‹ Orchestres; poésiesChapitre 2 sur 50 · L'INITIATION · texte numérisé non relu

L'INITIATION

De silence et de nuit ton être s'embellit.

Ne laisse pas toucher aux draps blancs de ton lit,

Lorsque tu le voudras, tu le feras toi-même.

Tu soupas de miel roux, pensant à ton poème.. .,

Maintenant te voilà joyeux, purifié.

Apaisé, doux et clair comme un initié

Dont l'âme à tout saisir se sent brusquement prête.

Ces fruits avaient sans doute une vertu secrète....

L'essaim à présent mort qui distilla ce miel

Avait dû traverser, vol d'or matériel,

Une migration de purs esprits, peut-être.

Quoi qu'il en soit, te voici seul à ta fenêtre.

Sous cette belle nuit, calme de fin d'été.

Les yeux au ciel d'astres sereins diamanté.

Ta vie et ses ennuis ne sont que brume et songe....

Rien n'est plus, ni l'amour, ni son triste mensonge,

Rien que les vers français, ton seul, ton saint orgueil.

La lune est sur ton toit, elle blanchit ton seuil,

Elle est le vrai soleil du Poète qui l'aime.

Ah! quel mystérieux et limpide baptême

As-tu reçu ce soir? Et vas-tu pas enfin

Voir l'azur se creuser en un gouffre argentin

En grotte de cristal, d'améthyste et d'opale,

Et contempler tout seul, ébloui, grave et pâle,

Les bras levés, le cœur battant et le front nu.

Ce que nul n'a jamais ni soupçonné ni vu?

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