‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 39 sur 57 · LOUVET^ ET LACLOS · texte numérisé non relu

LOUVET^ ET LACLOS

Louvet et la Sentinelle. — Le brin de barbe de Marat. Laclos, les Liaisons dinfjereuses. — Le code du libertinage.

(( Figurez-vous une interminable histoire d'alcôve et de boudoir dans laquelle sont traînés impitoyablement les grands seigneurs et les bourgeois, les soubrettes et les duchesses, les magistrats et les bouquetières, obscène histoire du vice sans voile et sans robe nuptiale. Dans ce livre, les hommes se ruent sur les femmes, les femmes sur les hommes; on se prend, on se quitte; on se choisit, on ne se choisit pas; on fait l'amour

1. Né en 1760 à Paris, mort en 1797. — Mchnoires de Louvet' Faublas. — Voir aussi la collection du journal la Sentinelle. — Louise Fusil, Souvenirs d^une actrice it. II, p. 68). — Dictionnaire de la conversation.

2. Œuvres de Laclos, les Liaisoris dangereuses. Poésies furjitices (1783, in-8°). — Folies philosophiques, par un homme retiré du monde (1784, in -8°), etc. — Arsène Houssaye, Galerie du XVI II" siècle; la Révolution.

21G OUATE LU s ET T R I li C N S .

sur les toits, dans les cours, dans les murs, hors les murs, dans la petite maison et dans le couvent, dans l'écurie et dans le salon, dans la voiture armoriée et dans l'ignoble fiacre... Fait Wa5 appartient à la partie 'déjà perdue et gangrenée du xvin*^ siècle, Faublas 'résume tout à fait, non l'esprit, non la philosophie, non la poésie, maisje vice, le scandale, la débauche, la nudité, l'oubli de tous les devoirs, la sensuahté brutale de cette époque qui fut tout à la fois si grande et si misérable, que nul ne saurait dire toutes ses misères et toutes SOS grandeurs... Otez à ce livre cet intérêt que lui donne le temps dans lequel et pour lequel il a été écrit, vous ne trouverez plus qu'un obscène récit sans vraisemblance et sans style, bon tout au plus cà charmer les loisirs de^ marchandes de modes les plus avancées efdes commis voyageurs les plus poétiques. » Certes, le portrait de Jules Janin n'est guère fardé et pèche plutôt par excès de sévérité, mais combien plus inexacts les jugements de ceux qui ne veulent point voir dans Fauhlas un livre obscène, qui, à l'exemple de madame Roland, vantent « ces jolis romam^ où les grâces de l'imagination s'allient à la légèreté liu style, au ton de la philosophie, au sel de la critique », qui n'y trouvent que des amours saines, jamais équivoques, et pour tout dire la fougue avouable de la vingtième année. Qu'on plaide les circonstances atténuantes, en invoquant les fâcheux précédents de Diderot, Voltaire, Crébillon, Dorât, de Montesquieu lui-même, qu'on in-

L ESPIUf DES OJiATtLKS Dt LA GlUuMjt. 'I[~i

voque le goût de l'Opoque, le scepticisme Ijlasé d'une

Page 1