MINUIT
Pendant que je dormais, n'as-tu pas sangloté, Mon cœur? Que veux-tu donc? Voici la nuit d'été... Un lointain violon, d'une plainte lassée. Déchire le silence. Oh ! cette étrange voix Douloureuse, obstinée, et toujours offensée!... J'ai soudain le désir de pleurer dans les bois, De marcher le front nu dans une immense allée !... Je me lève en tremblant. ... Ma fenêtre étoilée Encadre largement de magiques tableaux.
La lune de minuit inonde la vallée De lumières d'argent, et de sveltes bouleaux Sont, dans le pré d'automne où veille le colchique. Comme la colonnade agreste et féerique D'un temple ruiné sans murs ni chapiteaux. L'obscur ménétrier doit jouer seul, sans doute. Dans la vieille maison, sur le bord de la route.
Car sa croisée ouverte est éclairée encor
D'un halo qui vacille autour d'un clair point d'or.
Et je crois un moment que cette voix brisée
Est celle de la terre, et que dans le ciel pur,
La lune, âme d'argent du jour, vaporisée
Et vivante, éblouit et bénit tout l'azur!