‹ Orchestres; poésiesChapitre 15 sur 50 · LE LIT SAUVAGE · texte numérisé non relu

LE LIT SAUVAGE

J'attends, assis sur une pierre.

Quelques chasseurs. Il est matin.

Je suis entouré de bruyère, Sous l'azur du ciel argentin.

On titube de Poésie

Sur les plateaux des monts déserts,

Et le Rêve et la Fantaisie

Sont les alcyons de ces mers.

Je fixe au loin un roc énorme Qui devient un sauvage lit !.. .

Miraculeux, il se transforme, Il grandit, il monte, il emplit

ORCHESTRES. i07

L'horizon d'un amas splendide De dentelles et de coussins, Et de mousseline candide, Et de brocarts aux beaux desseins.

C'est à présent une corbeille.

Ses rubans flottent jusqu'au val, Une grande conque vermeille ! . . .

Dans une toilette de bal.

Une jeune femme débouche D'un sentier où traînent les draps De la prodigieuse couche.

On voit ses seins, on voit ses bras

Emergeant de la robe claire Qu'elle ôte derrière un buisson.

Et dans une gloire solaire.

Elle monte, sans un frisson,

Surnaturelle d'être nue, L'escaher de satin pâli Qui, sous le ciel sans une nue.

Conduit au féerique lit.

Long profil sur l'azur qu'enflamme L'éveil d'un ciel d'aube changeant, Cette mystérieuse femme Gravit les blancs degrés d'argent....

Elle me voit. Ses belles lèvres Sourient.... Oh! chiens au poil mouillé Qui suiviez des pistes de lièvres, Pourquoi m'avez-vous éveillé?...

LE PRENTEMPS

J'ai compris qu'il passait dans le grand vent de mars

Avec l'enivrement de ses parfums épars,

Un matin dont la nuit avait été froissée

Par les grêlons, la pluie, et toute rebroussée.

Il ne s'arrêta pas, mais il passa. J'ouvris

Mes vitres dont l'azur sous le givre était pris,

Et je le saluai de tout mon cœur que glace

L'hiver gourd, sombre, lent, furieux et tenace.

Et je voulus sortir pour crier aux bergers :

J'ai senti circuler les souffles messagers,

Ecoutez les grelots des cerises prochaines,

Et des beaux soirs futurs respirez les haleines !

Dites aux filles qu'elles mettent leurs rubans.

Le bois noir des Ulas a frémi sur les bancs.

Peut-être que demain il ne sera que grappes.

Le printemps cette année a brusqué ses étapes,

no ORCHESTRES.

C'est un événement splendide, pur et doux,

Un miracle qu'il faut accueillir à genoux....

Eveillez le sonneur paroissial de cloches,

Et qu'il annonce à tous que les beaux jours sont proches.

Mais le ciel tout à coup obscurcit les vallons.

Et je fus lapidé par un tas de grêlons,

Et je fus obligé de fermer ma croisée

D'étranges lys de gel toute fleurdelysée.

Pourtant, je suis certain d'avoir, d'un cœur fervent.

Vu passer le Printemps égaré dans le vent.

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