LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD-LL\NCOURT
Un jour, à l'assemblée des Notables, il élait question de la dîme. « La dîme, soupirait l'archevêque d'Aix, cette offrande volontaire de la piété des fidèles.» — « La dîme, reprend La Rochefoucauld, la dîme, cette offrande de la piété des fidèles, sur laquelle il existe maintenant quarante mille procès dans le royaume. » — Le duc appartient au parti des j^çentilshommes novateurs et philosophes, ivres de philanthropie généreuse, ffui vont chercher en Angleterre leurs idées, leur politique, leurs goûts ou qui semblent mettre des paillettes sur l' habit de Washinrjto?i, par un singulier mélange des mœurs de la cour avec les principes de la liberté américaine: il crte dans sa terre de Liancourt, une manufacture de
1. Né eu 1747, mort ea 1>27. — Voir Lacrctdle, Dix années cTEpreuvei^. — Biographie Micliaud. — Œuvres du duc de La Kochefoucauld, les Prisons de Philadelphie, in-8°; Voyage dans les Etats-Unis d'Amérifiue, 8 vol. in-8», etc.
l'espkit des orateurs de la CÔNSTITLANTE. V.)
toiles, un hospice de sœurs, des jardins anglais, une fen ne-modèle, améliore les races de bétail, fonde pour les orphelins de l'armée une école spéciale qui fut lorigine de l'École des arts et métiers. Député de la noblesse de Clermont en Beauvoisis, il vote la réunion des ordres, passe au tiers état, se rend à Versailles le 14 juillet et répond au roi qui s'écriait : « Mais c'est une révolte ? — Sire, ce n'est pas une révolte, c'est une révolution. »
La maison du duc de La Rochefoucauld S distinguée par sa simplicité, la pureté des mœurs, l'indépendance de la cour et la liberté des principes, réunissait les principaux membres de la noblesse qui se déclaraient pour tout ce qui favorisait le peuple, la double repré-
1. « L'hôtel d'Anville servait de rendez- vous aux académiciens et aux savants. A leui- tète était Condorcet, à leur suite le duc de La Rochefoucauld, fils de la duclicsse d'Anville, qui, à des connaissances pédantesques et à un cœur pur joignait un esprit et un caractère faibles. Deux choses me le rappellent principalement : la fameuse scène du brouet noir des Spartiates, auquel nous fûmes invités en très grand nombre, que tout le monde \anta et renvoya après l'avoir à peine goùlé, et la scène qu'il eut avec un de mes amis, propriétaire à Saint-Domingue. Le duc venait de présenter sa motion en faveur de la liberté des nègres : cet ami se rend chez lui et lui dit : « monsieur le duc, vous ne ferez pas votre motion. — Pourquoi, Monsieur? — C'est que je vous brûlerais la cervelle. » — Et le duc ne l'osa pas faire, d (D'Allonville , tome L Mais il ne faut pas accepter sans réserve les affirmations de d'Alton ville dont le témoignage est très souvent suspect.)
sentation du tiers, le vole par tète, l'abandon des privilèges, etc.. Condorcct, Dupont, Lafayette, le duc de Liancourl étaient les principaux personnages de cette société. L'évéque de Chartres figurait parmi les évêques attachés au parti populaire, mais plus lard il s'accusa d'avoir soutenu les intérêts du tiers état qui « violait dans sa force tous les engagements qu'il avait pris dans sa faiblesse. » Député par l'Assemblée dans un village près de Versailles, pour préserver un boulanger de la fureur du peuple, il emploie inutilement tous les moyens de persuasion, et voyant la foule se saisir de ce malheureux pour le mettre en pièces, il se met à genoux dans une boue épaisse, et conjure ces frénétiques de le tuer plutôt que de le rendre témoin d'un si grand crime : étonnés, ils lâchent leur victime et lui laissent le temps de la faire monter dans sa voiture.
Élu, l'un des premiers, président de l'Assemblée, il préside la séance du 4 Août où il demande qu'on éternise par une médaille le souvenir du décret qui abolit les titres de noblesse. D'après une conversation rapportée par Bertrand de Moleville, La Rochefoucauld se flattait d'avoir marché en pleine communion d'idées avec le roi qui connut jour par jour ses sentiments ; il n'avait gagné la confiance du côté gauche que pour être mieux informé des complots ou des manœuvres qui se tramaient. Après le 20 juin, il offre au roi sa fortune et son épée pour le faire sortir de Paris et le conduire à
l'esprit des orateurs de la constituante. 21
Rouen dont il avait le gouvernement militaire. Il étiiit temps, en effet, que le roi martyr fît place au roi guerrier, mais son indécision paralysait ses amis : « Je ne suis pas seul, disait-il mélancoliquement en regardant sa femme, ses enfants, sa sœur. » Survint le 10 Août qui fit rentrer dans le néant les projets du duc, les velléités de dévouement des Rouennais. 11 dut émigrer, passa en Angleterre, de là aux Étals-Unis oii il se fit industriel, agriculteur et vécut huit ans avec l'intérêt d'un capital de quatre-vingt mille francs que son fils Alexandre, ses amis Lacretelle et Lazowski avaient pu lui ménager. Rentré en France en 1800, il rapporte d'Angleterre et propage la vaccine, récemment découverte par Jenner : la pensée des pauvres, des prisonniers, des malades était toujours pour lui la première. Sous l'Empire il accepte la croix de la Légion d'honneur, le mandat de député. Il avait renvoyé ta Monsieur son cordon bleu, comme un hochet inutile, ce qui ne l'empêcha pas d'aller au-devant de Louis XVIII en 1814, revêtu du cordon bleu, plein du naïf espoir de reprendre auprès du roi les fonctions de grand maître de la garde-robe. Pendant la Restauration, il devint célèbre par son opposition à la Chambre des pairs, et ses institutions de bienfaisance ^
1. a C'était une opulence sancîtifiée par le génie des bonnes œuvres; ici une école militaire où il faisait dignement élever et instruire les fils de ses vieux compagnons ; plus loin une ferme où d'excellents cultivateurs, amenés d'Angleterre, offraient le modèle de plu-
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Les libéraux menèrent yrand bruit de la loltro que le duc écrivit à M. de Corbière pour rappeler que le ministère avait oublié de lui retirer une dernière place, celle de jjrésident du comité de la vaccine. 11 mourut en 1827, âgé de quatre-vingts ans, et ses funérailles eurent l'éclat le plus fâcheux, le gouvernement ayant assez brutalement empêché les élèves de l'École de Châlonsde porter la dépouille mortelle de leur premier fondateur. On ne manqua pas de clabauder que les Bourbons ne savaient même pas respecter les morts.
sieurs améliorations agricoles... un troupeau de mérinos nouvellement introduits en France par une habile négociation que Louis XVI avait dirigée lui-même ; des vaches suisses conduites par un jeune pâtre et par sa jeune femme, dignes par leurs belles couleurs et leurs mœurs de l'âge d'or, du pinceau de Gessner leur compatriote; une laiterie brillante de propreté, mais où le sage propriétaire se reprochait, comme un gros péché, d'avoir laissé s'introduire quelque luxe de marbre... un parc planté par le Nôtre, mais dont la régularité était agréablement coupée par les effets piquants, inattendus du jardin paysage ; enfin, un vaste château dans le beau style de la Renaissance, mais où les dorures, les sphinx et les magots avaient fait place à un ameublement commode, sans faste et sans recherche ; et, pour combler ma béatitude, une bibliothèque de dix à douze mille volumes, sans jurisprudence et sans théologie. » (Lacretelle.)
CLEHMONT-TONNERKE'
LALLY-TOLLENDAL, BEUGASSE,