. L'empereur rétablit le » divorce. »

» Un livre et un bal sont, pour une femme, deux représentations publiques, et il ne lui est pas plus possible de paraître dans l'un avec le style de son àme, que dans l'autre avec le teint de son visage.

» Nos douleurs sont des siècles, nos plaisirs sont des éclairs : la plus grande faveur des dieux fut l'amour, j la plus grande faveur de l'amour est un instant de ! délire...

» Chez les dames civilisées, la pudeur est dans l'épiderme, et la coquetterie dans le sang.

» Il y a pour le moins autant d'aveuglement dans l'esprit que de paralysie dans le cœur, à méconnaître la part de l'amour dans l'administration des choses humaines. Socrate ne se montre nulle part plus grave et plus profond, plus habile dans la science des hommes, et plus capable de les gouverner, que lorsqu'il profère ces paroles toutes divines : je fais profession de ne savoir que l'amour.

» 11 est des pays où l'union de la galanterie et de la

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dévotion serait un phénomène inexplicaljli'. Mais cette alliance est toute naturelle dans les mœurs des peuples qui corrompent la foi par la superstition et souvent les âmes par des formules. J'étais un jour chez la marquise de X... dont je soupçonnais les intrigues galantes. Son mari, militaire un peu pédant, avait la manie de vanter à tout propos son bonheur domestique et l'inébranlable fidélité de sa femme. IL venait, suivant l'usage, de chanter les louanges de sa Pénélope, lorsque celle-ci, se penchant vers mon oreille, me dit fort gaiement : c Mon mari m'ennuie avec sa -) bonne opinion; je ne puis m'empécher de rire quand » je me figTire la surprise où il sera au jour du juge- » ment dernier ». Je n'ai pas besoin de dire que celte dame est Italienne. Dans quelle autre télé eût jamais pu se former cet amalgame de l'adultère, du rire et du jugement dernier. »

Ce dernier trait ne rappelle-t-il pas le mot d'une duchesse italienne regardant avec un soupir de regret une glace qu'elle allait déguster : « Quel dommage que cette glace ne soit pas un péché mortel ! »

Dans ses notices historiques, Lemontey a déployé des quahtés de sagacité ingénieuse, de critique originale, de méthode sévère qui contrastent avec ses écrits de pure fantaisie, et montre la flexibilité de son talent : celles qu'il consacre, par exemple, à Vicq d'Azyr, Jeanne d'Albret, Adrienne Lecouvreur, Clairon ont bien de

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