‹ Orchestres; poésiesChapitre 12 sur 50 · IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE

Je croyais, ce matin, prononcer des paroles Que personne n'eût pu prononcer avant moi, Des mots si désolés et si gonflés d'émoi Que tout eût à côte' semblé des barcaroUes 1

Je croyais qu'un grand cri sortirait de mon cœur, Un de ces longs sanglots qui sonnent sur le]|monde, Et qui traînent longtemps, sonores comme une onde De désolation immense et de douleur.

Et pourtant, et pourtant, la sinistre escouade Des maux eût répondu si j'en eus fait l'appel : Inquiétude, deuil, misère, amour cruel.

Chacun eût répondu : « Me voici camarade ! »

« Me voici, moi je pleure et je suis ton souci, — — Me voici, cette nuit je suis fier de la paie, — « Et toi? » « Ne veux-tu pas panser ma vieille plaie? Moi je suis le regret de l'amour, me voici ! »

Et rien, je ne pus pas. 0 les ailes brisées ! 0 la voix expirante et la pesante chair ! Et je suis là, tandis que l'aube blanchit l'air Et comme une ennemie e'pie à mes croisées!

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