‹ Orchestres; poésiesChapitre 21 sur 50 · ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION

De la verte tonnelle où s'inclinent les cloches Des liserons fermés, je vois de hautes roches Sur le dos allongé du mont empli de soir, Et comme le greffier de l'antique Nature J'écris dans cet abri sonore du murmure D'un bourdonnant frelon jaune et rayé de noir.

J'écris ce que j'entends, ce que je vois des choses : Qu'un papillon léger gagne un buisson de roses ; Qu'une paille vermeille a barré le chemin ; Qu'une chauve-souris sort d'un mur en ruine Et d'un vol hésitant encercle la coUine, Petite vie étrange au geste presque humain.

Qu'au delà des grands bois dont le feuillage frange Le ciel doré plus roux et plus chaud qu'une orange,

Une hirondelle monte au-devant de la nuit ; Que quelqu'un a parlé dans le sentier plus sombre ; Qu'à mes pieds je ne vois plus remuer mon ombre, Que c'est la fin du jour, du soleil et du bruit :

Qu'un beau couchant de plus pare encore ma vie ; Et que tout est si pur que j'ai peut-être envie Devant cet infini que baigne la pâleur De la lune invisible et proche qui chemine, D'élever, comme eût dit Monsieur de Lamartine, Mon âme de passant obscur au Créateur !

Voici tout ce qu'il faut pour écrire des vers :

Ta table ; le printemps dans tes vieux carreaux verts;

Un rameau que l'azur matinal baigne et mouille ;

De l'encre stygéenne et qui sent fort la rouille,

Ta plume qui la boit comme un petit bec lourd ;

Et puis tout ce qu'il faut pour souffrir. . . . Ton amour !

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