LE MINUIT DU PIN
Dans un sombre entrelacs d'aiguilles ëloilées, Le vieux pin qui bénit et garde les vallées Retient la lune ainsi qu'un fabuleux nid d'or Où quelque oiseau d'argent médite un vaste essor. Il est religieux comme si sa ramure Que la haute nuit pâle et vaporeuse azuré Abritait le sommeil olympien d'un dieu.
Son ombre est celle d'un sanctuaire. Il est bleu. L'herbe, à ses pieds, se tait pour écouter sa cime Qui s'emplit d'un confus frémissement sublime. Car, pareil à l'eau glauque aux fentes d'un récif, Le vent qui s'est brisé contre son front pensif Lentement, longuement l'inonde et s'insinue De la maîtresse branche à l'aiguille menue, Et si les noirs bouviers le touchaient en passant, Son fût résonnerait, solennel et puissant,
Comme lorsque l'on heurte au fond de quelque église
Un orgue abandonné.... La nuit d'or s'angélise ;
Dans ses rameaux toujours la lune est un grand nid ;
Il absorbe le ciel, il prend à l'infini
Betelgeuse, Rigel, llesperus, pour en faire
L'illumination féerique et stellaire
De sa sombre feuillée où court un long frisson.
Ce n'est pas un accord et ce n'est pas un son,
C'est un chuchotement lointain de voix profondes
Qui s'enflent par degrés ou s'apaisent en ondes,
Chant magique, éthéré, lunaire, aérien.
Auprès duquel toute musique n'est plus rien.
Et le vieux pin dirige seul l'orchestre immense,
Le radieux concert du nocturne silence
Qui s'élève des champs, des plaines, des vallons,
Comme s'il dirigeait les mille violons
Dont on pourra frotter les archets de résine.
De la résine pure, épaisse et cristalline
Qui nourrit, sang doré, ses feuilles et son bois,
Et qui parfume l'air où frissonnent ses voix.