‹ Orchestres; poésiesChapitre 13 sur 50 · LE MINUIT SOUTERRAIN · texte numérisé non relu

LE MINUIT SOUTERRAIN

0 Minuit, sombre, occulte et divine frontière, Mon cœur lucide réfléchit la terre entière, Miroir pris dans un pur et fabuleux aimant !... Le globe épais est clair ainsi qu'un diamant. Je descends au jardin, et, sous les capucines, Je vois le grouillement humide des racines.... De petites fourmis dorment dans leur grenier, Voici quelques épis dérobés au meunier, Des pailles d'or, des graines sèches et des baies Dont la chair empourprait les verdoyantes haies... 0 souterrain minuit éternel, je descends Avec des yeux nouveaux, avec de nouveaux sens. Les fleurs des vieux printemps sont là, pétrifiées ; J'erre dans les forêts jadis incendiées. Les immenses forêts de houille aux arbres noirs Où rougeoyaient les aubes vierges et les soirs.

Des métaux inconnus brillent près des lacs sombres De refléter sans fin de millénaires ombres, Et sous le puits borné de mon enclos natal, Voici, s'ouvrant au cœur de la terre, à des lieues De profondeur, pleine de vagues clartés bleues. Une grotte de pur et lumineux cristal.

Un éclat boréal tombe des murs lucides, Ses colonnes ont l'air de grands jets d'eau limpides, Et, violettes minérales, par endroits.

Au sol de givre, à la voussure, aux piliers froids, Fleurissent des bouquets, des touffes d'améthyste. Je remonte.... J'ai vu.... La belle grotte existe, Je le savais, je la cherchais depuis toujours. Son influence avait orienté mes jours.

0 Christophe Colomb, qu'est-ce qu'une Amérique Près de ma découverte éblouie et féerique?... La lune est sur mon toit, et je sais désormais Qu'au fond de l'ombre où nul ne descendit jamais. Dans l'éternel minuit souterrain, virginale, Rêve éternellement la grotte ardente et pâle.

Page 1