INCERTITUDE
Paysans, vous rêvez au milieu du labour !
Ce jour fut plein et beau s'il fut actif et lourd.
Le sillon qui moutonne est une vague brune,
Et sur le disque roux de la montante lune.
Se découpe au-dessus des rochers du coteau
Un immobile, un noir et tout petit rameau.
Un toit qu'on ne voit pas sous les vieux arbres fume.
Votre pensée y vole. Une étoile s'allume.
Le vent parle soudain à la haute forêt
Et le repos du soir entre, grave et sacré,
Dans vos cœurs satisfaits de l'œuvre bien remplie....
— Par les guérets des vers pleins de mélancolie.
Contre sombre et mouillé, j'ai guidé, seul et noir,
Ma plume, et maintenant voici que c'est le soir
Et que, triste ouvrier qui peine et qui travaille,
Je regarde mes champs et n'ai rien fait qui vaille.
Et l'on pourra me voir, durant toute la nuil, Comme un homme hargneux qui s'acharne et qui suit Le sillon mal tracé que l'orage détrempe, Et laboure dans l'ombre en portant une lampe.