‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 33 sur 57 · I. E s I' R i T I) li S 0 H A T K T US DE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

I. E s I' R i T I) li S 0 H A T K T US DE LA GIRONDE

I la murt. Combi'.'n tardif ce réveil de leur conscience !

On connaît leur attitude dans le procès du roi, qu'ils

I envoient à l'écliafaud, tout en rêvant de lui réserver le

' recours au peuple \ leur chimérique projet de constitution, leurs votes plus démagogiques souvent que ceux de Robespierre lui-même, afin de rjagner de vitesse leurs

J^ adversaire s, par exemple dans la question delà guerre % dans la question du bonnet rouge. Les Jacobins repoussent la guerre ofTensive, dans la crainte que des généraux nommés par la cour ne remportent des victoires qui profiteraient à Louis XVI ou à leurs rivaux ; avant tout, ils veulent s'assurer la domination au dedans; quand ils auront terminé la guerre avec le roi de France, ils feront la guerre aux rois de l'Europe. Avec une guerre européenne, au contraire, les Girondins se flattent de confondre la cause de Louis XVI avec celle des émigrés, des étrangers, de devenir les maîtres de la France, les chefs de la Révolution, les vengeurs des peuples opprimés par les tyrans- « Je n'ai

1. Salle, par exemple, assimilant la Convention à un jury, le peuple au juge chargé dr; rapplication de la loi, demandait que l'Assemblée statuât sur le fait et que la nation prononçât sur la peine.

2. « Je demande une mesure, » dit Robespierre après Yarennes. Quand on Tinterrompait, il reprenait avec obstination : <r Je demande une mesure. » Et toujours : « Je demande une mesure, »

Yyce qui impatientait toute TAssemblée. Quelqu'un s'éciia : a Donnez- 1 lui une mesure d'avoine. * 11 se tut et s'assit.

qu'une crainte, répond Brissot à Robespierre, c'est que nous ne soyons pas trahis. Les grandes trahisons ne seront funestes qu'aux traîtres. La guerre est actuellement un bienfait national, la seule calamité à redouter, c'est de n'avoir pas la guerre... Nous avons besoin de trahison, notre salut est là. » Et si violent éclate leur fanatisme, qu'ils escomptent des défaites probables pour se débarrasser de la royauté. Dumont entendit Brissot proposer de déguiser quelques soldats en uhlans autrichiens, et de faire exécuter une attaque nocturne sur quelques villages français; à cette nouvelle, on aurait fait une motion à l'Assemblée et emporté un décret de guerre d'enthousiasme. Une guerre seule pouvait nous donner la royauté, affirme Louve t dans ses Mémoires ; entreprise à temps, ses premiers revers inévitables pouvaient se réparer, et devaient purger à la fois le Sénat, les armées et le trône. Qu'ils aient suspecté la sincérité de Danton, repoussé ses avances, et, à la remorque de madame Roland, pratiqué ce qu'André Chénier appelle une politique de boudoir contre ce tribun, dont le visage repoussant de laideur révoltait les sens, je le veux. Est-ce assez pour les disculper d'avoir voté l'établissement du tribunal criminel extraordinaire du 17 août 1792, précurseur du tribunal révolutionnaire du 10 mars 1793, fait de la dénonciation un devoir patriotique, décrété que le marchand qui vendra une cocarde blanche, que la femme qui en mettra une à son bonnet, paieront de leur tête

l/ E s P RI T DES ORATEURS DE LA GIRONDE. I fjtj

ce forfait? (La mort pour des rubans!) Et n'ont-ils pas les premiers brisé le talisman de rinviolabililé en en- /O, j voyant Marat au tribunal révolutionnaire? Par le mot ^ - ■responsabilité, Buzot déclare qu'il entend la mort, ^^ Barbaroux demande que tout individu qui désespérera *^*^ du salut de la République, soit puni de mort, Isnard. / qu'on coupe la partie gangrenée pour sauver le reste du I corps, Fonfrède, qu'on abolisse la peine de mort, excepté yen matière politique.

Sont-ils tombés sans peur et sans reproche ? Sunt-ils de ceux que leur défaite grandit? A «.xenc/^V calendo? Oui et non. Oui pour quelques-uns, non pour d'autres. Oui, Guadet, Valazé, Camboulas, Doulcet déploient l le 31 mai une courageuse énergie, mais Rabaut-Sainti Etienne, rapporteur de la commission des douze, con- 1 dut à sa révocation, abandonnant ainsi le poste dont on lui avait confié la garde, jetant les armes sur le champ de bataille ; mais Vergniaud ne se contente pas de réfuter Guadet qui a parlé d'une insurrection, il déclare que Paris est calme, et, à la stupéfaction desections elles-mêmes, fait décréter que celles-ci ont bien mérité de la patrie, au moment où elles demandaient sa tête et celle de ses collègues.

Que dire des Girondins qui, ayant réussi à s'échapper, essayent d'organiser à Caen la résistance des départements? Ils font des discours, des brochures, des vers. Oui, des vers, et pour mieux charmer ses soucis, Barbaroux a emmené trois femmes, parmi lesquelles Zélia,

ITU OIIAIHLRS ET TlUBUNS.

une ci-devant marquise républicaine; tandis que Louvet raconte des anecdotes aussi jolies que son Faublas. Quant à se commettre avec les gardes nationaux qui les défendent, jamais M Et Pétion donne le motif de cette abstention : « C'eût été nous venger nous-mêmes, et c'était à la nation à nous venger, à se venger » . Et puis ils auraient compromis leur considération au contact de vulgaires soldats. Conclusion : la rencontre de Vernon, terminée par la déroule des fédéralistes, et baptisée la bataille sans larmes, parce qu'elle ne coûta la vie à personne. Une autre victoire sans larmes d'un seul côté, c'est celle que le général Beurnonville se vanta d'avoir remportée : une foule d'ennemis tués, faits prisonniers; dans ses troupes un seul homme blessé, un chasseur qui avait perdu le petit doigt. On le chansonna, on écrivit plaisamment : Général, le petit doigt n'a pas tout dit! D'autres ajoutaient : le petit doigt est retrou vé^!

Quant aux Girondins restés à la Convention, madame Roland les traite d'êtres pusillanimes^ dont la faiblesse se couvrait d'un voile de prudence et temporisait avec

1. Il y aura donc des notaires! s'écriait une grande dame de 1 ancienne cour, à laquelle on annonçait, sous la restauration, un bal pour lequel on avait lancé douze cents invitations.

2. Quand d"ennemis tués on compte plus de mille, Nous ne perdons qu'un doigt, encor le plus petit :

Holà! Monsieur de Beurnonville, Le petit doigt n"a pas tout dit.

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le crime. Et, parmi les dépulcs renvoyés au tribunal révolutionnaire, combien maintiennent intacte leur dignité, ne désavouent rien de leur passé, de leur résistance à la Commune? Ceux-là sont rares : les autres s'évertuent à se justifier, renient le passé, chargent leurs amis fugitifs mis hors la loi, se font gloire de leurs votes contre le roi et ses ministres. Vergniaud se met sous la protection de son décret, Duprat déclare qu'il approuve maintenant la journée du 31 mai, Boyer- Fonfrède atteste qu'il a plaidé plusieurs fois en faveur de la municipalité de Paris, Brissot et Gensonné blâment Guadet, Lasource dénonce Isnard, Boileau se proclame Montagnard et convaincu qu'il a existé une conspiration contre Funité de la République.

Parmi ces accusés, les plus intrépides sont Duchastel, Lehardy, mais ils n'avaient pas fait partie de la Législative, on les considérait comme royalistes, et, dans le procès du roi, nous les trouvons à côté de Lanjuinais',

1. La plupart des historiens rangent Lanjuinais parmi les membres de la Gironde, tandis que ses propres paroles, ses actes, le témoignage de sa famille démentent un semblable classement. Étranger à tous les partis, dit-il, isolé de toutes les sociétés, n'en connaissant d'autres que la Convention nationale, je vais présenter une opinion libre et pure de toute influence. — Quelques-uns sont les hommes d'un seul discours, d'un seul livre; ce Breton loyal, tenace, à l'âme tout ensemble gallicane et janséniste, a des mois d'héroïsme quand il défend Louis XVI, et n'hésite pas à affronter les colères des maîtres de la Convention. Un soir, dans la salle faiblement éclairée, Danton, occupant la tribune vantait les services

non à côté des Girondins, avec lesquels les confondit la fureur jacobine. Gravement malade, Duchastel s'était fait porter sur un brancard à la salle du Manège pour voter en faveur de Louis XVI; traité de royaliste par les habitués des tribunes, Lehardy leur répond noblement : « Vous avez tellement prostitué les noms de

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rendus par lui à la patrie, invoquait k raison, la justice, Thui nité. Tout d'un coup, une \oix retentissante, celle de Lanjuinais, prononce ce seul mot : Septembre! Chacun frémit, et Danton luimême ne peut maîtriser son émotion. Le 2 juin, il s'élance à la tribune, et la remplit longtemps de son courage, de son éloquence, comme Jésus-Christ remplit la croix de sa divinité. Legendre, représentant et boucher, le menace du geste et lui crie : « Descends, ou je vais t'assommerl — Fajs^ décréter, ré^ond-il, que.Je sui9 l^œuf, et tu m'assommeras.» Un instant frappé de stupeur, Legendre viénrT'as?aiIlir avec Chabot, Turreau, Drouet, Robespierre jeune, et lui applique son pistolet sur la gorge ; des amis de Lanjuinais volent à son secours; ballotté, injurié, poussé, défendu, il demeure impassiblement cramponné à la tribune; de guerre lasse, ses ennemis se retirent. Il recommence à tonner contre la théorie des suspects, lance à Chabot cette épigramme poignan'e : « Je dis à mes interrupteurs, et surtout à Chabot, qui vient d'injurier Barbaroux : on a vu orner les victimes de flfurs et de bandclettr's, mais le prêtre qui les immolait ne les insultait pas. » Ce défenseur des proscrits est proscrit à son tour, et, caché pendant de longs mois dans un galetas de sa maison de lîennes, il doit son saiut au dévouement sans bornes, à la présence d'esprit de sa femme et d'une servante. Soixante-treize déparlements l'envoyèrent siéger au conseil des Anciens : il vote contre le consulat à vie, contre l'empire, et pourtant se laisse nommer commandeur de la Légion dhonneur et comte. Après le retour de l'ile d'Elbe, la Chambre des représen'ants l'ayant propose comme candidat à la présid-nce, l'empereur, qui hésitait à donner sa sanction, eut

l'esprit des OHAIEUH» DE LA t.IliO.MjE. \ lo

royaliste et de contre-révolutionnaire, qu'ils sont devenus synonymes de ceux d'amis des lois et de Tordre. »

Les inscriptions de la prison des Carmes, le Polius mori quam fœdari de Vergniaud, le dernier banquet .des Girondins, la comédie de la guillotine jouée dans le cachot, faisant pendant au quadrille des guillotinés royalistes, autant de légendes, autant de fables sorties de l'imagination des Lamartine, des Michelet, des Louis Blanc. Lamartine a touché du doigt Tinscriplion écrite aux Carmes avec du sang de la main même de

avec lui cet entretien : « Eh bien ! monsieur, il ne s'agit i lus de tergiverser, il faut répondre à mes questions. — Sire, avec ia rapidité de Téclair, car je ne compose point avec ma conscience. — Etes-vous à moi? — Je n'ai jamais été à personne, je n'ai appartenu qu'à mon devoir. — Vous éludez. Me servirez-vous? — Oui, sire, dans la ligne du devoir, vous avez la visibilité. — Mais me haïssez-vous? — J'ai eu le bonheur de ne haïr jamais personne, d'être bienveillant et bienfaisant quand je l'ai pu, même envei-s ceux qui m'ont fait iuable à vue pendant dix-huit mois. » — A ces mots, Napoléon tend les bras au président élu et lui donne l'accolade. — Président de la Chnmbre, Lanjuinais prit seulement part à la discussion de l'adresse, où il fit substituer le mot de héros à c^îlui de grand homme, en observant naïvement que l'expression de arand homme supposait des vertus dont celle de héros pouvait plus aisément se passer. — Pair de France sous la Restauration, il prit la défense du maréchal Ney et se rangea parmi les royalistes constitutionnels, dans l'opposition. Sa bonté était si grande qu'il secourut souvent des conventionnels qui avaient réclamé avec acharnement. et voté sa mise hors la loi. — Voir la notice historique de Victor Lanjuinais sur la Vie et les ouvrages du comte Lan-uinais. — Œuvres complètes de Lanjuinais. 4 vol. — Biré, la Légende des Girondins p. 182 et suiv.}.

Vergniaud I Malheureusement on a retrouvé les registres d'écrou : les Girondins furent enfermés au Luxembourg, à l'Abbaye, à la Grande-Force, à la Conciergerie ; le registre de la prison des Carmes reste nmct à leur égard. Les inscriptions ont pour auteur le citoyen Destournelles, le mot de Vergniaud a été é( rit avec de l'encre qui a jauni. Détail curieux : au moment d'aller quérir tm grand peut-être, les Girondins se souviennent des croyances de leur jeunesse; Ihéroïsme antique, le génie stoïcien qui revivent encore se fondent dans la douceur chrétienne, ils se confessent à l'abbé Lothringer, à l'abbé Lambert, devant lesquels Brissot, qui ne fit point partie des onze repentants, répondit à ses amis qu'il croyait à une vie éternelle et à des récompenses dans l'autre monde.

Us montèrent à l'échafaud sans faiblesse, au milieu de la foule imbécile qui hurlait : vive la République î sur laquelle ils promenaient des regards dédaigneux ou indignés. Vive la République! répondaient-ils, mais vous ne l'aurez pas. Leur mort fut donc irréprochable, pas plus noble cependant que celle des milliers d'innocents, de femmes, de vieillards, qui non seulement sur la charrette et au pied de la guillotine, mais devant Fouquier-Tinville, devant les hommes qu'on appelait dérisoirement des juges, à Paris, dans les départements et en prison, montraient du commencement à la fm le plus ferme courage et, par leur héroïsme, divinisaient la mort.

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