‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 7 sur 57 · Né en 1758, mort en · texte numérisé non relu

Né en 1758, mort en

Si ORATEURS ET TRIBUNS.

comifé, prononçant ses discours devant ie baron de | Batz,se laissant interrompre exprès, recommençant au \ besoin une seconde fois, jusqu'à ce qu'il se sentît maître de son sujet. Il plasironnait en quelque sorte avant l'assaut véritable : vers la fin, il était parvenu à dessiner et composer ses discours tout seul. Et, tandis | que les orateurs de son parti, habitués à ces conversations de salon, chuchotées plutôt que parlées, pleines de sous-entendus gracieux, de nuances discrètes, d'épigrammes iï peine soulignées, demeuraient décontenancés en présence d'une assemblée houleuse où la force des poumons doublait la force des arguments, Cazalès, formé à l'école plus rude du régiment, moins initié au cérémonial de la société \. mais doué du sens des foules, si rare parmi les membres de son ordre, conquérait bientôt, par son éloquence noble et grave, une réputation et une estime qu'augmentèrent encore l'indépendance de son caractère, la générosité de son îime, sa franchise clievoaleresquo. « La nature, écrivait Montlosier, a fait pour Cazalès ce que l'art a fait pour beaucoup d'autres. J'ai connu un grand nombre d'of-

1. a Je ne me suuviens pas de lai avoir vu un habit passable. Pour ce qui est de son chapeau, je ne sais si on peut appeler de ce nom un mauvais feutre percé de toutes parts. Il avait soin de relever de temps en temps une culotte qui, à chaque moment, lui tombait sur les genoux. Dans cet accoutrement et malgré une grosse figure assez laide, le feu de ses yeux et ce qu'il y avait de noble dans son attitude commandaient le respect. » (Montlosier.)

l'esprit des orateurs de la co.nstituante. 3

ficiers de son régiment : ce qu'ils m'ont dit de sa paresse, de son insouciance, de son amour de la dissipation et des plaisirs, est inimaginable. On ne croit pas que cet homme ait eu la patience de lire un livre entier dans sa vie. Mais il n'a rien (jublié de ce qu'il

I a lu : ce que les autres ont appris, il le devine. » En réalité, le capitaine des dragons du régiment de Jarnac se comporta comme tant d'hommes éminents qui dérobent volontiers au public le secret de leurs travaux,

■ afin de donner à leur talent le prestige de la spon-

/ tanéité : il consacrait ses journées au plaisir, aux

exercices militaires, il passait les nuits à combler les

lacunes de son éducation par la lecture attentive des

meilleurs écrivains, Montesquieu par exemple, sou

^auteur de chevet ; avec cela une mémoire prodigieuse, • I un jugement sain, le don de l'observation, un cerveau où les principes et les conséquences se classaient, s'enchaînaient dans un ordre parfait.

Il y a chez cet avocat de la royauté des traits d'un apôtre populaire, d'un Savonarole : dans la rue, sur les places publiques, il cause familièrement avec les gens du peuple, se met à leur portée, leur répond aussi sérieusement que s'ils étaient des hommes d'Etat. Un jour on s'avisa de l'insulter aux Tuileries : « Prenez garde, dit-il, quand je ne serai plus député, vous ferez de moi ce que vous voudrez ; je serai alors comme tel d'entre vous, un pauvre bougre; mais aujourd'hui, comme député, je suis l'homme de la nation, je lui

dois la protection de mes conseils, elle me doit celle de sa force. Citoyens, vous aimez la liberté : l'Assemblée est là qui en donne des leçons. Moi, j'en suis un exemple. La preuve que je suis un homme libre, c'est que je ne pense pas comme vous, et que j'ose le dire devant vous. » Et quelquefois le peuple l'acclamait. Pendant une discussion sur l'abolition de la peine de mort, Cazalès étant sorti de la salle, aperçoit sur la terrasse des Feuillants un groupe nombreux; il s'approche, il écoute. Quelqu'un le reconnaît et lui frappant sur l'épaule : a Ah çà ! on vient de faire une bonne motion pour nous ; tu es un brave homme, ne va pas parler contre ! »

Brave homme aux yeux de la multitude, brave homme aux yeux de la gauche, de Mirabeau qui aurait cautionné sa bonne foi] brave homme aux yeux de la postérité; royaliste convaincu, et même passionné, mais préférant la monarchie au monarque, désireux de nationaliser la royauté, allant presque jusqu'à la Charte de Louis XVIII, admirant l'Angleterre, (' ce pays dans lequel la nation est aussi libre que le roi est respecté » , ne perdant courage et confiance qu'après la fuite de Varennes. Il témoigna toujours une grande courtoisie à Mirabeau ; celui-ci se trouvant malade et ayant sollicité un ajournement, on murmura. « Le parlement d'Angleterre, observa Cazalès, se prête mieux aux indispositions de ses meaibres. Une question importante lui était

l'esprit des orateurs de la CONSTITIANTE. 5

soumise, M. Fox était malade et les communes, jalouses de ses lumières, ajournèrent unanimement leurs séances. »

On sait l'histoire du duel * avec Barnave qui fait j.cnser à celui du comte d'Artois aA'cc le duc de Bourbon ; tous deux poussent à l'extrême le sang-froid spirituel, la bonne grâce, parlent, agissent comme s'ils étaient les meilleurs amis du monde « C'est à vous qui avez été provoqué, à tirer le premier, dit Cazalès. — 11 n'y a pas eu d'offense d'intention, répond Barnave, je le crois de votre part, je l'affirme de la mienne. Nous allons donc tirer au sort. » — Les premières balles échangées n'ayant amené aucun résultat 2, on rechargea les armes. Ces balles, selon l'usage, étaient entourées de rubans, pour les fixer plus exactement. « — Sommes-nous galants envers vous, monsieur, remarque Cazalès, c'est du tricolore ! »

Pendant cette opération, les deux adversaires se promènent amicalement. « En vérité, monsieur Barnave, je serais au désespoir de vous tuer, car je per-

1. Les duels fuient nombreux sous la Constituante et parfois eurent des causes bien futiles : ainsi un membre de la droite, La Bourdonnaye, après une querelle avec Charles de Lameth qui avait été arrangée, revint le trouver et lui dit : « J'en suis aux aux regrets, mais ces dames le veulent absolument. » Et il fallut se battre.

2. Nestor Roqueplan disait plus tard à propos d'un duel de parade : a deux balles ont été échangées sans possibilité de résultat; l'honneur est mécontent. »

b UKATELllS ET TRIlïLNS.

(Irais le plaisir de vous entendre. — Quant à moi, monsieur, je regretterais encore davantage de vous mettre sur le carreau; si vous me tuez, j'aurai au moins des successeurs h la tribune; mais si je vous tue, ce sera à mourir d'ennui lorsqu'il faudra écouter quelqu'un des vôtres. >;

Cazalès tombe frappé au front. Son premier cri fut : (• Eh bien, je suis ici pour cela. » Le médecin accourt, examine la blessure et prononce : ce ne sera rien. Cazalès répète son exclamation ; mais, craignant d'avoir montré trop d'intérêt pour lui-même, il ajoute aussitôt : 0 C'est la bête qui parle. » Apercevant Théodore de Lameth qui se tenait cà l'écart, il demande h Alexandre pourquoi son frère ne s'approche pas. « Parce que vous n'avez qu'un témoin, Barnave ne saurait en avoir deux. — Est-ce que des gens comme nous ont besoin de témoins, si ce n'est pour les ramasser? Ne le sont-ils pas d'un côté comme de l'autre? ') La voiture de Lameth, meilleure que la sienne, lui ayant été offerte, il refusa d'abord, puis se ravisant : « Oui, je Taccepte, il faut que ce soit ainsi. »

Naturellement, les princes émigrés accueillirent fort mal un liomaie qui ne demandait jamais les idées des autres, et commandait les siennes. De sa vie, prétend Montlosier, il n'a interrogé personne, ni sur ce qu'il avait à penser, ni sur ce qu'il avait à faire. Ses amis étaient des compagnons, quelquefois des instruments? jamais des conseils, d'ailleurs il leur inspirait une con-

l'esprit des orateurs de la CO.tSTITUANTE. 7

fiance sans bornes. Tandis que l'abbé Maury * passait à Coblentz vingt-quatre heures de gloire, avant de prendre la route d'Italie 'pour se / endre à son chapeau-;

1. Jaloux de Cazalès, Tabbé Maury lui accordait quekpies bouffées de talent et une certaine colère d'expression qu'on prend pour de l'éloquence, mais en même temps il donna à Montlosier d'excellents conseils qui peuvent servir encore aux néophytes de la tribune. « 11 faut d'abord bien étudier son sujet et non seulement l'étudier, mais le savoir parfaitement. Pour le savoir ainsi, il est commode, quelquefois nécessaire de l'écrire. Après l'avoir écrit et su, la bonne manière est de déchirer ses feuilles, sauf à les écrire encore de nouveau, si quelque chose du sujet ou de ses compartiments vous échappe; je dis comparlimenl^, car les matériaux d'un discours sont comme ceux d'un édifice. Chaque pièce considérée à part peut avoir du mérite ; ce n'est que par leur ordre et l'ensemble de leur position qu'elles ont de l'effet. Boilcau a dit : d'un mot jnis à sa place enseigna le jyouvoir. Cette mise à sa place est bien plus essentielle encore pour chaque masse d'idées. C'est donc avant tout ce compartiment, la liaison de nos idées entre elles et leur enchaînement que vous devez apprendre et parfaitement savoir. A cet égard, il y a deux espèces de mémoire : la mémoire des formes, mémoire toute mécanique, toute matérielle, qui consiste à mettre dans sa tête une succession quelconque de phrases. C'est la mé- / moire qu'on impose aux enfants; c'est aussi celle des prédicateurs (et des faiseurs ordinaires de sermons... L'autre mémoire, celle à 'laquelle vous devez vous atUicher, c'est la mémoire de la distribution et de l'enchaînement des idées; c'est celle qu'ont cultivée tel que cultivent tous les grands orateurs du barreau... »

A la séance du 3 mai 1790, pendant une violente discussion,

l'abbé Maury, en réponse à des interruptions de la gauche, fait le

geste de lever la jambe. Les noirs de s'indigner, a II va p..., qu'on

I l'arrête. » Le président ayant réclamé des explications, Maury répond

I que sa jambe levée n'est qu'un geste pour montrer qu'il ferait

; passer toute l'Assemblée sous sa jambe.

8 ORATEURS ET TRIDUNS.

Cazalès était à peu près éconduit comme démocrate, lui qui. à la tribune de la Constituante, jurait naguère de rester fidèle au sang de Henri IV et de saint Louis, en dépit des décrets et des événements. Comme il était devenu bicamériste ou partisan des deux Chambres, on imagina de tourner ses opinions en dérision, et plusieurs émigrés vinrent, à tour de rôle, prévenir le maître de l'auberge oii il devait descendre, qu'il fallait deux chambres à M. de Cazalès. L'hôtelier alla à sa rencontre et lui témoigna son regret de n'avoir qu'une chambre à lui offrir, Coblentz étant alors très encombré ! Cazalès comprit qu'on le traitait en suspect, garda le silence, demanda seulement à servir aux avant-postes et fit obscurément dans l'armée de Condé la campagne de 1792. C'était tourner le dos au succès, aux règles les plus évidentes de la bonne politique, que d'en agir ainsi avec un homme d'un tel mérite : autant vaudrait charger un ingénieur de casser des pierres sur les routes, un architecte de porter des moellons. Et Carnot avait-il si grand tort de répliquer à Cazalès, lorsque après le 18 fructidor, celui-ci cherchait à le convertir : « Que pourrait faire pour moi Louis XVIil ? Me permettre de sortir de France? d'émigrer '....Vous savez, monsieur de Cazalès, quel est le sort d'un émigré ! Quel serait donc le sort d'un émigré régicide si Louis XVIII montait sur le trône? » Cazalès est orateur et, comme Barnave, improvisateur, même dans les discussions techniques. Cependant

L ESPRIT DES ORATEURS DE LA CONSTITUANTE

ceux qui lisaient des discours écrits, reprenaient quelque avantage sur lui et M. de Lévis rapporte à ce propos une anecdote assez curieuse. Choqué de ne pas paraître supérieur dans tous les genres, Cazalès compose un discours et commence à le réciter comme s'il jaillissait à l'improviste de son âme ; seulement, à mesure qu'il avançait, la vivacité de son esprit lui présentant des arguments nouveaux, il s'embrouille si fort qu'il ne peut continuer; ei on découvre ainsi la petite charlatanerie.

Charlatanerie ! Voilà un bien gros mot, même avec le diminutif qui précède, et le duc de Lévis ne parlet-il pas en homme de salou, un peu jaloux des succès de tribune auxquels il ne pouvait guère prétendre ?

Il avait aussi l'esprit de répartie. Dans son discours sur l'organisation judiciaire, comme il déplorait la destruction du clergé, de la noblesse, du parlement, un député de la gauche, M. Lavie, interrompt ; « 11 est bien étonnant qu'on ne veuille pas entendre l'oraison funèbre de tant d'oppresseurs î — Je crois, riposte Cazalès, qu'il me serait facile de prouver que c'est l'oraison funèbre de la monarchie. » A cette époque de cosmopolitisme humanitaire, il déclare fièrement que le sang d'un seul Français lui est plus précieux que celui de tous les peuples du monde ^ ; en môme temps, il rompt en visière aux ministres, reproche à Necker de s'être constamment tenu derrière la toile, d'avoir pro-

1. Toutes les causes étrangères, dira Bismarck, ne valent pas les os d'un seul fusilier poméranien.

lu '-' R A T E r KS ET T U I V, L .\ S .

voqué la Révolution sans avoir préparé les moyens qui (levaient en assurer le succès, laissé l'Assemblée nationale s'embaiTasser dans sa propre ignorance ; puis, le mettant en parallèle avec Stratiord, il excite l'admiration de ses collègues par cette véhémente pliilippique : « Ce n'est pas ainsi qu'agissent les ministres fidèles. Pendant la longue convulsion qui agita l'Angleterre, sous le règne de l'infortuné Charles, Strafford, ce ministre qui joignait tant de talents à tant de vertus, fut traîné sur un échafaud; mais l'Angleterre le pleura, mais l'Europe entière honora sa mémoire, et son nom est un objet de culte pour tous les sujets de l'empire calmé! Tel est l'exemple que doivent suivre, tel est le modèle que doivent se proposer tous ceux qui sont appelés par la confiance de leur roi, dans ces temps difficiles, au maaiement des affaires publiques. S'ils ne se sentent pas le courage de périr ou de rétablir la monarcliie ébranlée, ils doivent se refuser à l'honneur qui leur est confié. Strafford mourut : et n'est-il pas mort aussi, ce ministre qui naguère a lâchement déserté la cause publique, abandonnant le royaume aux malheurs que lui-même avait suscités ? Son nom n'est-il pas effacé de la liste des vivants? N'éprouve~t-il pas l'affreux supplice de se survivre à lui-mémo, et de se voir d'avance voué au mépris des générations futures ? Quant aux servîtes compagnons de son ministère, quant à ces hommes qui sont aujourd'hui l'objet de votre délibération, on pourrait leur appliquer à juste titre le vers du

l'esprit des <»r.vtel'rs de la constituante. Il

poète italien: ils allaient encore, nxaU iU étaient morts! a Un biographe de Cazalès, M. Aiilard, le compare à Vauvenargues ; il aima la gloire et ne fut pas aimé d'elle. M. de Lévis lui trouvait beaucoup de ressemblance avec Fox : tous deux, dit-il, avaient une éloquence vive et naturelle, beaucoup d'esprit, de chaleur et de franchise; tous deux se répétaient beaucoup et mettaient si peu d'ordre dans leurs discours que ce n'était pas une petite affaire pour les journalistes de rendre supportable à la lecture ce qui avait fait la veille une grande impression sur l'auditoire. Fox reprenait d'ailleurs, lorsqu'il s'agissait de politique, un avantage qu'il devait ta son expérience dans les affaires d'État. La ressemblance s'étendait jusqu'à la voix et à la taille. Ils avaient encore la même bonhomie et malheureusement les mêmes goûts, car Fox n'aimait pas moins le jeu et la dépense que l'orateur français.

Chaleur et véhémence, abondance et justesse, telles sont, d'après les contemporains, les qualités oratoires de Cazalès : au-dessus d'elles planent cette grande honnêteté, cette sincérité supérieure qui illuminent le personnage, et par des fils invisibles, par une sorte d'aimantation morale, rallient les cœurs, inspirent la sympathie et la déférence, si elles ne subjuguent pas les volontés. C'est qu'en défendant son parti, il semblait dégagé de tout esprit de parti, qu'il avait l'adresse de présenter la royauté comme la sauvegarde de la prospérité nationale, plutôt que comme l'avantage d'une

famille et d'un ordre de citoyens privilégiés. « On l'estimait d'autant plus à gauche qu'on savait que ce n'était pas pour ce qu'il croyait utile, mais pour ce qu'il croyait juste qu'il combattait. »

C'est quelquefois, hélas ! le lot de l'homme politique de voir ses adversaires rendre hommage à ses vertus, tandis que ses amis les dénigrent, les nient ou du moins s'efforcent de les rabaisser. Ce n'est pas seulement le paysan, l'inconnu qui condamne à l'ostracisme Aristide, c'est son propre partisan, son confident, celui sur lequel il comptait le plus. Dans l'amitié politique, l'adjectif détruit le substantif: certains mots ressemblent à des vêtements flottants qui vêtissent toutes les tailles, ils habillent des idées bien différentes*.

1. D'autres esquisses d'orateurs se trouvent dans les deux précédents volumes, les Causeurs de la Révolution , le Prince de Ligne et ses contemporains : l'abbé Maury, les Mirabeau, Monllosier, Malouet, Mounier, Talleyrand. Lafayette, Beugnot, Rœderer, Portails, Jean Bon Saint-André, Joseph Chénier, Mercier, Sieyès, Camille Desmoulins. Ce n'est pas, d'ailleurs, l'orateur tout entier, sa vie, son talent, son éloquence, que l'on s'efforce de montrer ici, mais avant tout l'homme d'esprit armé de cette faculté précieuse qui pourrait presque se définir par ses contraires : la banalité, l'emphase, la pédanterie; et c'est encore quelques fragments de l'histoire de la société française que l'on se propose de reconstituer à travers les livres, les discours et les conversations de ceux qui jouèrent un rôle à la Constituante, à la Législative, à la Convention. Aussi, des orateurs importants n'ont-ils point de place ou u'occupent-ils qu'une très mince place dans cette galerie. Pour avoir des renseignements complets, il faudrait consulter les ouvrages spéciaux, celui de M. Aulard en particulier.

L'ABBÉ DE MO^TESQUIOU-IEZE>;SAC

Orateur élégant et correct, habile à ne pas heurter de front les sentiments de l'Assemblée, diplomate parlementaire et disciple de la politique d'un tien vaut mieux que deux tu auras, l'abbé de Montesquiou apparaît comme le meilleur, le seul stratégiste de son parti. Malgré son discours sur les biens du clergé, on le nomme membre de la commission chargée de les aliéner : seul, de la droite, il professe la soumission aux lois une fois rendues; seul de la droite, il est élu deux fois président de la Constituante, et, à l'unanimité, ses collègues lui votent des remerciements. Méfiez- vous de ce petit serpent, il vous séduira, disait Mirabeau. Il faillit obtenir le maintien des couvents et sauva du moins les religieuses d'un mot : « Vous ne pouvez ni ne devez les forcer à renoncer à leurs habitudes, car

Page 1