‹ Orchestres; poésiesChapitre 10 sur 50 · L'ANNONCIATION · texte numérisé non relu

L'ANNONCIATION

Éveille-toi, la chambre est sombre ; Gomme de grands lierres flottants Les rideaux te prêtent leur ombre....

La première nuit de printemps Fut un peu pluvieuse encore ; Maintenant de joie et d'aurore Le pays du ciel est vermeil ; Si les oiseaux à la fenêtre Se taisaient, j'entendrais peut-être Le bruit léger de ton sommeil.

Il s'élève des sons de cloches, Non de cloîtres ou de couvents, Mais sur les monts aux lourdes roches Où quelquefois s'asseoient les vents,

Au bord des sources, près des bouches Ouvertes des grottes farouches Chantant les divines fraîcheurs, Le réveil et le vieux mystère, On ouït sur ce peu de terre Tinter les clochettes des fleurs !

L'oiseau rêve quand la tour sonne Car il ne voit pas le sonneur.

Des orgues de la belladone Nul n'a jamais vu l'accordeur.

Mais viens écouter.... L'hymne passe, Il commence sous la terrasse Avec les blancs lilas frisés, Urnes de cire que l'averse Emplit et qu'un souffle renverse Sur le bois noir des bancs brisés.

Près des fontaines matinales, Cloches de pourpre qu'une nuit Fond brusquement, les digitales Mêlent leurs voix au vaste bruit.

Les lilas aux grappes mouillées Dans la verdure des feuillées Disaient le calme du jardin.

Mais proclamant un autre rêve, Des digitales il s'élève Un concert sous le toit du pin.

Le pin est droit, son front est ample. L'azur bleu baigne ses rameaux, Comme l'air recueilli d'un temple Baigne les fûts et les arceaux. Les digitales des fontaines Chantent les choses souterraines L'humidité des nuits, tandis Que sonnent à toutes volées Les campanules enroulées, Et les roses volubilis.

Il est des fleurs tintant, très douces, Pour la grill onne et le grillon ; Petits clochers des vertes mousses Qu'ébranle un petit carillon ; Clochettes des thyms balsamiques, Clochettes des plantes rustiques Dont personne ne sait les noms.

Vases d'argent pleins de musiques, Que, sans brouter, mélancoliques, Ecoulent les tristes moutons !

Et ceci n'est que le prélude....

Du verger aux cieux pommelés Monte un hymne de multitude Où des cris d'oiseaux sont mêlés.

Les pommiers noirs et vénérables Sont couverts de fleurs innombrables, Pareilles à ces papillons

Qui parfois s'abattant ensemble, Sur le premier rameau qui tremble, En font un buisson de rayons,

De couleurs, d'ailes diaprées,

Et de jaunes voltigements...

Et blancs bouquets, gerbes pourprées,

Avec de longs frémissements,

Aux arbres nuptiaux et vierges,

Les fleurs qui seront les alberges,

Les tièdes abricots sucrés,

Les fraîches cerises divines,

Font résonner leurs étamines

Au creux des calices nacrés.

Avec les cloches végétales, Eveille-toi dans tes cheveux.

Comme une eau claire sous les dalles De la citerne, tes yeux bleus Sont fermés au miracle aimable De la matinée adorable.

Des couronnes de moucherons Vibrent au soleil, mais l'enclume De la forge qui se rallume Va faire peur aux liserons.

Eveille-toi. Viens pour surprendre Ce qui renaît une fois l'an ; Lève-toi si tu veux entendre

Le carillon confus et lent

Qui, des ravines, des vallées,

Des bois, des sources reculées,"

Laisse errer ses accords montants,

Et si tu veux ouïr encore

Les fleurs qui sonnent dans l'aurore

L'annonciation du printemps 1

La lune qui pâlit éclaire vague et pleine, Comme une haute tour, un grand rocher poli, Ma lampe qui s'éteint jette un rayon à peine A mes mains sur la table et dans l'ombre à mon lit.

J'ai sur mon livre ouvert posé mes mains plus sombres, L'huile tarit et l'astre au versant a sombré. Je suis seul, je me lève et marche entouré d'ombres, Et je quitte ma veille et le jour à regret.

Et comme un voyageur qui laisse le rivage Où pendant quelque temps il s'était plu, je vais M'embarquer vers demain et pour une autre plage, Laissant ce jour qui fuit et que je connaissais.

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